‹ Blaise de Monluc HistorienChapitre 323 sur 533 · LE RÉCIT DE RABUTIN · texte numérisé non relu

LE RÉCIT DE RABUTIN

de l'estat de France, qui confirme d’une façon si remarquable Jes Commentaires, est encore plus un éloge prémédité du duc de Guise; elle est écrite dans un style pompeux, où les détails précis Sont noyés ou estompés, et la chronologie en est incertaine. Rabutin, qui servait comme homme d’armes dans la compagnie du duc de Nevers, est, comme Monluc, un témoin oculaire. Cantonné à Manom, il est mieux informé de ce qui se passait sur la rive gauche de la Moselle; il comble une lacune des Commentaires en indiquant la part que la cavalerie prit au siège. II la montre empêchant les sorties des assiégés et barrant la route aux secours; mas 1l exagère ce rôle, qui ne fut pas considérable ". De plus, le duc de Nevers est son héros : c’est lui qui a tout fait avec le duc de Guise. Monluc, qui lut le récit de Rabutin et n’y trouva pas son nom cité, songeait à lui lorsqu'il parlait, précisément à propos de Thionville, de ces historiens « qui n’escripvent que des princes et grandz... et passent soubz silence ceulx qui ne sont pas d’une si grande taille ». Rabutin paraît sur un point plus précis que Monluc; il donne des dates. Mais ces dates, il les a empruntées, ainsi que certains détails, à Ballard, qu'il à lu parfois d’une façon bien négligente. C’est ainsi qu’il semble placer le 16 l’assaut de la Tour-aux-Puces ?. Son récit est, en somme,

prinse de la ville de Thionville, mise en l’obeissance du Roy par le seigneur de Guise, pair de Krance et lieutenant general pour led. sieur, faict jouxte la formeet exemple. {Imprimé à Paris par Robert Estienne. Avec privilège, 1558,

in-80. — Ze Discours de l’assielte du camp da Roy devant la ville de Thionville, avec la prinse el capilulation. À Paris, par Olivier de Harsy, au clos Bruneau, à l'enseigne de la Corne de Cerf. Avec privilège, 1558, in-80. — Z’'or-

dre et mantère de l’assietté du camp du Roy devant Thionville, avec la prinse d’icelle, faicte par le setgneur de Guise..…; plus la deploration sur la mort de Monsieur le mareschal Pierre Strosze. À Paris, de limprimerie de Pierre Gaultier, MDLVII, in-80 (reproduction du Brief discours avec, en tête, quelques dizains sur la mort de Strozzi). — Discours de la conqueste de la ville de Thionville mise en l’obeissance du Roy par le seigneur de Guise, pair de France et lieutenant general pour ledict sieur. Avec privilège. A Paris, par Jean Bonhomme, demeurant à la Rue Sainct Jacques, in-80 (reproduction de BarLarp).

1. Philippe II ne songea pas sérieusement à secourir Thionville (cf. R UILEN- BECK, 0p. cil., p. 339). Le roi et le cardinal de Lorraine dirent à Michieli qu'ils la croyaient plus forte qu’elle n’était en réalité (dépêche de Michieli du 27 juin, B. N., f. ital. 1720, f0s 58 ro-6r vo).

2. Age a été dupe de cette erreur chronologique de RaBurin; il place le 16 le récit d’un assaut qui n’est autre que celui du 20. Il suffit, pour s’en

uu mélange de souvenirs personnels et d'emprunts: 1l est permis de se demander si la ain de Bernard du Poey ou de tout autre collaborateur à gages peu consciencieux n’a pas passé par là.

La valeur historique du témoignage dé Monluc apparaît encore plus grande si on le rapproche dés autres relations. Le récit de Claude Haton ne contient, en dehors de « la grande batterie des 22,23 et 24 juin » (sic), aucun fait précis; il parle vaguement d’assauts bien repoussés", Celui de La Chastre est plus exact, mais se réduit à quelques lignes”. Celui de Tavannes, très sommaire aussi, a été fabriqué à l’aide des Commentaires. L'auteur, dans lintention de glorifier la mémoire paternelle, à interprété avec une excessive liberté ét sans même le comprendre lé texté qu'il avait sous les yeux. Il ÿ lut que le duc de Guise, entre autres choses, donna charge à Florimond Robertet de dire au roi « que troys hommes avoient esté cause de la prinse de Thionville », et que Monluc était l’un des trois. Tavannes écrit bravement : «Les ennemis estonnez demandent capitulation. Les sieurs de Tavannes et de Bourdillon la font par commandez ment de M. de Guise, qui escrivit au Roy que trois hommes avoient causé la prise de la ville, les sieurs de Tavannes, de Montluc et luy3. » Est-il nécessaire d’insister longuement sur le témoignage de Vieilleville? Le récit du siège de Thionville est, d’un bout à l’autre, forgé; tout est subordonné à l’éloge de Vieilleville, représenté comme une victime sacrifiée au duc de Guise ét à Strozzi. L'attaque par la rive droite, qui ne réussit pas, fut conseillée par Strozzi. Tout changea de face dès qu'on attaqua par la rive gauche, suivant l’avis de Vieilleville. Le duc de Guise est ainsi représenté entre un bôn et un mauvais génie. Le récit de la mort de Strozzi, fort vague, contient des détails très suspects sur lathéisme du maréchal, dont on ne retrouve trace ni dans Michieli n1 dans Monluc, et que les historiens ont

convaincre, de rapprocher le passage de Rasurin du récit de la journée du 20 dans BazzarDp, auquel il a fait des emprunts.

1, Mémoires de Claude Hälon, I, 68.

>. Mémotrres de La Chastre, coll. Petitot, XXXIT, 491-492. — Cës mémoi-: res, dont l’auteur n’est pas même identifié d’üne façon certaine, conservés dans les mss. de Brienne, furent publiés pour la pretnière fois en 1744, par Len: glet-Dufresnoy,

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