Mémorres de Tavannes, coll. Petitot, XXIV
LE RÉCIT DES MÉMOIRES DE & VIBILLEVILLE ». 37i
trop facilement acceptés. L'assatit de la Tour-aux-Pucés ést ün pur roman : on y parle d’un lourillon qui aurait été renversé eñ moins de six volées et où il n’y eut que douzëé pionniers tués et quatre blessés. Voilà à quoi se seraient réduits les longs et meuttriers efforts de la journée du 30, qui aboutirent à la prise des casemaätes. On ÿ peut voir encore un portrait en pied de Vieillez ville marchant à l'assaut, qui ne manque pas d'agrément. Voici, à titre de spécimen, comment la capitulation fut signée : «M. de Vieilleville entre dedans le tourrillon. 11 demanda que vouloit dire ce son [le son de la chamade!|, ou si c’estoit pouf retraite de ses gens où pour parlementer. Le trompette réspondit que cest pour parlementér. « Or, vas luy dire que s’il ne sort dedans trois « heures de là dedans avec tous ses soldats, hommes, femmes et « enfants, que je le feray pendre, avec toutes ses forces, sans mi- « séricorde. » C’est proprement bouffon. Et la fantaisie continue : le trompette rapporte une cäpitulationi Vieilleville la déchire superbement en déclarant que &’est à lui d'imposer sa loi’. Le récit de Monluc gagne singulièrement à être rapproché de ces Mémoires. On peut apprécier encore tout ce qu'il contient de détails neufs et précis en le comparant aux narrations du siège composées par des historiens de métier, qui ont écrit avant la publication des Comimentaires et que Mouluc n’a pu connaître ; Ascanio Centorio, qui fait surtout un pompeux éloge de Strozzi’; Munster, qui n’ajoute guère à Ballard?; La Popelinière, qui tanscrit presque Rabutin*; le Milanais Noël Conti, dont le récit est très remarquable, bien qu’on y trouve des emprunts à Rabutin*; Thomas Cormier, qui s'inspire de Ballard,
1. Méinotres de Vieilleville, coll. Petitot, XXVII, 349-367. — On a parlé (Rev. Hist., 1894, t. LIV, p. 346). à propos de la découverte de l'abbé Marchand, de la valeur littéraire de lPœuvre. Elle mé parait médiocre; c’est de la déclamation ampoulée, animée d’une vié faélice et où l’on sent le mauvais procédé.
5, La seconda parte de’ Commentarit.… del stnor AsGaxio CENTORIG DEGLI HorTENSI, PP. 197-200.
3. La Cosmographié universelle de lout le monde, de Muxsrek et BeLiEroresT, 1579, in-f0, 11, 473-477.
h. Hist. de France, 1581, fos 123 vo-125 v0,— Braucaire a copié LA Porert- NièBe : cf. Rerum Gallicarum comméntarii db anno Christ MCCCCLAT ad ann. MDLXXX... auctore Francisco B£Lcario PeGuiLioNe, Lyon, 1655, in-fo, PAG Beaucaire mourut en 1591; son ouvrage est posthuine:
5. Viri clarissimi Nararus Comrris Veneli universae hisloriae Sur lemporis
auquel il ajoute, quelques détails de son cru !; les Florentins Adriani et Albizzi, beaucoup plus vagues et moins exacts”. Depuis l'apparition des Commentaires, le récit de Monluc a servi de trame à presque tous les historiens, de Thou en tête. Le petit nombre de documents originaux jusqu'ici connus oblige encore aujourd'hui à le considérer comme un témoignage de premier ordre. C’est sans doute la conclusion à laquelle aurait abouti Charles Abel s'il avait pris soin, dans son étude, si intéressante comme reconstitution topographique, de classer les récits dont 1l il s’est servi.
C’est, d’après Mosluc, le 25 juin que l’armée quitta Thionville pour marcher «€ droict » à Arlon *. Dans une addition à la première rédaction, il félicite le duc de Guise de sa diligence. L’éloge ne parait qu’à moitié mérité. Les Français restèrent plus longtemps devant Thionville : l'ambassadeur Suriano dit qu'ils s’occupèrent de réparer la place *; Rabutin ajoute que l'on attendait le corps de reîtres allemands qu'amenait le duc Jean-Guillaume de Saxe, et que l’on ne délogea que le r°* juillet du Mont-Saint-Jean pour
libri XXX, rerum toto lerrarum orbe ab anno salutis nostrae MDXLV asque ad annum MDLXXXTI gestarum exposilionem, gnomis egreqiis refer- Lam, continentes, Strasbourg, 1612, in-f0, pp. 523-554. La 1re éd. avait paru à Venise en 1572; la continuation jusqu’en 1581 est de Gaspard Bitsch.
1. Tuomae Cormerit A/enconti rerum gestarum Henrict II libri quinque, Paris, 1584, in-40, Fo 149 vo.
2. Aprianr, /s{orta de’ suor tempr, Venise, 1587, pp. 1069-1070.— Arrrzzi, Vita dé Piero Strozzt, pp. 591-094.
3. Les archives de Thionville et de Metz ne renferment pas de documents sur le siège de 1558. Je dois ce renseignement à une très obligeante communication de M. le Dr Wolfram, directeur des archives de Lorraine. Je cite ici pour mémoire une lettre, depuis longtemps connue, d’Estienne Lallemant au cardinal de Lorraine (Hém.-Journ. du duc de Guise, coll. Michaud, VI, 425-426). Ce document, dont le texte se trouve à la B. N., Clairamb., 352, fo 44, est vague el, en somme, peu Important,
4. Elle se composait de cinq milie gens de pied français, presque tous arquebusiers, vingt-quatre mille lansquenets, cinq mille pistoliers, deux mille hommes d'armes, vingt-quatre compagnies de chevau-légers et dix d’arquebusiers à cheval (Michieli au sénat de Venise, La Ferté-Milon, 27 juin, B. N., f. ital. 1720, fo 58 ro).
9. Suriano au doge et au sénat, Bruxelles, 26 juin (State papers, Venice, t. VI, part. 3, p. 1510).
6. En vertu des capitulations du rer et du 6 mars (Arch. des Basses-P yrenées, E, 580).