‹ Blaise de Monluc HistorienChapitre 217 sur 533 · TOMMASO DEL VECCHIO ET TOMMASINO DEL BENE · texte numérisé non relu

TOMMASO DEL VECCHIO ET TOMMASINO DEL BENE

de se retirer de nuit’. » Tommasino del Bene se trompait, et de Thou se trompe avec lui. Monluc fait allusion à un autre personnage, dont le nom italien correspond plus exactement à la transcripüon française des Commentaires. I s’agit de Tommaso del Vecchio, aumônier ordinaire du roi, l’un de ces Florentins que Catherine de Médicis avait emmenés avec elle en France. On trouve son nom souvent cité dans les correspondances du seizième siècle. Il servait à ce moment de courrier entre Strozzi et la cour de France. Dépêché par la reine, fin décembre 1553, au prieur de Capoue, il était reparti pour Sienne en mai 1554°. Il était auprès de Strozzi la veille du combat de Marciano, comme en fait foi une lettre qu’il écrivait du camp, le 3r juillet, au duc de Guise, Dans cette lettre, Tommaso del Vecchio exposait que Strozzi avait réussi à attirer le marquis en lieu « propre pour nostre adventaige », ajoutant : € Et regarderons qui sera le premier à faire quelque faulte ou erreur. Je ne sçay comme nous nous despartirons, mais je vous puys bien asseurer que sy le seigneur Pierre faict ce qu'il m'a promiz, il combatera avecques sy grant raison que la fortune n’y devroyt avoir puissance. Mais le tout sera en main de Dieu, seigneur des armées 5. » Tommaso del Vecchio envisageait donc la possibilité d’une bataille et croyait à la victoire*. Sa lettre, dont une moitié est malheureusement indéchiffrable $, ne fait, du reste, aucune allusion à ce que dit Monluc. Ce fut le lendemain, sans doute, qu’il donna à Strozzi, s’il le lui donna, le conseil de battre en retraite. Une lettre du cardinal de Bellay confirme, du moins, ce que les Commentaires disent de l'influence de del Vecchio sur Strozzi : « Thomas Delveche manye tout sous luy », écrivait le cardinal au connétable le

1. De Tnou, édit. fr. de 1740, IL, 285. — L'erreur de del Bene est explicable : il assistait au combat de Marciano.

>. Cf. Lett. de Cath. de Médicis, Y, 88 et note. — Corresp. polit. de D. du Gabre, pp. 89 et 93.

3. Tommaso del Vecchio au duc de Guise, «au camp à Marciano », 31 Juillet. (B. N., fr. 20545, f0s 11 ro-12 ro, orix., signat. autogr.)

4. Sir John Masone écrivait, au contraire, le 13 août, de Bruxelles, en rendant compte des escarmouches du 30 et du 31, que l'on considérait Strozzi comme perdu. (Stule Papers, Mary, n° 253.)

5. Le chiffre de Tommaso del Vecchio manque dans le vol. 20974 du fonds français qui contient les chiffres du duc de Guise.

10 septembre ‘. Un chroniqueur siennois, Agnolo Bardi, prétend que Strozzi fut dissuadé de déloger de jour à la vue de l’ennemi par ses capitaines, en particulier par Cornelio Bentivoglio *. Le témoignage de Monluc paraît plus digne de foi.

Dans la nuit du mercredi au jeudi, Strozzi commença d’évacuer sur Lucignano ses bagages et les deux canons qui compo-. saient son artillerie de campagne. Marignan, Roffia et Montalvo confirment sur ce point Monluc; Sozzini nous apprend que ces deux canons étaient partis le 25 juillet de Sienne. L'auteur des Commentaires attribue cette détermination à l'influence de lavis qu'il avait envoyé par Lécussan; il laisse entendre ainsi (et sur ce point il est confirmé par une lettre de Cavalcanti, écrite le 2 août au soir de Sienne) que l’absence d’artillerie le lendemain fut une des causes de la défaite, et qu’elle fut due, en somme, aux tergiversations de Strozzi. Ces tergiversations, très vraisemblables, ne se retrouvent pas dans les récits des autres historiens.

C'est le jeudi 2 août, à sept heures du matin, que Lécussan revint à Sienne, rapportant la nouvelle que Strozzi se disposait ce jour-là à décamper vers Lucignano. Monluc, tout malade qu’il était, malgré sa fièvre et sa dysenterie, se rendit-il « environ les neuf heures » au Palazzo publico et y prononça-t-il, devant le Concistoro, composé du capitaine du peuple et des neuf priori ou signort, le discours qu’il se vante de reproduire en français «sans y changer dix mots »? Nous l’ignorons. Le registre du Concistoro n'existe plus à l’Archive d'État de Sienne; Sozzini ne dit rien de ce conseil et de ce discours, qui sont, d’ailleurs, très vraisemblables. Cavalcanti laisse, du moins, entendre, comme Monluc, que les Siennois se trouvèrent unis de cœur en face du désastre *. Le soir, sur les cinq heures « comptant à la mode de France », le capitaine Combas, mestre de camp de l'infanterie française, arrivait, annonçant que la bataille était perdue. Monlue

1. Le cardinal du Bellay au connétable, Rome, 10 septembre. (B. N., fr. 20447, p: 194, orig.)

2. AGNoLO Banni, /storte senest dal 1512 al 1556, fo 318. (Bibl. commun. de Sienne, mss., A, VIIL, 25.)

3. Cavalcanti au duc de Parme : € [ nimici restaron superiori massimamente per la forza dell’ artiglieria. » (Lett. di B. Cavalcanti, pp. 91-92.)

4. Monlue donne ici une date vague : « Or c’estoict en aoust. »

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