LA DÉFENSE DE BRESCELLO
certé avec lui et lui avoir donné quelques conseils, il s'en alla à Brescello, où il était le 4 ‘. On voit avec quelle précision Monluc a reproduit ces étapes : € Et m'en allay coucher à Final, et l’endemain disner à Modène, et coucher à Rege, où monsieur le prince estoil avecque son camp; lequel me bailla le baron d'Aurade avecques sa companye.. et une companye de gens à cheval. Et arrivasmes envyron une heure après-midy. » Il à ensuite raconté longuement comment il ravitailla et fortifia Brescello. A la fin de son récit, il a parlé avec une bienveillance qui veut être équitable, mais qui reste un peu dédaigneuse, du gouverneur, Pier Gentile Varano da Camerino, à l’insuffisance duquel il suppléa si à propos. Les documents prouvent que Pier Gentile fut blessé en apprenant que le duc lui envoyait ce collaborateur ; il prétexta même une indisposition pour demander un congé *. On le lui refusa et il dut se résigner à faire son office sous le contrôle de Monluc. Mais, pour prouver qu’il eût pu s’en passer, il envoyait en son nom personnel au prince de Ferrare des renseignements sur l’ennemi*. Bientôt il renouvela sa demande de congé et la lettre au duc où Monluc se justifie d’en être cause laisse entendre que tous deux ne faisaient pas bon ménage‘. Les Commentaires sont muets sur ce dissentiment ; Monluc ne semble pas, en tout cas, en avoir voulu à ce gouverneur chatouilleux. Sa susceptibilité ne dut pas, au fond, lui déplaire; il se reconnaissait là.
Il fait simplement allusion au siège par le duc de Parme d’une place du duc de Ferrare, € deppendante de Rege, à cinq ou six mil au plus de Berseil ». Le château dont il a oublié le nom est
écrit au prince Alphonse qu'il a fourni deux chariots à l’homme de M. de Monluc pour transporter ses bagages du côté de Rubiera. (/b/«.)
1. Monluc au duc de Ferrare, Reggio, 4 mars. (Arch. d'Etat de Modène, loc. cit., orig.) — Le même jour, le duc écrivait à son fils de réunir en conseil de guerre M. de Moalue, s’il n’est encore parti, Cornelio Bentivoglio, M. de La Molle et le gouverneur de Reggio, pour prévenir l’entreprise du duc de Parme sur Guardasone. (/brd., Carteggto fra préncipt Estenst, busta 15.)
>. Pier Gentile au duc de Ferrare, Brescello, 5 mars. (Arch. d'Etat de Modène, Retltort dello Stalo : Brescello, Ufficiali, sec. xvr, n° 40.)
3. Pier Gentile au prince de Ferrare, Brescello, 11 mars. (/bid.) |
4. Monluc au duc de Ferrare, Brescello, 14 mars. (/b, loc. cit, orig.) — Monluc entretenait, par contre, les meilleures relations avec le podestat Brescello, Antonio Modena, plus souple que le gouverneur,
Guardasone, au sud et à mi-chemin de Parme et de Reggio, à l'entrée du Val d'Enza. À peine arrivé à Brescello, Monluc apprit que, le 6 mars au matin, Oltavio Farnese était sorti de sa capitale avec quatre grosses pièces el une pelite, six cents Espagnols et les Italiens en garnison à Parme, pour aller battre Guardasone ”. Il était d'avis que le prince de Ferrare dressât Çun petit camp » à Reggio pour intimider lennemi et secourir la place; il offrait même pour cela de dégarnir Brescello ?. Le siège de Guardasone traîna : « Le capitaine Valfernière, disent les Commentaires, et une autre companye françoyse estoient dedans, qui faizoient fort bien, si bien qu’ilz les amusarent dix ou douze jours. » La résistance fut, en effet, vigoureuse : Monluc écrivait le g que la veille étaient arrivées à Parme deux charretées de soldats blessés et que l’ennemi était obligé de réquisitionner tous les pauvres gens du pays pour remplacer les « gastadours » qui s'étaient débandés 3. Quant à la diversion qu’il proposa, il ne paraît pas que le prince de Ferrare l'ait tentée *. Tout se borna à la sortie que Monluc fit lui-même de Brescello pour aller saccager deux villages du côté de Guastalla. Il a raconté ce minuscule fait d’armes, qui eut lieu le 15; son récit est confirmé par une lettre, malheureusement mutilée, d’Antonio Modena, podestat de Brescello $. Quant à ce qu'il dit de la crainte qu’aurait eue D. Ferrante de se retrouver en présence du défenseur de Caselle, de Bene et de San Damiano, il ne faut pas l'en croire; le danger
1. Monluc au duc de Ferrare, Brescello, 7 mars. (/brd., orig.) — En terminant sa lettre, il prie « Notre Seigneur que le duc Octavio s’en retourne de son entreprinse bien camus ».
2. Monluc au prince de Ferrare, Brescello, 7 mars : « C’est qu’il me sembleroit advis que, si tiriés la compagnie de Suysses Baron Dorades et une d’Italiens et mander querir à Ferrare et au fort de Lestalla les deux aultres de Suisses et dresser ung petit camp à Reges, feriés peur à l’ennemy et que par adventure il n’a peur, si donneriés courage à vos gens qui auroient esperance d’estre secourus. » (/bid., orig.)
3. Monlue au prince de Ferrare, Brescello, 9 mars. (Arch. d’État de Modène, tbid., orig.)
4. Le duc en demandait avec anxiété des nouvelles à son fils dans une lettre du 13 et lui conseillait de mander Monluc à Reggio pour se concerter avec lui.
5. Antonio Modena au prince de Ferrare, Brescello, 15 mars. Il écrit que les coureurs s’attardèrent à saccager, ce qui empêcha le succès d’être décisif. C’est ce que dit Monluc. (Arch, d'État de Modène, Brescello, busta 1558-1585, no 48.)