‹ Blaise de Monluc HistorienChapitre 379 sur 533 · Monluc à la reine, Bordeaux, 15 juillet (IV · texte numérisé non relu

Monluc à la reine, Bordeaux, 15 juillet (IV

4. La lettre de Burie au roi de Navarre, du 3 juillet, confirme ce que dit Monluc de l'arrivée à Bordeaux d’Argence, lieutenant de la compagnie de Randan, et de Carlus, enseigne de la compagnie de La Vauguyon.

5. La chronologie des Commentaires est encore ici peu nette. GauLLIEUR, en suivant à la lettre le récit de Monluc, a placé le combat de Targon le mercredi 15, J'ai adopté les conclusions de Dr Rusce qui, se fondant d’une part sur la lettre écrite le 15 de Bordeaux, d’autre part sur le témoignage de l’Æist, eccl., donne la date du 17.

LE COMBAT DE TARGON (17 JUILLET). hr

avoit » : c’est au lieu dit Roustaing. De là ils voyaient « en ung fons » la petite armée de Duras, établie en avant de Targon, dans les prairies qui avoisinent l’Euille. La cavalerie huguenote se repliant gravit les pentes du coteau à l'est du village; les arquebusiers s’égaillèrent dans les taillis et les vignes et couvrirent la retraite par échelons. Aussi comprend-on que les chevaux des deux troupes de Monluc et du capitaine Peyrot, engagés dans la montée, durent beaucoup souffrir du feu de l'ennemi. La charge dut être vraiment furieuse. Le choc eut lieu « sur le hault » du coteau, disent les Commentaires, en «un petit bois fossoyé », dit lP'AJisloire ecclésiastique, sans doute au lieu dit Balette ". Duras, battu, se retira vers Sauveterre, Monségur et Duras, sans que Monluc, très éprouvé par le combat — il l’avoue nettement — songeât à le poursuivre. L’AHistorre ecclésiastique, se fondant sur les pertes subies par Monluc, dit à tort que Duras resta maître de la place *. Elle est d’accord avec les Commentaires pour noter Paccablante chaleur qu'il fit ce jour-là, qui fut cause sans doute du retard des gens de pied restés en arrière et peut-être aussi du vieux Burie. Le Journal de ce qui s'est passé en France durant l’année 1562 confirme ce que Monluc dit de la blessure du capitaine Peyrot 5.

Après le récit si net et si vivant du combat de Targon, la narration redevient confuse. Monluc parle d’une marche avec Burie

1. Une tradition locale place à cet endroit le théâtre du combat. — Les détails topographiques fournis par Monluc et par l’AÆist. eccl. concordent avec la description que donne le poète bordelais Geoffroy de Malvyn dans sa Gallia gemens (liv. IT, v. 453-459), qui fut publiée en 1563. Voir mon étude sur Geoffroy de Malvyn, magistral et humaniste bordelaïs, chap. 17.

2. Hist. eccl., I, 908. —- Trockmorton annonce le 27 juillet que Duras à perdu huit cents hommes ; le 5 août, il réduit le combat à une escarmouche où il n’y a pas eu trente morts des deux côtés. (State papers, 1562, n0$ 370, 425.) — Le cardinal de Ferrare parle de mille huguenots tués. (Négociations ou Lettres. au pape Pie IV et au cardinal Borromée, pp. 348-349.) L’ambassadeur du duc de Savoie attribue quatre mille hommes à Duras. (Mém. de Condé, HI, 576.) Barbaro constate le succès de Monluc sans donner de chiffres (dépêche du 27 juillet, Dép. vénit., filza 4, fo 44r vo; B. N., f. ital. 1722). La victoire de Targon fut annoncée le 27 juillet par l’ambassadeur Guido Lolgi au duc de Parme. (Arch. d'État de Naples, Carte farnesiane, fascio 186, fase, 10, pièce 1.)

3. « Le xxvie | juillet] vinrent les nouvelles que M. de Montluc avoit défait M. de Duras; le capitaine Peirot, fils de M, de Montluc, y fut blessé. » (Aev, rétrospective, V, 186.)

ho LES PREMIERS TROUBLES.

sur Bourg, que les réformés évacuent à leur approche, puis de la prise du château de Blanquefort par Burie, du château de Caumont par lui-même. En réalité, la marche sur Bourg eut lieu plus tard, comme on le verra. La défaillance de mémoire dont Monluc à été victime s'explique, d’ailleurs, très bien : les deux capitaines se séparèrent deux fois, d’abord après Targon, puis après la prise de Monségur et de Duras, au début d'août. Monluc a brouillé les deux faits. Les documents font défaut pour contrôler d’une façon précise ce qui se passa du 17 au 28 juillet. Un livre de dépenses de deux jurats de La Réole mentionne le passage de Monluc à Gironde’, où il fit pendre aux piliers des halles soixante ou soixante-dix huguenots, vengeant ainsi le pillage de Saint-Macaire par Duras un mois avant”. Il était d’abord « monté droit » à La Réole et avait occupé, sur l’autre rive de la Garonne, le château de Caumont, propriété de son vieil ennemi l’abbé de Clairac. Il assouvissait ainsi une rancune personnelle. Il fait allusion à la plainte que Caumont adressa au roi et qui aboutit, en décembre, à un ordre qui enjoignait à Burie de faire évacuer le château *. Un document confirme l’ordre chronologique qu'il attribue à ces deux faits*. L'Histoire ecclésiastique place la prise de Caumont au début d’octobre, après celles de Terraube et de Lectoure *, De Thou l’a suivie, en notant que Monluc a été victime ici d’une défaillance de mémoiref, En fait, c’est l’Aistoire eccle-

1. « Le vingt-huictiesme de juillet, ay payé pour cinq pugnières de sibade, ung cartier et demy de bedelle, deux pollardes, pour le porter de present à monsieur de Monluc, qui estoit logé à Gironde, 5 1. 7 s. » (Arch. hist. de la Gtr., VIT, 87.) Sous les dates du 21 et du 25, sont mentionnés des présents de pots de vin offerts par les Jurats de La Réole à Monlue,

2. L’exécution de Gironde est mentionnée par d’Ausrané. C'est le seul détail exact du récit très fantaisiste qu’il a donné de la première guerre civile. (ist. univ., éd. de Ruble, IL, 90.)

3. Burie au roi, Burie, 14 décembre 1562 (B. N., fr. 15877, fo 458, orig. — Anal. par pe Rusre, Jeanne d'Albret, pp. 466-467). — D'Escars, cousin des Caumont, avait, le 11 novembre, intercédé en leur faveur auprès de la reine, le duc de Montpensier ayant refusé « son attache » pour leur faire restituer leurs biens (B. N., fr. n. acq. 20598, fo 12, orig.).

4. « Ledict jour (31 août), ay payé à Meric de Lanouhe, hoste, pour la despence faicte par monsieur de Montluc, quand il passa devant ladicte ville et alloyt à Gironde, 5 1. » (Arch. hist. de la Gir., NUL, 89.)

Page 1