LA MORT DE HENRI
dez d'Elcicaola ÿ Gamboa, qui « traictoit double » la « marchandise »". Il à noté qu'à son retour chez lui, il réçut du roi le don de la compagnie de cinquante lancés vacante par la mort de M. de la Guiche ; il ajoute, ce qui est très vraisemblable, qu’elle ne lui fut pas dothée sans difficulté. Le 20 janvier, il annonçait la bonne nouvelle à son ami le duc de Ferrare, qui s’empressa de le féliciter. Monlue, qui trouvait, sans doute, la compensation un peu maigre, le suppliait dé rappeler, à l’occasion, au roi de France le grand service qu'il lui avait rendu, et le duc S'y émployait avec zèle?
Les Commentaires mentionnent ensuite les « malheureuses hopces de Philippell et d'Élisabeth de France, célébrées le 21 juin à Paris*, puis « la paix publiée » et «les joyes grandes, qui dura bien peu ». Monlue dit qu'il était à Nérac quand le roi de Navarre lui montra une lettre du duc de Guise annonçant que Henri IT devait prendre part aü fatal tournoi. Dans la nuit qui le précéda, il eut un songe prophétique, qu'il narfe en détail. C’est une occasion pour lui de signaler ce qu’il trouvait d’étrange et d'inexplicable dans des phénomènes qui l'avaient beaucoup frappé. Monluc, comme tous ses contemporains, fut superstitieux ; il croyait aux songes, aux pressentiments, à son « presaige »*. La mort de Henri IT donna lieu, du reste, à d’autres prédictions de ce genre, et le rêve de Monluc ressemble fort à
1, Son nom est défiguré dans les mss. des Commentaires : le second porte Gamure (adopté par de Ruble), le premier Gambre, transcription fautive de Gamboe, — Voir, sur la guerre mouillée et la trahison de Gamboa, pe Rue, À, de B. et J. d’A,, Ï, iB tie D tédeire, |
>. Le duc de Ferrare à Monluc, 16 mars et 4 avril (Arch. d’État de Modène, Cancellaria Ducale, Cartegqi e documenti di particolart, lettera M, busta 78). Monluc sollicitait aussi à cé moment un canonicat « per un gentilhuomo suo parente, huom litterato et ben qualificato », du cardinal tppolltb, archevêque d’Auch, et la mise en liberté de deux Français prisonniers sur les galères du duc de Florence, Le duc lui répondit le 26 mai qu'après enquête, ces deux forçats étaient demeurés introuvables.
3. Ordine el pornpa del sponsalitio del sereniss. et catolico Re Filippo con la serenissima Regina Isabella, primogenita del Re christianiss. di Francia. Fatto in Puarigi à di XXI di giugno MDLIX, con solenne giüramento della pace el altri parliculart avist. Florence, 1559, in-0.
h. Voir son pressentiment avant la camisade de Camollia (Il, 17) et le récit du songe qu'il eut chez madäatné de Panjas en septembre 1567, à la veille
des seconds troubles (IE, 94-98).
celui qu’au dire de Peucer, Catherine de Médicis eut aussi dans la nuit qui précéda le tournoi !. Elle avait été annoncée par les astrologues, par Luca Gaurico? et par le célèbre Michel de Nostredame, dont Monluc à parlé avec admiration à l’occasion de la prise de Thionville. I avait pu, d’ailleurs, le connaître : Nostradamus, dans sa jeunesse, élait venu à Agen pour y visiter Jules-César Scaliger. Il s’y était vite rendu populaire, s’y était marié et y avait séjourné quatre ans, jusqu’au jour où il perdit sa femme et ses deux enfants. Ce séjour à Agen, dont on ne connaît pas la date précise, correspond à peu près aux années 1535- 1540, où Monluc vint souvent en Gascogne. Il y a donc lieu de penser que lorsque Nostradamus publia pour la première fois en 1555 ses Centuries, Monluc tint à les lire, qu’il en connut l’édition nouvelle de 1558, la réimpression donnée à Lyon en 1568 par Benoist Rigaud et qu'il fut, en particulier, reconnaissant à lillustre prophète du quatrain 58 de la VI® centurie, relatif au siège de Sienne’. Loin de partager à l'égard de Nostradamus le mépris de Florimond de Ræmond, Monluc fut, on le voit, d’accord avec Ronsard * pour exalter l’astrologue de Salon, que Charles IX alla voir en 1564 et à qui il donna deux cents écus d’or avec le titre de médecin ordinaire du roi.
Entre la mort de Henri IT et le commencement des premiers troubles, les Commentaires présentent une lacune de deux années et demie. Monluc à dit lui-même : « Je laisseray ce propos et ne me veulz mesler d’escripre les inimitiés, les rébellions qui ont esté faictz depuis, jusques à la mort du roy François second, encore que Jen sceusse bien escrire quelque chose pour estre de ce temps-là; car je ne suys poinct historien ni n’escrips ce
1. Peucer, Commentaire de diverses sortes de divinations, Kv. X, chap. 1, cité par Simon Gourartr, Æxtraits des histoires admirables el memorables de nostre lemps, réimpr. par Cimser et Daxsou, IL, 381. — Le rédacteur des mémoires de Vieilleville lui prête un songe analogue,