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MONLUC GOUVERNEUR D'ALBA

quant vous faictes ainsi pour ses bons serviteurs qui le meritent". » Le passage est significatif. La faveur royale, descendant sur Monluc sous les espèces d'un titre et d’une pension, qui lui avaient été une fois déjà refusés, avait eu raison dela rancune qu'il gardait depuis plus de deux ans au connétable ?. Quant au gouvernement d’Alba, il fallut plus longtemps pour l'obtenir de Montmorency; c’est le ro mars seulement que Brissac remercia le roi de lavoir accordé à Monluc, qui fut remplacé par Montbazin à Moncalieri, et d’avoir attribué au baron de Chepy la maîtrise de camp vacante ?. Les Commentaires assurent que l’affaire traina parce que le roi éentendit choisir le nouveau titulaire de cette dernière charge entre trois candidats désignés par Brissac, Bonnivet et Monluc. Il est probable qu'il fallut vaincre aussi des résistances pour le gouvernement d’Alba, et il est difficile d'admettre que Monluc n’eût jamais pensé à la succession de Bonnivet. En tout cas, il s’est vanté en affirmant gratuitement que Henri IT le préféra à trois ou quatre autres candidats présentés par Brissac, et son affirmation est parfaitement injurieuse pour l’excellent maréchal, qui le présenta seul et qui se montra toujours si indulgent pour ses inégalités d'humeur, Son .récit contient une autre inexactitude matérielle, d’ailleurs moins grave : il a confondu en une seule les missions de Biron en janvier et en mars‘.

On à vu plus haut qu'après le siège de San Damiano, Monluc a inexactement placé celui de Bene. En fait, son récit présente ici une lacune de près de cinq mois; il reprend au siège de Ceva

1. Brissac au connétable, Carignan, 29 janvier. (B. N., fr. 20449, fo 187, copie. Cf. un extrait de cette lettre (copie) dans le vol. 20462 du même fonds, p. 165.) — Voir dans le même vol. 20449, fo 195, un extrait de la dépêche de Brissac au roi, du même jour, pour lui recommander un autre défenseur de San Damiano, le capitaine Vieuxpont. Ces documents ont été utilisés par MarcaanD, 0p. cil., p. 216, qui donne à la dépêche au roi la date inexacte du 26 janvier et cite le passage relatif à Monluc comme tiré d’une lettre au rot.

2. Les places de gentilshommes de la chambre comportaient, suivant les cas, une pension de 4oo, 600 ou 1,200 franes. (Azsèmi, Relasiont degit ambasce. veneli, Lorenzo Contarini, 1551, sér. 1, t. IV, p. 80.)

3. Brissac au roi, Turin, 10 mars. (B. N., fr. 20449, fo 199, copie, extrait.)

4. Biron arriva en Piémont avant le 29 janvier, apportant pour Monluc le brevet de gentilhomme de la chambre. Il revint avant le 10 mars avec le gou-

vernement d’Alba.

(22-24 juin)". La fin de lhiver fut employée par Brissac à faire travailler aux fortifications de Carmagnola et de Villanova d’Asti et à attendre de France l'argent et îles munitions qui lui manquaient, ainsi que les troupes destinées à remplacer les compagnies de Bonnivet, d'Aubigny et La Fayette, qui demandaient à rentrer *. Dans les derniers jours de février, on annonça la prochaine arrivée des compagnies de Termes et du comte de Tende 3. Le maréchal, suivant sa méthode favorite, tâtait l’ennemi aux points sensibles, du côté de Volpiano, objet de ses constantes préoccupations; vers le marquisat de Saluces, où il songeait, pour la campagne prochaine, à reprendre Cherasco, Fossano, Coni; vers Ivrée enfin. Ces tentatives partielles, rendues d’ailleurs nécessaires par les forces insuffisantes dont il disposait, n’eurent pas de succès {. Le printemps était déjà avancé et les renforts attendus n’arrivaient pas. Les gouverneurs des places du Piémont qui avaient obtenu leur congé, Bonnivet, Vassé, La Mothe-Gondrin, Ligondès, Bricquemault, s’attardaient en France. Brissac réclamait avec instance leur retour. Dans les derniers jours de mai seulement, six enseignes de lansquenets et trois enseignes de Suisses étant enfin arrivées, il put dresser un nouveau plan de campagne. Il hésitait à assiéger Volpiano ou Fossano. Volpiano lui parut trop fort; pour le bloquer, il eût fallu dégarnir les places de la rive droite du Pô, et les garnisons d’Ivrée et du Canavese pouvaient facilement le ravitailler. Fossano, au contraire, semblait facile à prendre; la place était en deçà de la Stura, et D. Ferrante, pour la secourir, était obligé de

1. En corrigeant l'intervention chronologique qui a fait placer par Monlue la prise de Cortemiglia avant celle de Ueva.

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