‹ Blaise de Monluc HistorienChapitre 332 sur 533 · NOUVELLE DISGRACE DE MONLUC · texte numérisé non relu

NOUVELLE DISGRACE DE MONLUC

que changement et qu'il avait prévu sa mésaventure, qui lui valut « d’en avoir pour tout jamais la malle grace de la maison de Montmorency plus que de celle de Châtillon, à qui le faict touchoit plus que à eulx ». Il accompagna le duc de Guise à Beauvais, où il arriva le 28 octobre". Il espérait quelque belle compensation; mais la délivrance du connétable avait fait baïisser le crédit des Lorrains et le vainqueur de Thionville ne put rien obtenir pour son protégé”. La rentrée en grâce des Montmorency fit donc une victime : ce fut le malheureux Monluc, qui se retrouvait plus petit compagnon que jamais. Une occasion s’offrit heureusement à lui de quitter la cour et d’esquiver la rancune du vieux connétable. Le roi de Navarre préparait en Béarn une expédition contre la Biscaye : il obtint d’être de la parte.

Il a raconté brièvement — on le comprend — cette piteuse campagne, connue sous le nom de « guerre mouillée ». Mécontent de voir que les négociateurs de Cercamp refusaient d’écouter ses doléances et de poser même la question de la restitution au Béarn de la Navarre espagnole, Antoine de Bourbon voulut, comme Pavait plusieurs fois tenté Henri IT d’Albret, la reprendre de force au roi d’Espagne. Il avait donné l’ordre à Charles de Coucis, sieur de Burie, son lieutenant en Guienne, de marcher sur Fontarabie. L'expédition fut si mal organisée, qu’arrivées à Hendaye, les troupes de Burie se trouvèrent sans vivres et sans bateaux pour passer la Bidassoa. Une pluie diluvienne grossit la rivière qui déborda. Les contingents béarnais fournis par les trois vallées d’Ossau, Aspe et Barétous refusèrent de marcher ?. Pendant que la précipitation et limprévoyance de Burie faisaient, comme le dit justement Monluc, « faillir » l’entreprise, Antoine de Bourbon, dont le zèle inconstant était déjà refroidi,

1. Michieli au sénat de Venise, Paris, 29 octobre (B. N., f. ital. 1720, fo 107 ro). Le duc de Guise à M. de Humières, Beauvais, 30 octobre (B. N., fr. 3123, fo 269, orig.). |

>. Sur l’äpre rivalité du connétable et du duc, Michieli donne de curieux détails dans un passage chiffré de sa dépêche du 24 novembre (BAIN EtalE 1720, fu 284 vo). A l’avènement de François II, les Guise prirent leur revanche : ils enlevèrent sa charge à d’Andelot pour la donner à M. de Martigues, un de leurs favoris (Michieli au sénat de Venise, Paris, 16 juillet 1559, cbid., fo 207 vo). | né

3. Borpenave, ist, de Béarn el de Navarre, éd. Paul Raymond, pp. 62-64.

Page 1