LE SIÈGE DE VOLPIANO
ble assaut la veille‘. Quant à l'honneur que s’attribue Monluc d’avoir indiqué au commissaire Duno l'endroit où il fallait placer les pièces dont le feu décida les assiégés à se rendre, il est permis d’être d'autant plus sceptique sur ce détail que Boyvin affirme que Duno avait été grièvement blessé dans la première tentative d'assaut et qu’il mourut trois jours après. Volpiano capitula après une héroïque résistance, parce que sa trop faible garnison se {trouvait à la fin réduite à cinquante hommes valides. Monluc dit exactement que Brissac assista à la capitulation; il parut, en effet, le 19 de Turin et arriva au moment où « ceux du dedans sonnoyent la trompette » ?.
À travers son récit, Monluc à jeté une allusion au renfort que reçut la place. Après avoir mentionné la capitulation, il revient sur ce fait et raconte comment, avec le duc d’Aumale, le comte d’Anguien, le prince de Condé, son frère et le duc de Nemours, il réussit en partie à barrer la route à ce renfort, que la gendarmerie française avait laissé franchir le P6 à Settimo Torinese (S'eplem). Le fait est attesté par les documents : le duc d’Albe ayant décidé d'envoyer quatre compagnies d'infanterie et quatre de chevau-légers au secours de Volpiano, l’un de ses mestres de camp, D. Emmanuel di Luna, partit le 3 septembre de Pontestura, guidé par Cesare Maggi. Près de Gassino, sa cavalèrie l’abandonna; il continua sa route, mais, attaqué à Settimo par un fort détachement français, il ne réussit à sauver que deux cents hommes, avec lesquels il entra dans Volpiano. Le récit de Monluc concorde. Il atténue la perte que subit D. Emmanuel di Luna en la réduisant à trente ou quarante tués ou prisonniers ;
1, © Non her l’altro i nemici avevano dato un assalto da due bande a Vulpiano et... erano stati ributati con morti et ferriti di molti di loro. Et per quello ‘ch’ ellä avea potuto giudicar, 1 nostri combatteano con molto avvantaggio, et questo per il poco danno che havea fatto lor l’artellaria. » (Arch. d'Etat de Modène, Dispacci da Milano, cit. par SeGre.) Voir le récit de Paran dans la Continuation de l'hisioire de nostre temps, pp. 448-450, et une relation italienne contemporaine, qui s'accorde aussi avec Monluc, mais donne quelques détails nouveaux, par exemple la mort de D. Emmanuel di Luna (Wemortie d'un terrazzano dé Rivoli dal 1536 al 1586, dans les Miscell. dé stor. ttal., t. NI p.625);
2. Brissac au roi, Montanaro, 21 septembre (B. N., fr. 20450, fo 99, orig.).
3. Sears, pp. 38-39, d’après deux dépêches du 3 et du 7 septembre, datées de Pontestura ct tirées de l’Arch, d'État de Modène.
mais, par contre, il exagère complaisamment le chiffre d’Espagnols qui pénétrèrent dans la place (« deux ou trois cens »). Il est au moins plus exact que Boyvin, qui dit qu’il n’en resta que quinze ou vingt cavaliers. Un détail contestable lui appartient en propre : il affirme que les capitaines chargés de surveiller le passage du Pô à Settimo manquèrent de vigilance. Boyvin et Paradin font, au contraire, très nettement l'éloge du sieur de la Roche-Posay, à qui le duc d’Aumale avait confié cette mission ‘.
Pendant le siège de Volpiano, Brissac avait été retenu par la fièvre à Turin. Le roi, craignant que cette indisposition ne se prolongeât, décida de lui envoyer comme coadjuteur un vieux soldat de Piémont, M. de Termes”. Cette nouvelle provoqua un vif mécontentement dans l'entourage du duc d’Aumale. Le 18 septembre, Brissac écrivait au roi : « Le dict mescontentement s’est si fort augmenté en general et en particullier entre la plus part desdictz princes et seigneurs qu'ilz m'ont faict entendre, et nommement messieurs d’Aumalle, de Nemoux, de Bonnivet, de Gonnort, Vassé, Monluc et autres, qu’il n’y a celluy d’eulx qui n’ayt intention de très humblement supplier Vostre Majesté ne vouloir point trouver mauvais s’ilz luy font humble requeste leur vouloir permettre de retourner en France, si tant est que Mons' de Termes leur doive commander en mon absence... » Le maréchal concluait en conseillant discrètement de ne pas envoyer Termes 3. Les réponses du roi et du connétabie ne se firent pas attendre. Elles étaient foudroyantes :
1. Bovvin pu Virrars, XXIX, 530-531. — Para, Continuation, p. 448. — ConmErR, f0S 129 vo-130 vo. — L'auteur de l’Æistoire de Ferdinand Alvarez de Tolède, duc d'Albe, Paris, 1699, 1, 314-317, donne de ce fait un récit beaucoup plus détaillé que celui de Monluc et où le succès des Espagnols est exagéré.
2. Arch. d'État de Venise, Francia, Dispacci, filza 1, Soranzo, La Ferté- Milon, 17 septembre (cit. par SeGRE, p. 43, n. 3). — Dr Wotton à William Petre et à John Bourne, secrétaires de la reine Marie, Paris, 13 septembre (State papers, Mary, n°413). L'ambassadeur anglais écrit que Brissac sera rappelé et comblé d’honneurs à son retour, comme il le mérite. Soranzo, mieux informé, dit qu'il tient du roi que Brissac conservera son commandement et sera, Jusqu'à son rétablissement, suppléé par Termes. Brissac écrivait, le 21 septembre, au roi que M. de Termes « a ceste nuict couché à Suze et le pourrons veoir demain, Il ne sçauroit estre que le très bien venu, estant tel personnaige et de la capacité dont il est pour nous ayder à toutz... »
3. Brissac au roi, Turin, 18 septembre (B. N., fr. 20495, fo 95 ro, orig.).