MONLUC ET LE DUC ERCOLE II
qui menaça Brescello fut moins sérieux qu'il ne Paffirme dans son livre. Le 14, il écrivait au duc que lon n’apprêtait aucune barque à Crémone et que D. Ferrante n’avait pu lever des troupes suffisantes", L’échec complet du duc de Parme devant Guardasone acheva de décourager l'ennemi; c’est Monlue qui le reconnaît lui-même dans une lettre du 19, par laquelle il demandait au duc son congé pour rentrer en France, où le roi le rappelait ?.
Il est aussi permis de le trouver indulgent pour le due Ercole I lorsqu'il dit qu'il était « trop François » pour faire la paix avec Florence sans le consentement de Henri II. En fait, le duc ne cherchait que son intérêt. Le traité humiliant qu’il signa le 18 mars marqua l'abandon complet de cette politique française dont Renée avait seule été partisan sincère; il fut sanctionné par le mariage du prince Alphonse avec Lucrèce, fille de Cosme de Médicis #. Au reste, on s'explique l’indulgence de Monluc : il a été aveuglé par les marques de reconnaissance et de bonne amitié que le duc ne lui ménagea pas. Convaincu qu’il avait de son bras soutenu l’état chancelant d’Ercole IT, il ne s’est pas rendu compte que tous ces compliments étaient fort intéressés. Flatté d’avoir entendu un prince se déclarer son obligé, il a écrit très sincèrement et la larme à l'œil : « Quant il moreustf, je pouvois bien dire, comme je faiz encore, que Jj'avois perdu le meilleur amy que j’avois en ce monde. » En partant de Ferrare, il se promit bien de ne pas oublier la maison d’Este, et nous verrons qu'il sut se rappeler à son souvenir.
Le 24 mars, Monluc ayant quitté Brescello repassait par Modène, rentrant à Ferrare6. Il en partit le 30 et resta vingttrois Jours en route; la rigueur de la saison rendit particulièrement difficile le passage des Alpes des Grisons. Le 22 avril, il
1. Monluc au duc de Ferrare, Brescello, 14 mars. (Arch. d'État de Modène, locoits oris)
>. Monluc au duc de Ferrare, Brescello, 19 mars. {/bid., orig.) — Les ducs de Ferrare et de Parme signèrent peu après une trève de trente jours. (Michieli au sénat de Venise, 6 avril, B. N., f. ital. 1720, fos 22 vo-23 ro.)
3. Ce ne fut donc pas wrngt-cinqg jours après que Monluc fut arrivé à Brescello, comme il le dit.