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LE SIÈGE DE VOLPIANO

Monluc y arriva, la situation était déjà singulièrement meilleure : l’héroïque résistance de Bonnivet et de Ludovic de Birague avait obligé le duc d’Albe, le 21 août, à lever le siège de Santhià', et tandis qu’il battait en retraite sur Pontestura, le duc d’Aumale, suppléant Brissac retenu à Turin par la maladie?, commençait le siège de Volpiano.

La narration de ce siège dans les Commentaires est incomplète et confuse : l’auteur n’a pas pris la peine de ramasser et d’ordonner ses souvenirs. Il insiste particulièrement sur une périlleuse reconnaissance nocturne qu'il fit, en compagnie du duc d’Aumale, pour examiner le fossé au bord duquel il était d'avis d'amener l'artillerie pour battre la muraille de la ville. L’anecdote est d’ailleurs joliment contée. Ce qu'il ne dit pas, c'est que le conseil qu'il donnait au duc d’Aumale était en désaccord complet avec les instructions de Brissac. Le maréchal avait enjoint à son lieutenant de faire les approches en règle et de creuser deux mines sous le grand bastion en forme de tenaille qui couvrait le château et la ville 3. Monluc, à peine arrivé au camp, désapprouve cette méthode; il trouve que les commissaires de lartillerie Duno et Balasergues ne font rien qui vaille ; il imagine un autre plan, plus expéditif et plus hardi; il l’impose à l’inexpérience du duc d’Aumale. IT oublie de nous dire aussi que son idée de battre directement la muraille de la ville et

1. SEGRE, pp. 33-39. — La relation française inédite du siège de Santhià signalée par SeGre dans le jms. du marquis Carlo Alfieri di Sostegno, Negoctalion de M. le Mareschal de Brissac…, conservé à l’Archive d'Etat de Turin, se retrouve dans le ms. 490 de la Bibl. de Carpentras, f0s 321 vo-323 vo, sous ce titre : Discours du votage du duc d’'Alve en Piedmont en l’année 1553. Siege de Santya et occurrences de la querre qu'il y feit pour l'empereur Charles cinquième.

2. La goutte, dit Monluc; une fièvre ardente causée par le surmenage, dit Boyvin du Villars. C’est Boyvin qui a raison : voir une dépêche de Soranzo, La Ferté-Milon, 17 septembre, citée par SeGre, p. 43, n. 3. Le Q septembre, Brissac écrivait au roi qu'il était « grandement desplaisant » de ce que sa maladie le garde d’assister au siège, où il a envoyé les seigneurs de Vassé, de Monluc et Caillac, « la venue desquelz, disait-il, m'a donné un grand contentement pour le regard dewostre service ». Brissac au roi, Turin, 9 septembre. (B. N., fr. 20450, fo gr, orig.)

3. Monluc décrit cette fortification. Boyvin en donne une description plus complète, d’ailleurs concordante ; il parle aussi de la chapelle où Monluc et le duc d’Aumale se réfugièrent à l’abri des arquebusades et où il leur « servit bien de serrer les fesses ». (Coll. Petitot, XXIX, 531, 536.)

de donner lassaut par le fossé eut un résultat lamentable, qui mécontenta gravement Brissac. Une dépêche de agent mantouan Lodovico Tridapali, qui était à Pontestura auprès du duc d’Albe, nous apprend que le 6 et le 7 septembre on a entendu le canon gronder du’côté de Volpiano ‘. C'était le bruit de la batterie conseillée par Monluc. Conformément à ses avis, on tenta de forcer le passage avant que la brèche fût ouverte : une colonne d'assaut descendit dans le fossé; mais les hommes restèrent enlisés dans la boue et il fallut reculer. Brissac aussi entendit de Turin la canonnade ; il soupçonna ce qui se passait. Dès qu'il fut informé de Péchec subi, il envoya en hâte Boyvin du Villars, son secrétaire, pour exprimer son mécontentement au duc d'Aumale et lui

ordonner de se conformer strictement à ses ordres”. L'agent mantouan se fait l’écho du désaccord survenu entre le maréchal et son lieutenant, que Boyvin du Villars a longuement raconté et sur lequel Monluc a gardé un silence prudent*.

Son récit ne donne aucune idée de la longueur du siège, qui dura, en fait, du 3 au 20 septembre pour la ville, au 23 pour le château *. Il est, de plus, très confus et désordonné. Il s’en dégage ce fait que la place fut emportée grâce à deux assauts donnés à la fois, l’un à la muraille qui avait été battue sans succès, Pautre à la tenaille qui couvrait la ville, après que les mines eurent joué. Monluc les raconte l’un et l’autre. Il est sur ce point plus exact que Boyvin, qui ne mentionne que le second et ne dit mot de l’insuccès final des assaillants. Paradin, à qui l’auteur des Commentaires à emprunté, on l’a vu plus Fo n quelques détails, est, dans l’ensemble, d'accord avec lui et avec une dépêche écrite du camp impérial à Pontestura (20 septembre), qui place ce dou-

1. Arch. d'État de Mantoue, Lodovico Tridapali au duc de Mantoue, Pontestura, 7 septembre (copie de Fr. Morarp dans le ms. 366 de la Bibl. d'Auxerre, fo 76) : &« Di Volpiano non si sa altro, ma heri da la matina fina mezzo di s’udirono moltü uri d’artigia et spessi, del resto del giorno si ne sentirono pochi. Questa mattina doppoi per quel che s’è udito, la batteria s’è rinforzata et fatta molto continuata fin a sera, »

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