LA REVUE DE PIERREPONT (8 AOUT
puis vint loger au château de Marchais (Monluc dit Marche), «maison de monsieur le cardinal de Lorraine », qui l'avait acquis de Nicolas de Bossut, seigneur de Longueval !.
Henri If, naturellement amoureux de faste guerrier et de parades, passa le lundi 8 août ? en revue, dans la plaine de Pierrepont, les vainqueurs de Thionville, les reîtres allemands et la gendarmerie française. « Le camp duroit une lieue et demye », plus de six milles d'Italie, dit Michieli 3. Monlue à insisté sur ce rare spectacle militaire, resté vivant dans la mémoire de ceux qui y assistèrent; Rabutin en parle avec la même admiration {. Tous deux font allusion au « grand chaud » qu’il fit ce jour-là. Sous un soleil de plomb, la gorge desséchée par la poussière, mourant de soif, les troupes restèrent sous les armes de six ou sept heures du matin à quatre ou cinq heures du soir $. On comprend que les gens de Monluc eussent « faiet faire une cave dans terre, dans laquelle le vin et l'eau y demeuroient aussi frais que glace », et que le duc de Saxe et ses capitaines aient pris plaisir à être régalés par lui. Il est, d’ailleurs, difficile d'admettre que le succulent menu, qu'il décrit avec complaisance, ait été servi au duc de Guise et au duc de Saxe le jour qu'il indique. Rabutn dit que, le 8 août, M. de Guise donna à dîner au roi et à sa suite à Pierrepont; après quoi, à une heure de Paprès-midi, commença la revue. Monluc, sans doute, a faussé la chronologie pour se faire valoir 6. 11 est plus exact lorsqu'il précise la place qu'il occupait avec les gens de pied français « entre les Suisses » du colonel Frôlich et « ung bataillon d’Allemans », qui n’était autre que celui de Georges Reckenrot, son vieux camarade du siège de
1. Voir, sur le château de Marchais, qui appartient aujourd’hui au prince de Monaco, une notice de Wozrr, dans le Bull. de la Soc. archéol. de Sorssons, t. IX, 2e série, 1878, p. 162.
>. Et non le 7, comme le disent BourpLé et FORNERON.
3. Michieli au sénat de Venise, Laon, 10 août. (B. N., f. ital. 1720, f0S 79 ro- 80 vo.) — Henri If, après la revue, harangua spécialement les reitres du duc de Saxe.
4. Moxruc : «Je eroy que ce fenst le plus grand camp et le plas beau de cavallerie et d’infanterye que jamais roy de Franse enst... » Ragurix : « N’estant memoire qu’en toute autre precedente s’y soient veuz autant d’estrangers allemands, mesmement de cavallerie... »
5. RaguriN, XXXII, 208. Monluc dit qu'« avant que tout le camp feust en bataille, il feust plus de huict heures ».