MONLUC A LA ROCCA D’ORCIA
récolte. De plus, il prenait à revers Montalcino, qui n’avait plus qu'à capituler. Le péril était grave. Monluc partit de Montalcino le 16 au matin et passa la journée à la Rocca d’Orcia pour donner ses Instructions à Pierpaolo Tosinghi qui y commandait. Il dit dans son livre qu’il se défiait un peu de ce capitaine florenün, soupçonné d’avoir des intelligences avec le duc Cosme". Dans la nuit du 16 au 17, il fit venir à la Rocca la compagnie du capitaine Entrecasteaux avec deux pièces d’artillerie. Luimême partit en hâte pour lAbbadia San Salvatore, afin de diriger de là un convoi de blé et de farine sur la Rocca d’Orcia, qu’il avait {trouvée complètement démunie de vivres. Puis il s’en retourna @ par les boys et hors les chemins » à Montalcino, laissant à l’Abbadia les deux compagnies siennoises de Marcel Palmieri et de Cacciaguerra. Il fallait, en effet, mettre Montalcino à Pabri d’un coup de main*. Il n’est donc pas vrai, comme il laffirme dans son livre, qu'il s’enferma dans la Rocca d’Orcia pour défendre la place et que sa ferme attitude fit reculer, au bout de trois jours, Don Alvaro campé à Bagno Vignoni, sur la rive droite de l’Orcia *. Son récit est, sur ce point, entaché de gasconnade; il est exact pour les autres détails. D’après Adriani, don Alvaro recula, à l’instigation du duc de Florence qui le favorisait sous main, mais ne voulait pas trop mécontenter le roi de France avec qui il n’avait pas rompu ouvertement #. La raison donnée par Adriani est très fondée : Cosme de Médicis, dont la duplicité faisait alors merveille, affectait de se donner le beau rôle de conciliateur et estimait qu'il pouvait attendre l'évacuation volontaire par les Français du territoire de Montalcino, escomptée déjà comme prochaine, pour occuper tout le Siennois et réaliser son rêve ».
1. Sur Pierpaolo Tosinghi, l’un des massacreurs de la Saint-Barthélemy voir E. Picor, Les Llaliens en France au seizième siècle, pp. 111-112, et la lettre de Monluc à Carafa, 18 novembre, déjà citée.
>. Monluc au duc de Guise, Abbadia San Salvatore, 17 juin.
3. Les Espagnols se retirèrent ensuite à Buonconvento et à Sienne. (Le comte de Bisque au duc de Guise, Grosseto, 25 juin, B. N., fr. 20512, fo 117, ori®.)
4. Annrani, Î, 1013. — Monluc, dans sa lettre au duc de Guise, dénonce la « cautelle » du duc de Florence.
5. Dès le début de juin, le dac de Guise, ayant échoué devant Civitella, avait reçu de Henri Il l’ordre de rentrer en France. — Cf. D. Axcer, La question de Sienne et la politique du cardinal Carlo Carafa, pp. 81-82. L'auteur de
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Monluc a fait plus loin lui-même une allusion très exacte à lattitude du duc de Florence; il se rendait nettement compte que lenjeu de la partie engagée lui était destiné. Le 25 Juin, l'ambassadeur florentin annonçait à Carafa que Philippe I cédait Sienne à Cosme de Médicis’. La paix ertre la France et le duc de Florence était, de ce fait, rompue. Monluc, et il paraît en avoir été informé
aussitôt la nouvelle connue des premiers — résolut de reprendre loffensive et d'enlever Pienza. Il ne se faisait pas illusion sur la portée de l’entreprise; il dit qu'il la fit « de désespération ». L’escalade, qui eut lieu «la nuict de Saint Pierre » (29 juin), réussit pleinement. Monluc a raconté avec une infinie complaisance ce hardi coup de main qui fut, en fait, le dernier succès des Français en Italie”. A la fin de son récit, il n’a pas manqué d'évoquer son retour triomphal à Montalcino. Le 30 juin, les magistrats ordonnaient de remettre à Mario Cacciaguerra, l’un d’eux, sept écus d’or par lui déboursés pour en gratifier les tambours et les fifres qui ont escorté les deux enseignes et l’étendard que M. de Monluc avait, le malin, remis solennellement au Palazzo pubblico en mémoire de la prise de Pienza 5. Ce procès-verbal confirme d’une façon saisissante et dans les plus petits détails la scène dont Monluc avait gardé un très vivant souvenir.
A travers le récit de la reprise de Pienza, dans une de ces
ce travail a démontré que le duc de Florence et Carafa désiraient l’un et l'autre Sienne et que cette ambition les guida dans les démarches tortueuses de leur politique.
1. D. Ancez, op. cit., p. 85. — L'acte d’investiture fut signé le 3 juillet,
2. Adriani n’en dit qu'un mot (1, 1013). La lettre au duc de Guise du 17 juin et-une lettre de Gianfigliazzi au duc de Florence, du 16 (A. BaNDi-VERDIANI, 0p. cit., dans le Bull. sen. di stor. patr., V, 160-161), confirment ce que dit Monluc du renfort qu'il reçut des compagnies du duc de Somma.
3. Arch. d'État de Sienne, ébid., vol. 5, fo 190 ro : « Et mandorno farsi decreto à Girolamo Bettini, depositario publico, che de denari publiei paghi al magco Mario Cacciaguerra scudi sette d'oro, quali questa mattina ha pagati per ordine loro alli tanburi e piffari che accompagnorno l’insegne due e stendardo che dono l'Illmo Monsre Monluc alla Repca loro, per il qual dono il sudetto Monte venne in persona propria nel Magistrato adunato con comitiva di capitani et altre gente a farne parole, alquale fa risposto convenevolmente dal Illmo capo del popolo, et rimisero le due insegne, uno stendardo da cavalli e un altro pezzo d'insegnia, in palazzo come cose donate al publico e per memoria dell’ aqquista e fazzione fatta a Pienza da Sua Ecca con le sue geate, qual fu il di di San Pietro, alli 29 del presente, »