DEÉMELES AVEC HENRI DE MESMES
digressions qui lui sont familières, il s’est répandu en récriminations très vives contre un personnage qu’on lui avait donné depuis peu comme collaborateur, Henri de Mesmes, seigneur de Roissy et de Malassise. Le futur négociateur de la paix boiteuse avait alors vingt-cinq ans. Il avait reçu une éducation très soignée; c'était un lettré et un humaniste, A vingt ans, il était conseiller à la Cour des Aides; à vingt-deux ans, il succédait à son père dans une charge de maître des requêtes ". Lorsque Henri I, déférant à la demande que lui avaient adressée, un an avant, les Siennois de Montalcino, leur envoya, en mai, une constitution qui organisait officiellement leur république ?, il désigna le jeune Henri de Mesmes, qu'il aimait particulièrement, pour exercer la double charge de capitaine de justice et de surintendant des finances. Le vieux Monluc dut regarder de travers, dès son arrivée, ce jeune robin tout frais débarqué de la cour. Sa mauvaise humeur dut s’accroitre quand il constata que le nouveau venu était très décidé à ne pas le laisser empiéter sur ses attributions. Les causes de conflit surgirent vite. En matière de justice, Monluc avait une préférence marquée pour les exécutions rapides. Soucieux de maintenir rigoureusement la discipline, au moindre larcin commis par ses soldats, il parlait de faire jouer la corde ?. En matière de finances, il n’était pas moins enclin à négliger les formes; il ne songeait pas toujours à payer ce qui lui était fournif et les terribles embarras d'argent où il se
1. Voirles Mémoires inédits de Henri de Mesmes…., publ. par Én. Freuy, Paris, 1886, in-80.
2. Lettres de Henri IT à la république de Sienne, Villers-Cotterets, mai 1557 (Bibl. commun. de Sienne, C, 1v, 2, copie italienne).
3. Ambrogio Nuti au duc de Guise, Montalcino, 5 juillet : « Essendo alli
glorni passati catturati et messi in carcere due Franzesi per havere in lo alloggiamento dove dimoravano"tolto et levato certo vino, una ragna et certe altre poche robbe di valuta in tutto di scudi sette d’oro, ritrovandomi io all’ hora capn° di popolo, et intendendo che lo Illmo Monsor di Molluch hi voleva far appichar, parendo a tutta la villa che questa fusse troppo severa et rigorosa Justitia che per un furto di si picchola valuta fassero appichati due Franzesi, ne presi informatione dal auditor, et quale mi confirmo el medesimo, etc... » Monluc consentit enfin à faire grâce à ces deux pauvres diables (B..N., fr. 20512, fo 155, orig.). Un rapport d’Augustino Ubertini, auditeur du roi en Toscane, de la même date, montre ci il ne trouvait jatars la Justice assez expéditive à son gré (tbid., Fos 151-152, orig.).
4. Odet de Selve au duc de Guise, Haie, >> mai, pour se plaindre que
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débattait n'étaient pas faits pour le rendre plus scrupuleux ‘.
On s'explique, dès lors, que les rapports soient vite devenus aigres entre le vieux routier d'Italie et le jeune administrateur. Monluc accuse, dans son livre, Henri de Mesmes de l’avoir desservi auprès du duc de Guise ?. Il est très possible que des irrégularités et des excès de pouvoir aient été de la sorte dénoncés au capitaine général de la Sainte-Ligue. Mais Monluc a oublié de dire qu’il s’attira la colère du duc de Guise, comme il s'était attiré celle du connétable, par sa maladresse et l’intempérance de ses propos. Lorsqu’au début de juin, don Alvaro di Sandez marcha sur Pienza avec des forces écrasantes, Monluc, aux abois, demanda des renforts et de l'argent En même temps qu’il exposait lui-même au duc la situation, réclamait pour arrêter l'ennemi trois ou quatre compagnies françaises et un peu d'artillerie, qui lui furent accordées 5, il écrivit aux agents français à Rome, à Odet de Selve, au cardinal d’Armagnac, au cardinal de Tournon, pour se plaindre qu’on le laissât sans secours et qu’on ne fit nul cas de ses doléances *. Le duc de Guise, instruit de ces démarches, en fut
Monluc et La Molle n’ont pas payé les armes que leur avaient fournies deux
armuriers de Brescia (B. N., fr. 20512, fo 54, orig.). - 1. Voir son mémoire du 8 juin et sa lettre du 21 au due de Guise (IV, 73-
85), ainsi que sa lettre à Carafa du 29 avril (Bull. ital., 1903, HE, 154-156).
2. Dans sa revue des charités, il précise : « Monsieur de Malessize, qui est aujourd’huy, n'en presta une en la Romaigne, à l’endroit de monsieur de Guyse, et me voulloit, par ce moien, faire ouster le gouvernement de la Tuscane. pour y mectre monsieur de la Molle, et luy mist en avant que Jj'avois dit tout plain de mal de luy, et ledit seigneur l’en ereust et m’en voulcist grand mal ung temps. À Macheratte, present monsieur d’Aumalle, monsieur de Mompezat, messieurs de Cipierre et de Randan, que les deux sont mortz et les autres deux en vye, et en leur presence je m'en desmeslay; si est-ce que je ne l’en sceuz encores si bien ouster l’oppinion qu'il ne m'en gardast quelque racine, et jus ques à Tiomville ne changea d’oppinion. Et à mon retour à Montalssin, il s’en faillist de bien peu que je ne couppasse la gorge au diet de Malassize. Et ne fault trouver estrange s’il m'en veult tant comme il faict : je ne veulx poinet dire icy les raisons, car il n’y auroit guières honneur, et le laisseray faire tousjours comme il a faict jusques icy à l'endroit de la royne, esperant qu'avec le temps Sa Majesté changera d’oppinion, comme fist monsieur de Guyse. » (Texte du ms., fo 292 vo. — Cf. III, 125-126.)