MONLUC PROTESTANT
les martyrs d’Amboise. Il ne cache pas ses sentiments, offre aux deux princes « volontairement son bien et sa personne, sachant, disoit-il, lintention dudit Roy et de son frère ne tendre qu’au bien et utilité du roy et du royaume » '. C’est déjà le langage d’un bon huguenot. Nérac est d’ailleurs, à ce moment, tout protestant. Le lendemain de leur arrivée, Antoine de Bourbon et son frère ont assisté au prêche de Boisnormand. Les rues retenüssent du chant des psaumes de Marot. Théodore de Bèze, envoyé de Genève par Calvin, vient d’être reçu en triomphe; il a prêché devant le roi de Navarre dans une église et il écrit que « les choses vont de bien en mieulx et de mieulx en très bien » ?. Très désireux de «se racointer », très incertain aussi de l’avenir, Monluc fait chorus avec les autres mécontents. Il assiste aux prèches, et plus tard Bèze, se souvenant sans doute qu’il Pa eu pour auditeur, n’hésitera pas à l'appeler €insanum apostatam » *. Dans quelle mesure est-il sincère ? Il est ambitieux, il est oisif, il voudrait bien obtenir quelque charge lucrative : quoi d'étonnant que, suivant le mot expressif de l'Aistoire ecclésiastique, il cherche « son meilleur » ?
Il ne le trouva pas à Nérac. Les propos intempérants qu'il y avait tenus lui attirèrent une nouvelle mésaventure. Dans les derniers jours d’août, les Guise faisaient arrêter à Etampes un agent secret du roi de Navarre, Jacques de la Sague : soumis à la torture, il révéla que les deux Bourbons se disposaient à prendre les armes et compromit dans ses aveux une foule de capitaines, entre autres Monluc*. La dénonciation n'était pas absolument invraisemblable. Monluc dut en être informé. Très effrayé, sans doute, il part immédiatement pour la cour. Il assiste, à Poissy,
TR AIS LI ECC le 008)
2. BourGeon, La Réforme à Nérac, pp.:61-66. — Dans une lettre à la reine du 26 août 1562, Monluc écrit que depuis plus d’un an on n’a dit la messe à Nérac (IV, 154-155). Michieli, à la date du 30 juin 1560, écrivait que les réformés exerçaient librement leur culte dans toute la Gascogne et que les prêtres catholiques n’osaient plus y dire la messe (B. N., f. ital. 1721, fo 135 ro).
3. Beza Bullingero, Genève, 6 mars 1564 (Calvini opera omnia, XX, col. 261). Le passage est très curieux. Dans la même lettre, Bèze répète le mot et appelle Monluc « qubernator apostata ». L'apostasie de Monluc explique et son acharnement contre les Réformés et la haine que ceux-ci lui vouérent.
4. Voir, sur l'arrestation de La Sague, Duc D’AumaLE, Histoire des princes de Condé, 1, 77-59, et ne Rusze, À. de B. et J. d’A., II, 322-328,
au conseil des chevaliers de l’ordre, auquel le roi déféra François de Vendôme, vidame de Chartres, mis à la Bastille comme suspect de sympathie pour les idées nouvelles. Il à fait dans son livre une allusion obscure à l’altercation qui s’éleva à ce propos entre le cardinal de Lorraine et le connétable ". Il est probable que, désireux de « se racointer » cêtte fois avec les Guise, il fut de la minorité qui approuva l'arrestation”. Le 29 septembre, jour de la Saint-Michel, il est présent à l'assemblée générale de l’ordre, où furent reçus les dix-huit nouveaux chevaliers désignés par les Guise pour modifier la majorité rebelle *. Pendant le défilé, les seigneurs et les dames de la cour se montraient avec une curiosité ironique ces deux vieux aventuriers de Piémont, tous deux «haut à la main », Monluc et Vassé, marchant côte à côte . Brantôme nous a conservé le piquant récit d’une nouvelle mésaventure qu’attira au premier son habituelle intempérance de langage et qui lui valut une sévère leçon du duc de Guise *. L’anecdote prouve indirectement qu’il n’était pas parvenu à dissiper les préventions que son attitude équivoque avait fait naître contre lui. Tandis qu’il assistait, à Orléans, où il accompagna François IT lorsqu'il y fit, le 18 octobre, son entrée solennelle, à l’effondrement de la fortune, hier encore si brillante, du roi de Navarre et de Condé, à l’arrestation et au procès du second, aux tentatives avortées des Guise pour se débarrasser du premier en le faisant tuer par le jeune roi, Monluc dut faire de philosophiques réflexions 6. Elles ne l’empêchèrent pas, d’ailleurs, de songer à ses
1. &« Que l’on demande à monseigneur le cardinal de Lorraine qui estoit estuy-là qui luy bailla este traverse; car à Poissy, à l’assemblée que le roy fist des chevaliers de l'Ordre, devant le roy François second [ces mots, qui datent l’allusion, ont été après coup biffés sur le premier ms.], il lui reprocha et vindrent fort avant en paroles ; car je suys trop petit ARE pour le nommer, encores que Je y feusse. » (UT, 197.)
2. La majorité se rangea à l’avis du connétable, qui présenta une chaleureuse défense du vidame. Monlie ne dut pas être du côté de son vieil ennemi.
3. Mémoires de Castelnau, additions de J. Le Laboureur, 1, 368.