MORT DE FRANÇOIS 11 (D DÉCEMBRE
affaires. Il était question de donner le gouvernement de Dauphiné à Charles de Bourbon, prince de La Roche-sur-Yon. Monluc, convaincu par lPexpérience qu'il n'avait rien à gagner à retourner en Guienne, demanda de lui être adjoint comme lieutenant; 1l faisait valoir que, de concert avec l’évêque de Valence, il pourrait y « dispose: les affaires en telle continence et repos, qu'elles s’en pourroyent mieulx porter » ‘". Faire collaborer les deux frères à la même besogne, tempérer la fougue maladroite de Blaise par la modération avisée de Jean, l’idée était séduisante. Les Guise la repoussèrent : le duc François, qui était précisément gouverneur du Dauphiné, savait que l’évêque de Valence favorisait là-bas secrètement les réformés «et faisoit comme un meslange des deux doctrines, blasmant ouvertement plusieurs abus de la papauté »°, et, d'autre part, l'attitude peu nette de Blaise ne lui inspirait guère de confiance. Le projet n’eut pas de suite.
Deux mots insérés après coup dans la première phrase du livre V nous apprennent que Monluc était encore à Orléans quand François I! mourut, le jeudi 5 décembre 1560. Il fut témoin des événements qui suivirent cette mort si brusquement survenue : la prise de possession de la régence par Catherine de Médicis, l'élévation soudaine du roi de Navarre, la mise en liberté du prince de Condé, le retour du connétable, la disgrâce des Guise. Ces « maniemens » ne pouvaient lui plaire : il voyait sa fortune, d’elle-même assez chancelante, de nouveau s’effondrer. Il assista aussi aux travaux des États-Généraux et, lorsqu’à la séance royale du 1° janvier 1567, il eut entendu les orateurs du tiers et de la noblesse s'élever contre les abus du clergé, lorateur ecclésiastique demander le maintien de ses privilèzes et tonner contre ces hérétiques, dont il se refusait même à prononcer le nom, il connut bien que l’on ne demeurerait pas longtemps en paix 5. De nouveau privé de tout appui, exposé à la rancune de ses ennemis, qui pouvaient lui faire payer cher ses palinodies, il
1. Charles de Bourbon, prince de La Roche-sur-Yon, à Catherine de Médicis, sans date (Végoc. sous François IT, p. 794).
>. Recxier pe La Praxcue, Histoire de l'Æstat de France sous le règne de François LI, 1576, in-80, p. 290.
3. Sur l'incertitude de la situation à ce moment, voir G. Wæiz, Les théories sur le pouvoir royal en France pendant les querres de religton, Paris, 1891, pp. 48-61, et B, De LACOMBE, Op. Ctl,, Pp. 103-109,
n'avait pas d'autre parti à prendre que de rentrer dans l'ombre, Il résolut donc de s « ouster de la court, affin de n’estre embarrassé parmy les ungz ny les autres ». En prenant congé de la reine, il l’assura de son loyalisme avec de grandes démonstrations. La scène qu'il rapporte est très vraisemblable; il oublie de dire seulement qu’en offrant à Catherine de mourir à ses pieds pour son service, 11 songeait à se ménager, pour un avenir prochain, les faveurs de celle dont il avait pu admirer déjà le grand entendement.
Les Commentaires ne nous donnent pas un récit suivi de ce qu’il fit à son retour en Guienne. On y trouve seulement la mention du dégagement de La Plume, qu’assiégeaient trois où quatre cents réformés. Ils voulaient, dit Monluc, « oster deux prisonniers de leur religion que la justice de la Plume tenoit ». Il alla, en compagnie de son fils, le capitaine Peyrot, « avec toutes gratieuses parolles parler à eulx », et il obtint le lendemain des officiers de La Plume leur mise en liberté. Aucun document original ne permet de dater ce fait d’une façon précise ‘. L'Histoire ecclésiastique parle seulement, dans les premiers mois de 1561, des excès commis par les catholiques de « Plume en Bruiles... sollicités par leur baïlly, gendre de Nort, consul d'Agen »*. Une ordonnance de Burie, datée d'Agen, 8 octobre 15671, relève parmi les excès commis par les réformés un siège de La Plume, qui paraît bien être celui dont parlent les Commentaires. Quoi qu'il en soit, ce petit fait nous montre Monluc intervenant de son propre chef, comme il avait déjà fait un an avant, dans les affaires de Guienne et cherchant à maintenir l’ordre autour de lui, mais cette fois au profit des réformés. En adoptant cette attitude, il pensait bien répondre aux desseins de la reine-mère et gagner sa confiance {.
1. GArFaRELz, dans son étude sur Le capitaine Peyrot Monluc (Rev. hist., IX, 279), Tienxy, dans son article ‘sur Monluc à Estillac (Rev. de l'Agenais, 189), placent ce fait fin Janvier 1561 : l’un et l’autre sans dire sur quo ils se fondent,
DNS AeCO AIO
3. Doc. publ. par ve Rusre, Jeanne d'Albret et la Guerre civile, I, 27.
h. Le 28 janvier, une ordonnance avait fait mettre en liberté tous les prisonniers détenus pour cause de religion; deux jours après, une autre ordonnance défendit toute discussion sur le fait de la religion, sous peine de la vie
(De Rusue, À, de B. et J. d'A., HI, 36).