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L'HOSPITALITÉ DE RENÉE DE FRANCE

l’homme de confiance du duc’. C’est alors qu'il a pu connaître cette superbe ville, que Montaigne compare à Tours, que le Tasse a célébrée, et ces délices vantés par tous les auteurs du temps. A-t-il visité la villa du Belvédère, le palais de Belriguardo, les bosquets de la Castellina, Consandolo, séjour favori de Renée, et ces autres résidences où la cour d’Este promenait un élégant farniente *? Les divertissements chômaient sans doute à cette heure; les beaux cavaliers avaient abandonné les belles dames pour rejoindre à Reggio la petite armée ducale. On vivait dans lPinquiétude et les alarmes. Monluc, s’il en avait eu le goût, n'aurait guère pu prendre une idée complète de cette vie raffinée et exquise. De l’hospitalité de la bonne duchesse il a seulement gardé le souvenir des menus princiers qu’on lui servait. Le luxe de la table à la cour de Ferrare était légendaire; les diners y étaient somptueux, égayés par des bouffons, des musiciens et des danseurs. La vaisselle était d'argent et de majolique, les plats étaient confectionnés par des cuisiniers célèbres. Tout cela dut paraître délicieux à Monluc après la maigre chère qu’il avait faite à Montalcino.

La guerre l’arracha bien vite à ces loisirs. On annonçait que D. Ferrante de Gonzague était parti d'Alexandrie pour Crémone, où il concentrait des compagnies espagnoles, qu'il levait des Italiens vers Milan et qu'il avait réquisitionné quatre-vingts grands bateaux pour faire descendre le Pô à son artillerie. Cette entreprise était dirigée contre Brescello, place forte sur le P6, aux confins des duchés de Ferrare et de Parme, Monluc révèle que le duc Ercole en fut secrètement averti par le frère de D. Ferrante, Ercole Gonzaga, cardinal de Mantoue, détail que confirment certains passages de la correspondance du duc et de son fils*. Il insiste naturellement sur les angoisses du duc

1, Le 10 mars 1557, Cornelio Bentivoglio priait le duc de Guise de recommander à Monluec son frère, Antonio Galeazzo, qui se rendait à Montalcino pour prendre soin de sa compagnie. (B. N., fr. 20511, fo 113, orig.)

>. AnGeLo Socenri, Ferrara et la corte Estense nella seconda mejà del secolo decimosesto, 1891, PP. VII-XVI. | Ru .

3. Monluc appelle Brescello Berseil, Bresseil, ce qui n'a pas Te de Ruble de reproduire la leçon fautive de l’éd. orig. (Versel) et de croire qui s’agit de Vercelli. ;

4. Voir, en particulier, une lettre du 13 mars où le duc transmet à son fils

et sur le refus de Cornelio Bentivoglio et de La Molle de se jeter dans Brescello. L'offre qu'il fit de s’y rendre est racontée par lui d’une façon bien romanesque. Après avoir toute une nuit « prins conseil avecques sa santé », il serait allé le matin frapper à la porte de la chambre du duc et lui aurait proposé de donner un coup de main au gouverneur de Brescello. Le duc Pembrasse « au coul bien estroictement », en lui tenant le visage contre sa poitrine; le cardinal Ippolito, appelé, lembrasse à son tour en lui disant : «O monsieur de Monluc, que tous tant que nous sommes d’este maison, vous serons à Jamais teneuz! » Spectacle touchant : ce duc, ce cardinal remerciant, les larmes aux yeux, le héros qui les sauve, eux et leur famille! La scène, vraie au fond, s’est passée peut-être plus simplement : le 27 février, le duc écrivait à son fils qu'ayant fait appeler M. de Monluc et ayant longuement raisonné avec lui des avis reçus sur les mouvements des ennemis, il a accepté avec une infinie satisfaction l'offre qu’il lui a faite de se jeter dans n'importe quelle de ses forteresses et qu'il Pa chargé de défendre Brescello, comme étant la plus importante et la plus menacée ‘. Le duc priait son fils de lui réserver le meilleur accueil et de lui faciliter par tous les moyens sa mission. Il n'était pas loin, on le voit, de le regarder comme un sauveur providentiel.

Monluc partit le lendemain de Ferrare. Le soir, il était à Finale, d’où après avoir, le matin du 1° mars, inspecté les fortifications *, il continua sa route sur Modène. Il y coucha 5, en repartit le lendemain matin avec une nombreuse escorte et arriva à Reggio, où se trouvait le prince de Ferrare +. Après s'être con-

des avis de Parme qu'il dit tenir d’une personne « qual puo saper secreti assai ». (Arch. d'Etat de Modène, loc. cit.)

1. Le duc Ercole Il au prince de Ferrare, 27 février. — Le lendemain, le duc annonçait au gouverneur de Brescello l’euvoi de Monluc. (Arch. d'État de Modène, Cancelluria Ducale, Reltort dello Stato : Brescello. Minute di lettere ducale scritle agli offictali dé quel governo, :551 al 1600, n° 10.)

2. Monluc au duc de Ferrare, Finale, 1er mars. (Arch. d'État de Modène, loc. cit., orig.)

3. Alfonso Trotti, gouverneur de Modène, au prince de Ferrare, Modène, 1e mars. — Alfonso Calcina à Cornelio Bentivoglio, même lieu, même date. Il le prie de préparer le logement à M. de Monluc, qui sera le lendemain à Reggio. (Arch. d'Etat de Modène, Rettort dello stalo : Modena.) ]

4. Alfonso Trotti au duc de Ferrare, Modène, 2 mars. — Le lendemain, le gouverneur de Modène, qui n'avait rien négligé pour bien recevoir Monlue,

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