LA PAIX DE CATEAU-CAMBRÉSIS
heure garder de plaindre les pauvres gens qu’il sçavoit estre bons François, qu’on remettoit entre les mains de leurs ennemys ‘. » Soubise était indulgent pour Henri Il, qui poussa le connétable à accepter toutes les conditions ?. Monluc ne l’est pas moins, d’ailleurs, pour Montmorency et Saint-André lorsqu'il écrit qu’ils firent la paix Çà bonne fin » et qu'ils étaient € si bons serviteurs du roy... qu’ilz se feussent plustost laissé mourir dans la prison que de lavoir faicte ». En fait, leur condition de prisonniers ne fut pas étrangère aux concessions que les deux négociateurs de Cercamp firent au duc d’Albe et à Granvelle. Le Jugement de Monluc, sur ce point du moins, doit être revisé.
Si l’on peut lui reprocher aussi d’avoir manqué d'équité en ne tenant pas compte de la situation financière et des aspirations du pays qui réclamait la paix, il est difficile de contester sa clairvoyance et son sens politique lorsqu'il considère que la fin de la lutte entre la France et l'Espagne facilita étrangement les guerres civiles 3, Délivrés de la préoccupation du péril extérieur, les Guise, les Bourbon, les Montmorency, les Châtillon ne songèrent plus qu’à se disputer la direction des affaires, Les querelles théologiques prirent le pas sur les préoccupations nationales ; exaspérés par la persécution, les réformés français songèrent à conquérir, les armes à la main, la liberté de conscience et du culte qu’on leur refusait, et ils trouvèrent de précieuses recrues dans ces capitaines et ces soldats que la paix avait jetés, oisifs et mécontents, sur toutes les routes du royaume, en quête de coups à donner et d’argent à gagner. La paix de Cateau-Cambrésis mit, sous François IL et Charles IX, la France véritablement à la merci de l'étranger; le roi d'Espagne, sollicité par les Guise, put s’immiscer librement dans nos affaires ; la reine d'Angleterre prit sa revanche de la restitution de Calais en imposant ses conditions à Condé et à Coligny lorsqu'ils lui demandèrent son appui.
1. Mémoires de la vie de Jehan l'Archevesque (Soc. du Protest. franç., XXII, 1874, p. 310).
“>. Henri IL au connétable. (Let{. inéd. de Dianne de Poytiers, éd. Guiffrey, p. 155, note.) — Cf. le jugement de M. Lemonnier sur le traité (Æ/rstotre de France, publ. sous la direction de M. E. Lavisse, t. V, 11, 176-178).
3. Il a développé plus amplement cette idée dans une longue addition, placée vers Ja fin du livre VI, où il déplore la mort du prince de Condé à Jarnac et engage Charles IX, pour faire diversion aux guerres civiles, à « renouveller la querelle du duché de Milan » et du royaume de Naples (JT, 231-233).
Après la première guerre civile, Catherine de Médicis tentera de rapprocher catholiques et protestants en les menant ensemble au siège du Hâvre. Neuf ans plus tard, l'amiral décidera presque Charles IX à recommencer la guerre contre l'Espagne. Cette généreuse illusion lui coûtera la vie; mais l’année suivante, le roi entendra les mêmes conseils sortant d’une autre bouche. Du fond de sa retraite, le vieux Monluc, reprenant le plan de Coligny, dénoncera avec éloquence l'intérêt que le pape et le roi d'Espagne ont à tenir, € prennant toujours couverture sur la relligion catholique », « Sa Majesté bas de poil », et son imagination évoquera, dans une belle page, une France réconciliée et unie de nouveau contre létranger ”.
Le 12 octobre avaient commencé les conférences de Cercamp. Le roi, quittant l’armée, se retira vers le 20 à Beauvais, où le rejoignirent la reine, la reine-dauphine et la princesse Marguerite. Avant son départ, Monluc lui remit sa charge de colonel de linfanterie. Fut-ce de plein gré, comme lassure lhistorien condomois Dupleix *? Il est permis d’en douter. La paix avait, entre autres conséquences, ramené à la cour, plus puissant que jamais, le connétable, qui, les premières négociations terminées, s’occupa de gagner le pardon de d’Andelot*. De retour le 19 décembre à Saint-Germain, il Pobtint sans peine de l'inconstant Henri IT. Le même jour, au prix d’une abjuration plus ou moins sincère, d’Andelot fut rétabli dans sa charge et dans ses dignités *. Monluc dit tout ensemble qu'il fut fort surpris de ce brus-
1. Discours au roy par le sieur de Montlac sur le faict de la pair... V, 314-318). M. Tholin a dit justement (Rev. de l'Agenais, XVI, 28-29) « qu'aucun de ses écrits n’a l'ampleur de.ce testament politique ».
2. Michieli au sénat de Venise, Paris, 21 ootobre (B-N;fital 720; fo ror ro).