Arch. stor. ttal., IL
3. Une lettre de Strozzi au connétable, Montalcino, 15 avril, donne les chitfres exacts de l’armée du marquis à cette date : 23 enseignes d’Allemands, « bellissime gente et bene armate », 33 d’Espagnols, 11 d’Italiens, en tout près de 10.000 gens de pied, plus 20 enseignes réparties dans les places et châteaux du Siennois, et 1400 hommes d’armes et chevau-légers (B. N., fr. 20455, fos 55-59, orig. ologr. mutilé).
4. Saint-Auban, le commandant de Camollia, avait été chargé, quelques jours avant, de porter le texte de la capitulation à Strozzi, qui demanda au connétable de lui donner, en récompense de ses services, un état de gentilhomme servant (Strozzi au connétable, Montaleino, 15 avril).
5. Le 17, il avait fait abattre son cheval de guerre, qui valait plus de cent écus, pour en distribuer la viande aux soldats (Sozzini, p. 419).
les rues. Le témoin anonyme note aussi que, la petite garnison une fois dehors, on ferma la porte de la ville et qu’on la tint close jusqu’au retour du marquis; que Marignan, qui était avec ses gentilshommes « appresso il portone », poussa son cheval au devant de Monluc, « gli fece incontro a cavallo, e Pabbraccid, et si misse in sua compagnia »; et qu'on les vit s’en aller tous deux sur la route de Rome, devisant cordialement jusqu’à Arbiarotta, où, dit Sozzini, qui confirme à son tour les Commentaires, des vivres avaient été préparés. Le chroniqueur siennois, maintenant gagné à la cause impériale, parle en termes vagues et prudents des habitants qui sortirent avec la garnison « pour aller à leurs affaires ». Monluc lui est ici très supérieur : il trace un émouvant tableau de ces pauvres gens qui, pour ne pas voir dans le Duomo le baldaquin fleurdelisé remplacé par celui de l'Empereur, préférèrent s’exiler et se retirèrent à Montalcino pour y vivre libres. De ce tableau, il faut rapprocher la belle lettre que, le 24 avril, Strozzi écrivait au roi : « Il est sorti de Sienne, disait-il, une grande partie de ce peuple avec les femmes, garçons et filles, emportant le peu de hardes qu'ils ont pu, abandonnant la patrie et tout pour suivre les gens de Votre Majesté, plutôt que de vouloir rester aux mains des Espagnols. » Et il faisait un éloge enthousiaste de ces humbles héros. L'accent, les termes mêmes sont ceux des Commentaires .
Dans une addition au texte primitif, Monlue a insisté avec complaisance sur son dernier entretien avec le marquis et rendu encore une fois hommage à sa courtoisie ?. Ces éloges répétés peuvent étonner ; Sismondi et les historiens qui l’ont copié ont fait à Marignan une réputation de férocité. M. F. Bandini-Piccolomini a démontré que les actes de cruauté dont ils l'ont rendu
1. Strozzi au roi, Montalcino, 24 avril (B.N., fr. 20455, fos 63 ro-66 vo, orig. ologr.). Voir deux copies de cette lettre, l’une à la B. N., f. ital. 1134, fos 202 vo-203 vo, l’autre à la Biblioth. commun. de Sienne, K, vr, 21, fos 266 vo- 260 vo, celle-ci sous la date inexacte du 29 avril. — Cf. aussi BarGizr, Znlorno all'assedio di Siena, pp. 18-19.
2. Dans une lettre au pape Pie IV, frère de Marignan , écrite le 16 novembre 1562, Monluc rappelait avec fierté les propos que lui tint alors le marquis : « Pur si truova esser vero cid che il sig" marchese vestro fratello diceva all’assedio di Siena, che egli et io correvamo una medesima fortuna essendo noi poveri gentilhuomini , che per le nostre virtù avanzavamo i gran sigri... » (Arch. du Vatican, Var, Politicorum, IX, fo 622 r°, copie.)
ARRIVÉE A MONTALCINO: 209
responsable doivent être attribués À deux agents du duc de Florence placés auprès de lui; Concino et le chef du contingent florentin de l’armée impériale, Vincenzio Nobili. Cest Concino qui rédigea le bando du #4 octobre 1554, ordonnant de massacrer sans pitié les paysans et les citadins qui: sortiraient de la ville. En fait, Marignan conduisit le siège avec mollesse : il passa l'hiver à Belcaro, soignant sa goutte et laissant son lieutenant Chiappino‘Vitelli diriger le plus souvent les opérations. Les historiens qui ont parlé de sa férocité ont négligé de consulter le témoignage plus favorable de Monluc, que corroborent, on le voit, les documents originaux !.
Dans la soirée du dimanche dé Commentaires notent exactement le jour), les défenseurs de Sienne, « tous descharnés ét presque ressemblans des morts », arrivèrent à Montalcino, d’où, le mercredi, Monluc écrivait au roi une lettre d’une concision éloquente, pour l’assurer qu'il eût fait mieux s’il Peût su°. Strozzi, de son côté, observait qu’on ne pouvait espérer une capitulation plus honorable et faisait du défenseur de Sienne le plus magnifique éloge ?. Ce jugement si flatteur était, du vivant même de Monluc, ratifié par l'historien florentin Malavolti, qui écrivait que la ville de Sienne eut autant à se louer.de lui qu'à se plaindre de Strozzi*. Le même jour (le mercredi matin, disent les Commentaires), il prenait la poste et arrivait le soir à Rome, « environ les quatre heures après midy ». € M. de Montluc est arrivé de Sienne, annonçait le samedi 27 Breton-Villandry. Il fait son estat de s’en aller bientost trouver le Roy et moy de le suivre, si je ne luy faictz compaignie sur les gallaires que M: le mareschal Strozzy luy preste pour le porter *.'» À son'arrivée, Monluc trouva mourant le pape Marcel If, dont lélection, lé 23 mars précédent, avait tant passionné les Siennois. Il raconte
1. F. Banpini Prccocomni, /l bando del marchese di Marignano contra t
Senesi (Miscellanea storica senese, 11, 166-169). 2, Monluc au roi, Montalcino, 24 avril (IV, 57).
3. Strozzi au roi et au connétable, 15 avril. — Au roi, 24 avril.
4.6 Di chi la città di Siena non pud manco lodarsi, che dolersi del Marescialco. » (Maravozri, Historia di Siena, fo 166 ro.) — Certains historiens, Diego de Fuentes, Missaglia,-Cormier, dans leurs récits du siège de Sienne, n’ont pas même nommé Monluc. Leur héros est Cornelio Bentivoglio.
5. Breton-Villandry à Beauregard, secrétaire des finances, Rome, 27 avril
(B, N., fr: 20442, 10 87, copie).
l'audience qui lui fut accordée et comment il dit en sortant au cardinal de Guise « qu’ilz pouvoient bien rentrer au conclave pour fere ung autre pape, car estuy-là ne seroit pas en vie lendemain au soir, comme il feut vray; car lendemain, environ vespres, il trepassa. » Dès l’arrivée de Monluc à Rome, les cardinaux français s’attendaient d’un jour à l’autre à la mort du Saint- Père ; le 25, il avait eu une syncope de cinq ou six heures; on croyait qu'il ne passerait pas le vendredi’. Il traïna encore et le lundi 29 il voulut donner audience au duc d’Urbin. Le lundi, il reçut le cardinal Santa-Fiore, le duc de Ferrare, le cardinal de Guise et Monluc; il les expédia tous avec quelques paroles. Le mercredi matin, 1° mai, il eut une nouvelle syncope. Les médecins crurent qu’il dormait; mais lorsque, lheure du diner passée, on alla pour le réveiller, on le trouva immobile et comme privé de sens; le soir, à sept heures et demie, il expira?.
Monluc a omis de dire que cette mort retarda de quelques jours son départ. Il était d’abord fixé au 30 avril. Les lettres dont il devait être chargé portent cette date. Le duc de Ferrare, « qu’estoict encore là despuis la création du pape Marcel », fut d'avis qu’il différât son départ jusqu’à l’arrivée d’un courrier de France. « Et cependant, écrivait le cardinal de Guise au roi, il sera 1cy actendant pour servir si en ce lieu, au Siennois ou aultre part il vous pourra faire service. » Il semble que l’on craignait quelque chose du côté de la Toscane. Mais Breton-Villandry étant revenu de Montalcino avec des nouvelles rassurantes, le jeudi 2 mai le départ de Monluc fut décidé. C’est donc bien le lende-
1. Le cardinal de Guise au duc de Guise, Rome, 25 avril (Wém.-Journ. du duc de Guise, coll. Michaud, VI, 232).
2. D’Avanson au duc de Guise, Rome, 30 avril. (B. N., fr. 20442, fo 88 ro.) — Le cardinal de Guise au roi, même date. (/bid., fo 90.) — Dionigi Atanagi à Felice Tiranni, évêque d'Urbin, Rome, 1èr mai. (Lett. di Principi, NI, fo 165 vo.)
3. D’Avanson au duc de Guise, 30 avril. — Le même au connétable, même date. (B. N., fr. 20442, fo 88, orig.) — Le cardinal d’Armagnac au connétable, même date (publ. par T. pe Lannoque, Collect. mérid., 1874, pp. 68-70). Ces lettres furent emportées par Niquet, qui quitta Rome le 30. Le cardinal d’Armagnac avait eu d’abord l’idée de confier à Monluc un certain nombre de marbres antiques qu’il envoyait au connétable. 11 y renonça ensuite. (Cf. E. Mirer, De quelques marbres antiques envoyés d'Italie au connétable de Montmorency pendant l’année 1555, dans la Gazette des Beaux-Arts, IX, 75-81.)
4. Le cardinal de Ferrare au roi, Rome, 2 mai, (B. N., fr. 20442, fo 92, orig.)