LA CAPITULATION (22 JUIN
Toute la nuit du lundi au mardi, on travailla à creuser des trous de mine sous la plate-forme. Deux furent prêts à l’aube, le troisième devait l’être à dix heures. On avait décidé, dit Ballard, d'y mettre le feu à trois heures de l’après-midi. Au matin, « à huict heures », Monluc « dinait » avec Nevers et Bourdillon, tous trois assis sur des tambourins, lorsqu'une sentinelle vient leur annoncer, «environ les neuf heures », confirme Ballard, qu’un trompette sonnait en chamade « au coing de la ville », « devers la porte de Luxembourg », précise Rabutin. C'était Thionville qui capitulait ". Des otages sont échangés entre le duc de Guise et Quaderebbe : Monluc et Rabutin ne sont pas d’accord sur le nombre et les noms”. Quant à la capitulation, signée le lendemain mercredi 22 juin, Monluc n’a gardé la mémoire que d’un article, mais exactitude de ses souvenirs nous est garantie par le texte officiel donné par Ballard et reproduit partout 3. Il termine son récit en notant qu'après la sortie de l’héroïque garnison, que Beaucaire place le 23 *, il entra dans la ville pour aider Vieille-
prise de la tour et la capitulation (B. N., fr. 3123, Fos 181, 193, orig.; Clairamb., 352, fos 46, 48, copies).
1. La relation sans date de Michieli dit exactement que les assiégés commencèrent le mardi soir à sonner la chamade (B. N., f. ital. 1720, fo 57 ro).
2. D’après Moxruc, le duc de Guise en envoya quatre : MM. de La Brosse, de Bourdillon ou Tavannes, d’Esclavolles et un autre. Ragurix dit qu’il y en eut deux : Cadiou, gouverneur de Montmédy, et d'Hautcourt, gouverneur d’Ivoi. Les J/onotres de l’estal de France parlent, comme Rabutin, de « deux gentilshommes » seulement. — D’Esclavolles, nommé par Monluc, est cité comme touchant 200 1. par mois dans un Ætat des seigneurs et personnes qui sont à la suite du camp du duc de Guise pour l’année 1558 (B. N., Cinq Cents Colbert, 24, fo 239 ro).
3. Il suffit de signaler ici les copies de ce document conservées à la Bibl. Nat., fr. 3123, fo 1709, et 20471, fo 137. — Le texte imprimé par Ballard lui a été emprunté par RABUTIN, par Muxsrer, par les #émoires-Journaux du duc de Guise, ete. — La capitulation fut portée au roi par le sieur de Carnavalet (le cardinal de Lorraine à M. de Humières, 24 juin) et non par Florimond Robertet, comme le dit Moxruc. Elle fut aussitôt imprimée. Cf, Le double des Lettres missives envoyées par le Roy nostre sire à messieurs les Prevost des marchans et eschevins de la ville de Paris sur l’advertissement du jour de la prinse de Thionville. Plus les articles de la capitulalion accordé entre monseiqneur le due de Guise et le seigneur de Caderabe, gouverneur de T'hionville, et les capitaines estant en icelle. À Paris, par Guillaume Nyverd, imprimeur et libraire, in-80 de 4 ff. n. chiff. (B. N., L b3197, Rés.). D’après cette pièce, le samedi 25, un 7e Deum fut chanté à Notre-Dame.
4. « Haec deditionis capita decimo Kal. Julii utriusque subscripta sunt ;
ville à y maintenir l’ordre, ce qui fut d’autant moins aisé que le duc de Guise avait refusé le sac à ses troupes. Monluc le regrette d’ailleurs. Son témoignage, très net, permet de rectifier le récit de Claude Haton, qui prétend que le duc abandonna à ses soldats « le pillage de la ville pour vingt-quatre heures seullement, pour les réquipper de toutes leurs necessitez »
Le siège de Thionville, moins populaire que la défense de Sienne, est un des plus beaux faits d'armes de la carrière de Blaise de Monluc. Il en marque.en un sens l'apogée. Colonel des gens de pied français, Monluc sut se montrer digne du grade éminent qu’une intrigue de cour lui avait fait attribuer. Le duc de Guise eut en lui un auxiliaire parfois peu souple, mais intelligent et énergique. Son expérience des sièges, sa science d'ingénieur, de pionnier, de remueur de terre, sa parfaite connaissance du soldat, sa hardiesse et sa prudence, son activité infatigable, sa merveilleuse endurance, il trouva là une occasion brillante de les mettre au jour dans la situation élevée et pourtant dépendante qui convenait le mieux à un excellent sous-ordre tel que lui. Cest devant Thionville qu’il semble avoir donné pleinement sa mesure. Le récit du siège qu'il a laissé est aussi lun des morceaux les plus remarquables de son livre *. On peut lui reprocher de manquer parfois de netteté, d’être mal ordonné; ce sont là défauts communs à toute l’œuvre. Mais il est difficile d’en nier la grande valeur historique. Avec sa seule mémoire, l’auteur a donné, en respectant presque partout la chronologie, un récit à peu près complet et, sur beaucoup de points, le plus détaillé que nous ayons. La relation de Ballard est sans doute un « journal » plus clair et plus précis, mais pas plus exact ; le panégyriste officiel y montre, une fois au moins, le bout de l'oreille et Monluc nous est apparu là plus impartial3. La relation des Memotres
eodem die populus, viri, feminae, pueri, puellae ad quatuor millia ex oppido exierunt; postridie milites cireiter mille quingenti, magna ex parte vulnerati. »