LA € BATTERIE » DU II JANVIER
qu’il avait organisé pour connaître les mouvements de l’ennemi ‘.
Le chroniqueur siennois est très riche en détails pittoresques et vivants sur le zèle dé éployé par les habitants pour travailler aux fortifications. On a vu que Monluc s’est borné sur ce point à plagier Paradin?. Il a pourtant ajouté quelque chose de son cru. Ce qu’il dit de Pordre donné aux prêtres et aux moines des nombreux couvents de la ville d’aller « remuer la terre » aux remparts, est confirmé par un bando des Huit du 5 janvier, qui précise qu'ils iront travailler aux fortifications qui se font entre Porta Fontebranda et Porta Laterino %. À Monluc appartient aussi le touchant épisode, qu'on regrette de ne pas retrouver dans Sozzini, de humble et héroïque jeune fille de Fontebranda, enfant de quelque pauvre artisan de ce populaire quartier, qui, endossant la tunique de buffle et coiffant la bourguignote, monta la garde à la place de son frère, symbolisant d’une façon si poéüque l'attachement sincère du petit peuple de Sienne à sa liberté et à la France. Paradin n’a rien dit non plus du chant en Phonneur de la France composé par les « gentilzfemmes » de la ville, et pour le texte duquel Monluc eût donné son meilleur cheval. Il fut, d’après Pecci, imprimé à Sienne en 1554. M. Lisini, qui à consacré un intéressant travail aux poétesses siennoises, croit que l’auteur de cette canzone était Laura Ciuoli *
Soucieux de prouver qu'il ne se laissa pas surprendre, Monluc insiste longuement sur le plan qu'il avait en tête, au cas où l’ennemi aurait fait brèche. C’est par Porta Ovile que le marquis, dit-il, avait décidé de forcer l’entrée; mais Sozzini nous apprend que Monluc était averti, le soir du 9, par un espion, qu'il avait l'intention de faire trois batteries sur trois points différents. Les indications topographiques données par les Commentaires sont assez obscures. Pour les comprendre, il importe de remarquer
Sozzint, p. 346.
Chap. 111, p. 79.
Arch. d’État de Sienne, Otto, Deliberaztont, X, (0 188 vo.
. Cet épisode a inspiré un poête italien honor M. Manrrepo VAnNNi, au da v de son Canto dell’ Assedio in Siena a. d. 1555, Pitigliano, Paggei, 1896. — CF. On. \zio Bac, Postille sloriche e litterarte al canto dell Assedio En Gr di Manfredo Vannt (Bullelt. senese dé storta patria, V, 89-100.) A. ais Le poetesse senesi degli ultimi anni della Repubblica di Stena
Fe n
ERA storica senese, V, 33-38).
que, dans ce passage, l’auteur donne le nom de « Grande Observance » non plus, comme il la fait jusqu'ici et comme le font tous les historiens, au couvent de ce nom situé hors les murs, sur la hauteur en face de Porta Ovile, mais au couvent et à l’église de San Francesco, qui est dans l’encente, «€ sur ung hault », dit-il très exactement, et « à main droite » de cette porte. Sozzini donne de nombreux détails sur les travaux faits par les Français à cette esplanade, qui commande Porta Ovile. Quant aux Impériaux, Monluc ne dit pas d’une façon claire où ils firent leurs gabionnades et mirent leurs douze pièces en batterie. Il parle seulement d’une montagne sur laquelle il fallut hisser l'artillerie à bras. Il s’agit du poggio de Ravacciano, situé entre Camollia et POsservanza. Sozzini dit que le 8 on apprit à Sienne que le marquis commençait à y faire l’esplanade *. Comme Monluc, il note que la muraille que les Impériaux voulaient battre, entre Porta Ovile et la barrière de San Lorenzo, était bonne pour avoir été refaite par le pape Pie IT lorsqu'on engloba dans l’enceinte l’église et le couvent de San Francesco. Le 11, les Huit annonçaient à Giulio Cacciaguerra, commissaire à Montalcino, que dans la nuit les ennemis avaient mis leurs pièces en batterie sur le poggio de Ravacciano et qu'au matin ils avaient commencé à battre *.
Le récit de la batterie fait par Monluc peut être contrôlé au moyen de deux documents de premier ordre : le Diario de Sozzini et une relation envoyée par les Huit en divers lieux au lendemain de laffaire *. Il apparaît plus détaillé que le second et, sur certains points, plus rigoureusement exact que le premier. La relation des Huit dit que Partillerie de San Francesco et de la Castellaccia fit beaucoup de mal à la gabionnade du poggio de Ravacciano. Monlue, lui, n’omet aucun détail. Il raconte par le menu comment il parvint à installer à la Castellaccia, qu'il appelle toujours « le fort de Camolia », un demi-canon en moins