‹ Blaise de Monluc HistorienChapitre 266 sur 533 · L INCIDENT D'AUMALE-TERMES · texte numérisé non relu

L INCIDENT D'AUMALE-TERMES

Henri If, visiblement inspiré par Montmorency, relevait rudement, comme un manquement très grave à la discipline et à son service, l’attitude des mutins, affirmant son droit absolu « de les faire obéir en tout ce qu'il me plaict, sans que l’on me doibve demander pourquoy ni comme ». Il se déclarait prêt à leur accorder «très volontiers » et de suite le congé qu'ils osaient solliciter, Cestant plus ayse, disait-il, de les veoir esloignez de là que d’en estre près pour degouster les autres de me faire service ». Le connétlable reprochait non moins durement à Brissac d’être «trop doulx et gracieulx à commander » et lui ordonnait, de par le roi, de montrer la lettre de blâme à tous ceux qui y étaient nommés ‘. Le maréchal n’en fit rien : dans Pintervalle, il avait calmé les esprits et, le 4 octobre, il écrivait au connétable : « Vous sçavez, Monseigneur, qu’il y à en toutes compaignies des diversitez d’humeurs, avec lesquelz il est bien souvent besoing au superieur qu'il se comporte, et congnoissez bien tous ceulx qui sont de deçà. Il est assez de fois escheu qu'il m’a faillu dissimuler et monstrer le plus saige; autres fois peult il estre aussi advenu qu’il a fallu que ceulx qui ont esté avec moy m'aient comporté à leur tour; et qui procederoit autrement que de ceste façon, il seroit bien mal aisé que les hommes durassent guières ensemble, et mesmement ès choses qui sont si chatouilleuses que celles de la gloire et de lhonneur, qui est ce qui faict principallement ainsi travailler les personnes vertueuses comme elles travaillent Je vous supplie très humblement ne trouver point mauvais que je me retienne ladicte depesche, ensemble le contenu en icelle, sans en rien communicquer, le faisant pour le bon respect pour lequel je le faiz, et estantz en la saison où besoing que nous sommes, où nous devons plus estudier à satisfaire les personnaiges dont il est question que les mal contenter ”. »

Tels sont les faits d’après les documents connus. Monluc et ‘ Boyvin du Villars les ont exposés chacun à leur manière. Boyvin a certainement eu les documents sous les yeux : il les analyse dans son récit, mais en les brouillant, en amalgamant ensemble

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1. Henri II à Brissac, Villers-Cotterets, 25 septembre. — Le connétable à Brissac, même date (Biblioth. de Carpentras, ms. 490, fos 205 vo-2o6 vo, copies).

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>, Brissac au connétab.e, Chieri, 4 octobre (B. N., fr. 20450, 0 118 ro, orig.).

i L } 306 LA DERNIÈRE CAMPAGNE DE PIEMONT.

la lettre dé Brissac du 18 septembre et celle du # octobre. Il dit que le maréchal apaisa le conflit, qu’il y eut scission entre les mécontents, le comte d'Anguien et le prince de Condé s’étant soumis tandis que les autres s’obstinaient; enfin que Brissac dut l'envoyer au camp avec le registre des dépèches pour convaincre les mutins qu'il était absolument étranger à la nominaüon de Termes'. Monluc confirme Boyvin sur ce dernier détail; il parle d’un double désaccord entre le duc d’Aumale et les princes d’une part, entre les princes et Brissac de l’autre; il ne dit mot de l'attitude conciliante de ce dernier; il accuse enfin Boyvin de l’avoir desservi auprès du maréchal en dénaturant un de ses propos et en lui faisant croire qu’il était opposé à la nomination de Termes. Il semble difficile d'admettre que Brissac, qui montra tant de tact dans cette affaire, ait accueilli à la légère une insinuation de son secrétaire calomnieuse pour Monluc. Il paraît plus naturel de penser que, désireux de faire leur cour au duc d’Aumale, Monluc et Vassé, tous deux déjà clients des Guise, prirent bruyamment fait et cause pour leur nouveau chef, qui escomptait la succession de Brissac”. L’intrigue se brisa contre la toute-puissante volonté du vieux connétable, qui, déjà mal disposé pour Monluc, fut heureux de le rabrouer rudement et de lui rappeler, une fois de plus, quil n’était qu’un petit compagnon. Nul doute qu'il lui ait écrit, pour le faire rentrer en France, la lettre dont parlent les Commentaires. L'auteur en avait dû conserver un amer souvenir. Il est revenu, dans un autre endroit de son livre, sur cette fâcheuse aventure; il laisse entendre qu’on était jaloux à la cour des succès du duc d’Aumale et il prend cette fois franchement à son compte le reproche fait à Termes de n'être qu'un simple gentilhomme à qui des princes ne pouvaient obéir. C’est un demi-aveu de complicité.

Après que Volpiano eut capitulé (23 septembre), le duc d’Au-

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