BROUILLE AVEC LE DUC DE GUISE
furieux. Déjà il avait blâmé vigoureusement, dans une lettre au roi, les fautes militaires commises récemment par Monluc et ses lieutenants, la défaite de Mario de Santa-Fiore, l'expédition de la Rocca d’Orcia; il déclarait qu'il eût mieux fait « de penser plus à la récolte » qu’à ces entreprises bruyantes et vaines, et protestait qu'il lui avait envoyé des secours suffisants ‘.. Cette fois, 1l lui écrivit une lettre sévère pour se plaindre de ses procédés. « Et pour ce, monsieur de Monluc, lui disait-il, que je ne desire sans occasion estre imprimé telle oppinion de moy que je vous aye delaissé et n’aie au contraire satisfaict plus que je ne pouvois et n’est en ma puissance, et non de si peu que je ne m'en contentasse bien estant en vostre place, je vous prie croire que vous adressant à moy des choses dont Sa Majesté entend que je vous secoure, Je n'y ay obmis ny obmectray jamais chose que je doibve, me semblant estre à moy seul, puisqu'il plaist à Sadicte Majesté me donner ceste charge, à qui vous vous devez retirer pour cet effect et non à autre”. » La leçon était dure. Monluc la subit sans mot dire; il tâcha de faire oublier sa maladresse en redoublant d’activité et en atténuant, à l’occasion, les échecs que l’ennemi lui infligeait. Il avait compris que le duc de Guise ne se souciait pas de sacrifier des hommes et de l'argent pour les Siennois de Montalcino, dont la cause était perdue d'avance et à qui il en voulait de se raccrocher désespérément à l'alliance française 3. Dès lors, 1l ne songea plus qu'à détruire jusqu'au souvenir de sa nouvelle mésaventure : cinq mois plus tard, il écrivait à Brissac que le duc le « haïssait » parce qu'il n'avait pas voulu le suivre au royaume de Naples, en qualité de
Re chrimo in Montaleino ». (/brd., f 105, orig.) Le 29, le duc répond qu'il a fait le nécessaire et que Monluc, ayant achevé sa récolte, avoue lui-même n'avoir pas besoin d’aussi grandes forces (B. N., fr. 20462, p. 213, min. orig.).
1. Le duc de Guise au roi, Fermo, 23 juin (B. N., fr. 20454, pp. 97-98, orig.).
>. Le duc de Guise à Monluc, juin 1557 (B. N., fr. 20512, fo 68, minute). Le duc de Guise écrivit aussi aux agents français à Rome, entre autres à Odet de Selve, pour se plaindre très vivement des procédés de Monlue (/br4., Fos 65 et 67, minutes).
3. C’est ainsi qu'il opposait à leurs doléances, à l’occasion de la prise de Pienza, les renseignements plus optimistes que lui avait envoyés Monluc. Voir sa lettre à l'ambassadeur de la république de Montalcino, € du camp sous Marenne », juin 1557 (B. N., fr. 20512, f0 123, minute).
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mestre de camp, sous les ordres du jeune duc de Nemours, ni accepter la charge vacante de maître de l'artillerie”. De ces deux raisons, aucune n’était sans doute la bonne.
Les documents expliquent, on le voit, la brouille de Monluc et du duc de Guise sans y faire intervenir Henri de Mesmes. Il n’y a pas, sans doute, joué le rôle prépondérant que lui attribuent les Commentaires. Monluc n’a pourtant pas inventé laccusation qu'il porte contre lui. Dans une lettre du 22 août, où il reprochait amèrement aux Siennois leur ingratitude, il le dénonce comme ayant tenu des propos qui lui ont valu la mauvaise grâce du duc?. Il n’est pas vraisemblable qu'il le calommie tout à fait. L'éditeur des Mémoires de Henri de Mesmes, M. Éd. Fremy, pense que Monluc ne pardonna jamais au jeune magistrat de s’être montré aussi habile stratégiste qu’un vieux général. De Mesmes s’attribue, en effet, l'honneur d’avoir, pendant une absence de Monluc, « repris bon nombre de villes et chasteaux », entre autres celui « de gli Altezzi » +. On a vu que Monluc a ra-
1. Monluc à Brissac, Castelottieri, 15 novembre (IV, 98). De Rugce note que la haine du duc de Guise pour Monluc, rapportée dans cette lettre, est un fait nouveau. Les Commentaires étaient déjà pourtant assez précis sur ce point.
2. Monluc à la république de Montalcino, Abbadia San Salvatore, 22 août : « Ho inteso... come havete mandato un imbasciador al illustrissimo mons. di Ghisa, accid volga gli occhi al soccorso vostro, e vi mandi quello che meglio parra a Sua Ecca circa le cose del stato, del quale si io non mi voglio impacciar per hora, la cagione è questa, che pare al detto Sre di Ghiza e crede ancora, essendoli cosi stato referto per il Sre di Mesmes e altri particolar di voi altri, che ero causa della ruina di tfut]to cotesto dominio, il che se gli è vero Dio e voi ne stati buoni testimoni... » (Bibl. comm. de Sienne, K, 1v, 36, fv 67, copie. — Publiée par Léon-G. Périssier dans le Bull. histor. et philol. du Com. des trav. hist., 1894, pp. 493-497.)
3. Mém. inéd. de H. de Mesmes, éd. Fremy, p. 37. Frewy cite un passage de Le Laboureur, qui, dans son éloge de de Mesmes (Add. aux Mém. de Castelnau, I, 768-782), fait simplement allusion à la jalousie de Monluc, « qui ne vouloit, en son temps, qu'aucune reputation prist racine que fort loin de son ombre ».
4. « Pendant que Jj'estois là, Mr de Guise assiegea Civitelle, qui est l’entrée du royaume de Naples. Durant ce siège, Montluc, lieutenant du Roy en la Toscane, ala vers M. de Guise et je demouray au Sienois avec toute auctorité absolue, mesmes au Sienois. Et advint, heureusement pour moy, que je feis un petit camp, sortis en campagne et repris bon nombre de villes et chasteaux des nostres que les Espagnols avoient surprins auparavant ma venue, entre autres un chasteau de gli Altezzt qui nous incommodoit grandement à Montalcino e empeschoit tout secours de vivres, de munitions et d'hommes, estant ce chas-