‹ Blaise de Monluc HistorienChapitre 329 sur 533 · CESSATION DES HOSTILITÉS (1° SEPTEMBRE · texte numérisé non relu

CESSATION DES HOSTILITÉS (1° SEPTEMBRE

Corbie pour, de là, surveiller la marche des ennemis’. Le matin du même jour, Philippe IF quittait Arras et venait rejoindre près de Doullens l’armée de Philibert-Emmanuel?. Monluc a raison de dire qu'il ne songeait pas à attaquer Corbie; c’est à Doullens qu'il en voulait. « Deux ou trois jours devant, Sa M2: lesté avoit envoyé troys [enseignes] se jecter aussi dans Dourlan. » Un cavalier français, fait prisonnier le 21 par les Espaguols, avouait qu'il devait entrer dans cette place quatre cents hommes. Le 26 août, l’armée royale arrivait à Amiens. Les Espagnols étaient campés de l’autre côté de la Somme, à quatre lieues, et non à une, comme le dit Monluc +. On s'attendait à voir les deux adversaires, suivant lPexpression de Petrucci, se rompre la tête. Ce fut la paix qui survint. Le 1° septembre, un trompette du duc de Savoie arrivait au camp français, annonçant que le connétable et le maréchal de Saint-André étaient à Arras, prêts à négocier avec les représentants de Philippe IT; la nouvelle était confirmée le surlendemain $. L'état sanitaire de l’armée laissait à désirer ; le duc de Guise, le prince de Ferrare, le duc de Bouillon étaient malades6. Monluc fut saisi d'une fièvre double et tierce

1. Le duc de Guise à M. de Humières, du camp près de Roye, 20 août. (B. N., fr. 3123, f0 249, orig.) — Michel Suriano au doge et au sénat, Bruxelles, 21 août : &« The French camp is at Corbie, three or four leagues distant from King Philip’s camp. » (Sfate papers, Venice, vol. VI, 3° part., p. 1525.)

2. Paul-Emile Petrucei au cardinal Carafa, Doullens, 21 août. (B. N., Clairamb., 302, f0S 121-122, copie.)

3. La lettre de Petrucci nous apprend que dans ses fontes on avait trouvé des lettres d'amour d’une dame qui lui écrivait, le 19, d'Amiens, combien elle était heureuse de penser que le roi l'avait choisi pour commander dans Doullens.

4. Le cardinal de Lorraine à M. de Humières, 25 août. (B. N., fr. 3124, fo 251, orix.) — Le duc de Guise à M. de Humières, «du camp près Amyens », 30 août. (/bid., fo 253, orig.) — Michieli au sénat de Venise, Paris, 29 août. (B. N., f. ital. 1720, > 86 ro.) — Paul-Emile Petrucci au cardinal Carafa, Bruxelles, 9 août : « Che l’esercito inimico si era ridotto sotto Amiens dela del fiume, vicino al nostro circa quatro leghe. » (B: N. Clairamb., 35, fo 123 ro, copie.)

5. Laubespine à la duchesse de Berry, sœur de Henri Il, camp d'Amiens, rer septembre. (B. N., Moreau, 774, Fo 193, orig. autogr.) — Henri de Montmorency à sa mère, 127 et 3 septembre. (B. N., Clairamb., 352, fos 126-127, copies.)

6. Michieli au sénat de Venise, Paris, 3 septembre. (B. N., f. ital. 1720,

fo 89 vo.)

qui ne lui permit pas de se renseigner exactement sur la snspension d'armes signée le 16 octobre à Cercamp et sur les négaciations qui amenèrent la paix de Cateau-Cambrésis ”. Il a aussi dédaigné de nous dire que, pendant tout ce mois d'août, les deux formidables armées de France et d'Espagne avaient, telles deux nuées de sauterelles, saccagé tout le pays sur lequel elles vivaient; ce détail est donné par Macard, le correspondant de Calvin, qui voyageait alors dans le Nord *.

On a souvent cité le jugement porté par Monlue sur la paix de Catean-Cambrésis. On l’a trouvé sévère et l’on s’est efforcé de le reviser 5, L'opinion de Monluc est celle d’un soldat; tous les capitaines du temps ont tenu le même langage. Brantôme, qui renvoie sur ce point aux Commentaires, a désappronvé énergiquement le traité en plusieurs passages de ses œuvres; il blâme la faiblesse dont firent preuve le connétable et le maréchal de Saint-André au cours des négociations, rapporte tout au long les doléances de Brissac désespéré d’abandonner ce Piémont, si péniblement conservé au prix de tant de sang français, ef aussi les appréciations fort libres des capitaines et des soldats sur le mariage du duc de Savoie et de Marguerite de France *. Même note chez tous les contemporains, à l’exception du panégyriste sans valeur qui a rédigé les Mémoires de Vieilleville. Boyvin du Villars mentionne la douleur de Brissac et prête au due de Guise le propos suivant : « Sire, quand vous ne feriez que perdre durant trente ans, si ne sSçauriez-vous perdre ce que vous voulez donner en un coup*. » Soubise, l’ancien lieutenant de roi à Parme et à Montaleino, écrit dans ses Mémoires : & Si bien vous diray-je que quand le Roy fit la paix par laquelle il rendoit tout ce qu'il tenoit au pays, il avoit un tel mal au cœur de veoir qu’il falloit rendre ce qu'avec tant de peine il avoit acquis et gardé, que cella luy estoit presque insupportable, ne se pouvant en toute

1. Voir, sur les premières négociations, deux lettres de Henri Il, 6 et 12 ogtobre (B. N., Clairamb., 352, fos 162 et 178, copies), et le texte de la suspension d'armes (ribrd., fo 218, copie). Cf. pe Rusre, Le traité de Cateau- Cambrésis, 1889, pp. 4-18, et Decrue, Il, 213-214. — BranrÔmE fait allusion au récit de Monluc et y renvoie (VI, 27).

Macarius Calvino, Paris, 26 août. (Caloini opera omnia, XVI, 304.) De Rusze dans Le (raité de Cateau-Cambrésis.

BRanTÔME, IL, 271, 282; IV, 70, 112, 1143 VI, 235 VIIL, 129-182, Boyvix pu Virrars, XXX, 267.

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