‹ Blaise de Monluc HistorienChapitre 250 sur 533 · EE © D · texte numérisé non relu

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la conduite du siège à son lieutenant, Chiappino Vitelli”. Monluc n’exagère pas en disant que la neige, si elle était venue à tomber, comme il arrive en Toscane au début du printemps, eût décidé l'ennemi à la retraite. Mais il omet de dire que les Siennois étaient, de leur côté, profondément découragés, que la désunion régnait dans la ville, que les partisans d’un accord ÿ gagnaient tous les jours du terrain et que lui-même songeait de nouveau sérieusement à rentrer en France.

Les Huit, qui avaient été choisis par Strozzi dans l’ordre du peuple et qui s'étaient montrés jusque-là irréductibles, commençaient, en effet, à céder à la pression de lPopinion publique. Au moment même où ils ouvraient une information contre Roberto Piccolomini pour les propos factieux qu’il avait tenus à l’adresse de Strozzi et de certains de la ville?, léurs délégués, Deifebo Turamini et Andrea Trecerchi, conféraient avec Monluc pour envoyer à Rome un orateur « dell ordine populare », chargé de tenter auprès des agents français une démarche suprême *. Le > février, Ambrogio Nuti était désigné. Il devait s’assurer si, comme l’affirmait le duc de Florence dans des lettres reçues la veille, les agents français étaient sincèrement informés par’ Strozzi de la situation désespérée de la ville. Il avait ordre de ne pas passer par Montalcino*. En fait, il avait pouvoir d'entamer des pourparlérs. Monluc ne dit rien de ce changement d’attitude ; il y était pourtant favorable. Tandis que, de Montalcino, Strozzi tâchait par tous les moyens d’entraver l’ouverture des négociations, affirmant que Sienne avait des vivres pour tout le mois de février $ et répétant partout qu’elle ne se perdrait point 6, Monluc

douze jours (A. V. Baxnr, La querra di Siena in Val d'Orcia, dans le Bullett: sen. de stor. patr., VII, 54).

. Voir, sur ce personnage, une notice biographique dans « Clarorum vIrOrum elogia ». (B. N., is , 348, F0 45.) | 2. Le 26 janvier (AIG d'État de Sienne, Otto, Deliberaziont, I, fo 25 vo).

3. Le 28 (ibid., f0 27 r0). — Le 30, on obtint un sauf-conduit du marquis (zbid., fo 30 vo).

4. Sozzinr, pp. 364-365. — Une première démarche avait été tentée directe-

ment auprès du pape. Les cardinaux français s’en étaient montrés mécontents (Peter Vannes au Conseil, Venise, 2 février, State papers, Mary, n0 S2)

o. Voir les lettres de Strozzi au cardinal de Ferrare, 18, 20, 21, 23, 27 Janvier (B. N., f. ital. r134, os 210-211).

6. Gabre au connétable, Venise, 30 janvier. — Gabre au duc de FAR 9 février (Corresp. polit. de D, du Gabre, pp- 105-106).

DÉCOURACEMENT DE MONLUC. 283

se rendait compte que le jour approchait où il faudrait capituler. Le 17 février, Ambrogio Nuti revenait à Sienne et rendait compte de sa mission aux Huit et à Monluc; le lendemain, il partait pour Florence ‘. Strozzi, mis au courant de ces démarches, avisa le 25 les Huit pour les mettre en garde contre la bienveillance hypocrite du duc Cosme?. Il écrivait en même temps à Monluc qu'il était informé par des particuliers de grande autorité que Sienne était résolue à résister jusqu’au bout; il l’exhortait à adresser aux Siennois quelqu’une de ces remontrances dont il avait le secret, pour leur mettre devant les yeux les beaux exemples d’héroïsme que Carignan jadis, et depuis d’autres villes avaient donnés en de semblables conjonctures; il terminait en lui annonçant l'envoi de nouvelles lettres de change pour payer la garnison. Le 1° mars, nouvelle lettre, plus laconique et plus pressante; Strozzi y résumait toutes ses instances dans cette phrase significative, qui montre comme il connaissait bien Monluc : « Il Rè e stato subito advertito da me della sua diligentia, e denari non mancheranno. » |

Strozzi avait de bonnes raisons d’être inquiet. Le découragement profond qui s’était emparé de Monluc l'avait amené à solliciter de nouveau son congé. Le 13 janvier, écœuré des calomnies répandues contre lui à l’occasion de son « parlement » avec le marquis, il avait dépêché Lécussan à la cour pour demander au roi de rentrer en France. Strozzi, très mécontent de cette décision, avait retenu tout un mois le courrier à Montalcino. Lécussan ne partit que le r3 février de Rome; il emportait, outre les léttres de Monluc, une dépêche du cardinal de Ferrare au connétable, contenant les plus vifs éloges du défenseur de Sienne

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