PRISE DE CEVA (24 JUIN HO
grande coulevrine tirèrent quatre cents coups et la ville se rendit. Le dimanche 24, Brissac fit sommer le capitaine Girolamo Sacco, qui s'était enfermé dans la citadelle avec quatre compagnies d'Italiens et trois pièces d'artillerie. Sacco fit d’abord mine de vouloir résister. Mais dès que les canons français eurent commencé à rer et eurent fait brèche, sans attendre l'assaut, il capitula, abandonnant son artillerie à l'ennemi !, et partit aussitôt avec la garnison pour Millesimo, après s’être engagé à revenir sans s'arrêter à Alexandrie?. Brissac, maître de Ceva, y laissa Francesco Bernardino pour faire travailler aux fortifications, en attendant que le roi eût désigné un gouverneur 3.
Le maréchal revint à Alba pour rallier quelques enseignes de lansquenets et d’Italiens et faire rhabiller deux canons endommagés; mais il voulait compléter sa campagne et achever d'isoler Cherasco. Il envoya donc sa petite armée, sous les ordres de Bonnivet, pour assiéger Cortemiglia. Les Français arrivèrent le 2 Juillet au soir devant la ville *. La garnison, composée de cinq à six cents Espagnols, résista mieux que celle de Ceva. Elle ne se rendit qu'au bout de six jours, après avoir enduré deux mille coups de canon, le 8 juillet. La prise était bonne ; la place était amplement fournie de munitions et de vivres®. Brissac remonta ensuite vers le nord et, pour protéger ses conquêtes, vint se placer à Canelli et à San Stefano Belbo, à quelques milles des
1. Brissac au roi, Ceva, 28 juin. — Roffier au prince de Piémont, Vercelli, 30 juin.
2. Arch. d’État de Mantoue, Annibale Litolfi, Alexandrie, 29 juin.
3. Brissac au roi, Ceva, 28 juin. Le maréchal indiquait dans sa dépêche les avantages qui résultaient de la prise de Geva : « Nous tenons Querasco ainsi bridé comme nous le desirons, et ne le sçauroit secourir le st domp Ferrand qu'en combatant premierement cested. ville pour passer; et si nous pouvons prendre Courtemille et avons le moyen de la garder, avec ceci Vire Maté se peult asseurer, comme je luy ay escript, qu'il luy a esté faict accroissement d’une bonne grandeur de pays bon et fertile... »
4. Brissac au roi, Alba, 2 juillet. (B. N., fr. 20642, fo 123, orig.)
5. Arch. d'État de Mantoue, Annibale Litolfi, Alexandrie, 7 juillet : « Francesi hanno battuto Cortemiglia duo giorni, et con tutto questo non sono in termino di dare l’assalto. Quelli di dentro sono di bon animo... »
6. Brissac au roi, Cortemiglia, Q juillet (B. N., fr. 20642, fo 135 vo, ori.).
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__ Au connétable, même date (Bibl. de l’Institut, coll. Godefroy, portef. 225,
fo 49, copie du temps). — Henri IT à Antoine de Noailles, ambassadeur à Lon- Cu ; Seite . 4
dres, Compiègne, 19 Juillet (Verror, Ambassades de MM. de Noailles en
Angleterre, 1763, Il, 76-77).
Impériaux logés à Nizza'. La situation pouvait devenir critique si D. Ferrante reprenait l'offensive. Le maréchal, en prévision d’une bataille, parlait de lever deux ou trois mille Italiens de plus, dont les villes du pays auraient avancé la solde, et pressait le roi de lui donner des instructions nettes qui n’arrivaient pas. Bientôt Henri II, menacé d’une invasion des Impériaux à la suite de la prise de Thérouanne (20 juin) et de Hesdin (17 juillet)”, lui manda de renvoyer en France quinze vieilles bandes françaises et le régiment allemand de Georges Reckenrot ?. C'était lui donner l’ordre de renoncer à toute offensive. Au moment où Brissac reçut cette lettre, D. Ferrante était enfin sorti de son inaction. Dénué d’argent pour payer ses troupes, 1} n'avait pu empêcher les Français de prendre Ceva et Cortemiglia et leur avait laissé le temps de fortifier ces deux places. Vers la fin juillet, il se mit en mouvement; après avoir pris contact avec l'ennemi à San Stefano Belbo et avoir été repoussé par Bonnivet et Terride #, il tenta sans succès de reprendre de force Cortemeglia, n'y put parvenir et, dans l'impossibilité d’en faire le siège, ravitailla Cherasco, puis franchit le Tanaro* et se porta vers l’armée de Brissac, qui avait reculé d’abord vers Alba, puis sur Riva di Chieri. Ni lun ni l’autre des deux adversaires ne désirait une bataille : D. l'errante avait des forces supérieures, mais n’était rien moins que sûr de ses troupes; Brissac avait ordre de ne rien hasarder6. Une suspension d’armes fut signée le 31 août à Buttigliera 7. C’est pendant cette trève, faite d’abord jusqu’au 30 sep-
1. Arch. d'État de Mantoue, Annibale Litolfi, 11 juillet. — Brissac au roi, San Stefano Belbo, 13 juillet (B. N., fr. 204409, fo 215, copie; Bibl. de l’Institut, coll. Godefroy, portef. 255, fo 5r, copie).