ARRIVÉE DU DUG DE GUISE (4 JUIN
effect il s’en y alla luy mesmes et la recogneust si bien et si diligemment qu'encor que l’advenüe en fust fort malaisée et qu'ils tirassent desesperement", si est-ce qu’il jugea qu’elle estoit forçable et dès l'heure prinst opinion que jamais on n’en viendroit à bout que par l'endroit qu'il la prist?. »
Le 4 juin, l’armée française était devant Thionville. Le duc de Guise, après avoir logé ses troupes dans les villages environnants*, établit ses batteries en avant des bois d’Yütz, sur la rive droite de la Moselle. Monluc a nettement marqué ceci : « Or il assiégea la ville du cousté de delà l’eau, la rivière entre deux. » Sans insister sur les raisons pour lesquelles fut choisie cette première position, il laisse entendre assez clairement que le duc se flattait d'ouvrir la brèche dans la courtine parallèle à la Moselle
1. Giovanni Michieli place plus exactement ce tir des assiégés pendant que le duc établissait son camp, trois jours après : « Gionse alle quattro Monsignor di Guisa sotto Tionvilla et nell alloggiar che fece li furono tirati molti tiri d’artiglieria, ma non furono morti che tre o quattro delli suoi » (Michieli, Paris, 11 juin, B. N., f. ital. 1720, fo 46 ro).
2. B. N., Cinq-Cents Colbert, vol. 26, 0 176 ro-vo. — Le cardinal de Lorraine à M. de Humières, Monceaux, 7 juin : « M. de Guise, mon frère, est devant Thionville dès samedy, ayant trouvé la place bien forte et bien pourveue. Toutesfois estant le vouloir du Roy qu’elle soit tentée, il y fera le possible, Cependant l’armée s’assemble et dedans cinq ou six jours aura huit mil pistolliers et tous les lansquenets, de sorte que peu aura-t-on veu de plus belles ne grosses armées que celle qu’aura ledict seigneur. » (B. N., fr. 3123, fo 169, orig.; Clairamb., 352, fo 7, copie.)
3. Avec les vingt-deux enseignes de gens de pied français de Picardie que commandait Monluc et cinq d’Allemands du régiment de Riffamberg, il se logea sur la rive droite de la Moselle. Sur la rive gauche étaient cantonnés : sur la route de Metz, M. de Jametz avec les gens de pied français de Champagne et six ou sept cents cavaliers; M. de Nevers en un grand village du côté de Luxembourg [Manom], avec toute la cavalerie et vingt-cinq enseignes d’Allemands; entre Jametz et Nevers, le duc de Nemours avec la cavalerie légère. (Dépèche de Michieli du 11 juin.)
4. Ces raisons sont méthodiquement déduites dans la relation des Yemotres de l'estat de France : 19 il était impossible d’attaquer d’un autre côté, en raison du caractère marécageux du terrain et de la plaine rase; 20 on pouvait, sur la rive droite, dominer le feu de l'ennemi en plaçant les pièces d'artillerie sur « quelques montagnes », c’est-à-dire sur le coteau d’Illange (raison faible : la distance eût alors été trop grande pour que le tir fût efficace); 30 on espérait venir facilement à bout du ravelin inachevé de la Tour-aux-Puces. La relation ne dissimule pas la difficulté qu'il y aurait eu à franchir la rivière, Elle concorde avec le discours que le rédacteur des Mémotres de Vieilleville prête à
Strozzi.
et de donner l'assaut sur ce point en faisant passer l’eau à ses colonnes d'attaque. Il est donc très vraisemblable qu'il ait fait, avant tout, sonder la rivière. Monluc est seul à mentionner cette opération, qui dut avoir lieu dans la nuit du 5 au 6 juin. L’évêque de Dax écrivait, le 8, de Venise, que le duc avait, « dès le me d’icelluy, fait destourner l’eau de la Mozelle » : il est permis de reconnaître dans ce bruit le fait, grossièrement déformé, du sondage opéré par Monluc, Bourdillon et le commissaire de Partillerie d’Estrées.
La nuit suivante, d’après les Commentaires, on éleva sur le bord de l’eau une gabionnade, à l’abri de laquelle, le matin du 7, l'artillerie ouvrit le feu contre la partie la plus faible de la muraille, c’est-à-dire contre le ravelin inachevé qui flanquait, à l’angle droit de l’enceinte, la Tour-aux-Puces. Monluc oublie de
dire c’est Rabutin qui nous lapprend — mais il laisse d’ailleurs entendre que, pour établir cette batterie, on avait, les deux jours précédents, creusé des tranchées dans les champs d’Yütz, et que, dès le 5, trente-cinq grosses pièces avaient commencé de ürer '. Les Memoires de l'estat de France, Ballard et Rabutin mentionnent la batterie du 7, mais glissent sur le résultat ou l’atténuent singulièrement. Monluc, seul, souligne fortement linsuccès de la tentative : les canons français parvinrent bien à faire brèche au ravelin”®; mais, en revanche, « sur les unze heures avant midy », les pièces de la plate-forme qui dominait la Touraux-Puces commencèrent à rer et en moins de trois heures mirent en morceaux la gabionnade, obligeant canonniers et pionniers à battre précipitamment en retraite dans les tranchées. Il ajoute que si les assiégés avaient à ce moment passé l’eau, ils auraient pris aisément toute lartillerie française. On voit l’importance du fait noté par Monluc. Son récit, supérieur ici aux autres relations, beaucoup plus complaisantes, fait très bien com-
1. L’évèque de Dax à M. de la Vigne : « Toutesfois pour cela mondit sr de Guise 2 a laissé de poursuivre ladite entreprinse, commençant dès le ve dudit mois à batre la ville de xxxv canons avec grand furie et dilligence..….. » MORTE tic Dès le lendemain cinquiesme de juin on commença très roidement à battre aux defenses. » — Michieli dit que l’on n’ouvrit le feu que le 6.
2. Ce résultat est le seul que notent RaBuriN, qui place inexactement le fait du 8 au 10, BarLarD, Munsrer, qui le met le 7. Il est omis dans les Memotres de l’estat de France.