CRITIQUE DU TÉMOIGNAGE DE H. DE MESMES
conté cette prise dans le groupe de faits qui se place entre le 29 avril et le 3 mai. Il paraît difficile d'admettre qu'entre ces deux dates il ait été auprès du duc de Guise, à Civitella, comme le dit de Mesmes. Comment se serait-il absenté juste au moment où don Alvaro di Sandez entrait en campagne? Il a raconté jour par Jour ce qu'il fit alors et il fait allusion à une lettre du duc de Guise le blämant d’avoir failli se laisser surprendre précisément devant « gli Altezzi ». D’autre part, il n’est pas prouvé que de Mesmes fût arrivé à Montalcino avant le 3 mai : c’est le 10 seulement qu'il fut installé en qualité de capitaine de justice ". La chronologie donne tort à de Mesmes, qui a d’ailleurs grossièrement exagéré en écrivant qu'il reprit « bon nombre de villes et de chasteaux ». Il est permis de demander lesquels, et aussi comment la prise de Palazzo Altesi permit à Montalcino d’être plus aisément ravilaillé. C’était du sud, on l’a vu, de la région montagneuse du Monte-Amiata et de l’Abbadia San Salvatore, principal centre de ravitaillement, que les vivres venaient à Montalcino. Un seul fait, allégué par de Mesmes, se trouve exact : lorsqu'il arriva pour prendre possession de ses fonctions, Monluc était réellement absent; il était sans doute auprès du duc de Guise, à Civitella, pour lui exposer sa situation critique et demander des reniv:ts. Mais il semble bien que le jeune capitaine de justice, qui écrivit ses Mémoires à la fin du siècle”, en un temps où les vieillards étaient fiers de pouvoir dire qu'ils avaient participé aux guerres d'Italie, a voulu rehausser son court séjour au-delà des monts d’un brin de laurier usurpé.
Les Commentaires sont à peu près muets sur les derniers mois du séjour de Monluc à Montalcino. Le vainqueur de Pienza compléta son succès en s’emparant des châteaux voisins : son neveu, le baron de Clermont, occupa le Palazzo Massaint, Monterongriffoli, San Giovanni d’Asso et Santa Anna, au nord de Pienza; le capitaine siennois Cacciaguerra, Celamonti et Cosona, au nord de San Quirico. Les Espagnols évacuèrent sans coup férir tout
teau sis entre nous et la ville de Siene, que le Roy d’Espaigne tenoit lors et distant seulement de deux ‘mile de Montalcino. » (Mém. de H. de Mesmes, PP: 197-198.)
1. Arch. d’État de Sienne, Délib. de Montalcino, vol. 5, fo gg vo. — Monluc
était alors absent.