RETOUR DE MONLUC EN FRANCE
main de la mort du pape, comme il le dit, qu'il prit congé de tous et partit pour Civitavecchia. Breton-Villandry écrivait le 4 au connétable : « Monsieur de Montluc s’est depuys mon retour icy acheminé pour passer par mer, lequel vous sçaura rendre très bon compte des affaires du Syenois ".… »
Monluc s’était embarqué sur une galère de Strozzi, que commandait un jeune chevalier de Malte, parent du maréchal. Il a conté Jour par jour, presque heure par heure, la traversée. Le samedi 4, à l’aube, la galère levait l'ancre; le vent était bon; le soir, on était en vue du cap Corso; le dimanche matin, « deux heures devant jour », on franchissait les bouches de Bonifacio et on jetait l’ancre devant la ville « vers les neuf heures du matin ». Monluc y faisait escale pour donner avis à La Molle, qui y commandait, que Doria avait quitté Piombino pour aller surprendre Termes en train d’assiéger Calvi. Sa diligence permit à Termes de gagner la montagne en jetant ses canons à la mer, et au baron de La Garde de prendre la fuite. A dix heures, Monluc reprit le large, mais le vent avait sauté. Le lundi matin, il recommença à souffler du sud et la galère cingla vers Marseille. Après une sérieuse alerte — la rencontre dans le brouillard des cinquantedeux galères de Doria revenant de la chasse * — Monluc arriva le mardi soir à Marseille, où il fut reçu par le comte de Tende, Claude de Savoie, la comtesse, une Gasconne, Françoise de Foix- Candale, et le baron de La Garde, qui soupaient au jardin de M. de Saint-Blancard 3.
I dit qu’il resta à Marseille jusqu’au vendredi matin (10 mai). Il ne put donc rejoindre, « le neufiesme ou dixième jour de may », Lécussan, qu'il avait envoyé pour informer le roi de son arrivée. C’est le lundi 13 qu’il dut être reçu en audience particulière à Saint- Germain, « après que Sa Majesté eut disné, vers une heure après midy ». C’était le moment, en effet, où Henri IT recevait les am-
1. Breton-Villandry au connétable, Rome, 4 mai.(B.N., fr. 20442, 0 94, orig.)
2. Cet épisode, joliment conté, a été l’occasion pour Monluc d’étaler une connaissance très minutieuse et très exacte d’un certain nombre de termes de marine.
3. Le récit de Monluc a été suivi par La Roncëre, Æist. de la Marine française, TE, 529-530.
4. 11 dit qu'il le rejoignit à Saint-Mathurin. N n'y a pas de localité de ce nom entre Marseille et Paris. Monluc paraît avoir été victime d’une défaillance
de mémoire,
bassadeurs et les personnages importants”. On peut en croire Monluc lorsqu'il dit que le roi voulut qu’il lui rendît compte par le menu de tout le siège de Sienne, du premier jour qu'il était entré dans la ville jusqu’au dernier, et qu'il Pécouta avec très grand plaisir. Nous savons combien Henri IT aimait à discourir des choses de la guerre ?. Après avoir écouté Monlue, le roi, suivant son habitude, alla passer une heure chez M"° de Valentinois; et le lendemain, Diane de Poitiers confia au héros « qu'elle n’avoit jamais veu revenir homme d’une charge dont le roi feust plus content ». Le mercredi (Monluc à reconstitué jour par Jour cette triomphale semaine), le duc de Guise lui annonce qu’il va recevoir le collier de l'Ordre. Le jeudi matin, le roi l’en« honnore » et lui accorde une pension de trois mille francs sur Pépargne et une rente de trois mille livres sur son domaine, comprenant Bergerac et le comté de Gaure. Il lui fait remettre aussi deux mille écus comptant et lui demande s’il désire autre chose. Et Monlue, à qui son frère l’évêque de Valence à conseillé de solliciter, le cas échéant, de préférence de bonnes charges de judicature comme rapportant davantage, répond sans hésiter qu’il voudrait bien deux places de conseiller au Parlement de Toulouse pour marier-sa fille Françoisé *. Le roi les lui donne et lui promet par surcroît la première compagnie de gens d'armes qui vaquera. Ces détails d’affaires, que Monluc relate avec un soin minutieux, sont de précieux docuüments pour la connaissance de son caractère. N’exigeons pas de lui, après toutes ces largesses, qu'il Juge de sang-froiïd son bon maître Henri Il; son admiration pour lui ne l'empêche pas, du reste, de noter qu'il était fort vindicatif et rancunier, détail que soulignait, dès 1546, Marino Cavalli #. Mais, comme Brantôme, il eût volontiers proclamé « que son règne et sa court sé pouvoient nommer à bon droict les délices de nostre aage, et, luy mort, le malheur de la France » 5.
r. Voir l’emploi du temps d’une journée de Henri IL dans la relation de l’ambassadeur vénitien Giacomo Soranzo. (ALBÈRI, sér. 1, [E, 425.)
2. &Intende Sua Maestà molto bene le cose della guerra e ne discorre molto particolarmente. » (/brd., p. 426.)
3. Elle avait épousé, pendant l'absence de son père, par contrat du ‘23 janvier 1555, Philippe de la Roche, baron de Fontenilhes (éd. de Ruble, If, 142, n. 1):
4. « Osserva quel. che dice ettam mordicus, perchè à molto fisso nelle opinione sue. » (Tommaseo, [, 286.)