LE PLAN D’ATTAQUE MODIFIÉ
prendre ce qu'avait de hasardeux et de chimérique le plan du duc de Guise et de Strozzi'. Ballard confirme, d’ailleurs, que dans la nuit du 7 au 8 on renouvela la tentative, et que la batterie continua le 8, mais sans grand effet ?.
L’échec meurtrier qu’il avait subi décida le due à tenir conseil : € Et feust tout le monde d’oppinion, dit Monluc, qu'il devoit ouster lartillerie de là et louger toute nostre infanterie et les Allemans de là la rivière et faire commencer les tranchées au plus près qui se pourroient faire. » Cet important mouvement, qui fit passer une partie des troupes sur la rive gauche (car le duc — Monluc oublie ici de le dire, mais il le laisse plus loin entendre — ne renonça pas complètement à battre la ville de la rive droite), est omis par Rabutin et mentionné par Ballard, à la date de la nuit du 9 au 10. Il est, du reste, impossible d'admettre qu'il ait eu lieu si rapidement. IT fut simplement alors décidé. Le récit de Monluc, qui paraît concorder avec Ballard, est, en fait, vague et peu net. Il parle d’un pont jeté sur la Moselle, que lon passa avant que les ais fussent cloués, et d’un village où lon campa sous un feu terrible de l'ennemi. Il semble bien qu'ici ses souvenirs aient été brouillés et qu'il ait confondu deux faits : dès le 9, il passa une première fois sur la rive gauche au moyen du pont que le duc avait fait établir pour relier les deux parties de son armée?; mais le pont à chevalets que lon construisit pour faire traverser le matériel de siège ne put être terminé qu’au bout de quelques jours. C’est le 11 au plus tôt que Monluc repassa, définitivement cette fois, la Moselle et vint camper à Manom, où il fut
1. Le 10 au soir, le frère du secrétaire Robertet arriva à la cour pour rendre compte de cette batterie. Tout en exagérant le succès, il ne cacha pas que les pièces de la plate-forme avaient fait beaucoup de mal à l’armée. (Dép. de Hiouen déjà citée.) — Le brusque silence de l’artillerie inquiétait à la Fêère le duc d’Aumale, qui ne savait qu’en penser. (Le duc d’Aumale à M. de Humières, la Fère, 13 juin, B. N., fr. 3123, fo 175, orig.)
>, Moxcuc : « Et ainsin demeurasmes jJusques à la nuict, que l’on remist autant de gabions, et les doublasmes; mais ce feust pour néant, car nous ne pouvyons faire aucune chose à la muraille de nostre bapterie.… »
3. « Il fist en premier lieu dresser un pont sur la rivière au dessoubz de la ville, par le moyen duquel les deux campz se pouvoient aisement secourir, en ayant auparavant faict faire un autre au dessus por Kÿ commodité des vivres qui venoient de Metz et des environs. » (B. N., Cinq-Cents Colbert, vol, 26, fo 177 10-VO.) — Confirmé par Barranp.
si bien accueilli par les pièces qui tiraient de la porte de Luxembourg ”.
IL paraît donc avoir commis une interversion chronologique. La reconnaissance de la Tour-aux-Puces et le faux assaut qui la suivit sont antérieurs, en effet, au passage de l’armée sur la rive gauche. Ballard concorde avec Monluc pour mentionner que lon commença immédiatement une tranchée dans la plaine de Manom, «sur le bord de la rivière, au delà de l’eau » *; il place le fait dans la nuit du 4 au 10 juin. C’est cette même nuit, d’après Monluc, qu'eut lieu la reconnaissance de la Tour-aux-Puces par Sarlabous, Millas, Saint-Estève, Sipierre et le capitaine Peyrot, suivie, la nuit d’après, du faux assaut. Ballard, confondant les deux opérations en une seule, les place la nuit du g au 10. I y a lieu de croire, avec M. Ch. Abel, que Monluc, beaucoup plus net et précis, a ici raison, et que la reconnaissance eut lieu dans la nuit du ro au 11. Ce faux assaut, destiné à tâter l'ennemi, à reconnaître jusqu'à quel point le ravelin était ruiné et à étudier les moyens d'approcher du pied de la muraille de la ville pour s’y loger, est mentionné brièvement par Ballard, plus amplement conté par Rabutin. Le premier cite Monluc, le second omet son nom. Les Memoires de l'estat de France racontent le fait en termes qui concordent, sauf quelques détails, avec le récit des Commentaires et le complètent parfois : « La batterie faicte, quand il fut question de mettre le pont, on y trouva plus de difficultés qu'on n’avoit pensé, parce qu'il n’avoit jamais esté possible de desloger quelques pièces qui pouvoient aisement tirer au millieu de la rivière ; quoy voyant monsieur de Guize, il commanda au sieur de Montluc, qui commandoit aux bandes françoises en ce voyage, de passer delà l’eau avec quelques enseignes, et parce qu'en recognoissant la ville il avoit aperceu qu’on pouvoit faire couler des soldatz entre la tour et la rivière et faire un
1. CF. Cu. Agez, article cité (Rev. d'Austrasie, 1854, p. 133), qui ne signale pas, d’ailleurs, l’interversion chronologique commise par Monluc.
2. Le texte de Cimber et Daujou porte au deçà de l'ezu, qui est une faute évidente.
3. L'auteur anonyme, qui ne soupçonne pas le déplacement des batteries françaises et le passage d’une rive sur l’autre, croit qu’il s’agit d’un pont desüné à faciliter l'assaut. Il veut parler du pont construit en face d'Yütz-Basse et que les équipages passèrent le 12,