SECONDE LETTRE AU ROÏ
Villars, et veiller à l'exécution de l’édit du 8 août '. Par commission en date du 3 octobre, Charles IX députait, en effet, Jean de Tambonneau, président en la Chambre des comptes, pour vérifier l'emploi fait, pendant les derniers troubles, des deniers, vivres et meubles « par quelques personnes et pour quelque cause et occasion que ce soict ». Deux autres personnages, du Gast, maitre des requêtes ordinaires de l'hôtel, et Robert de Mondoulcet, conseiller au Parlement de Bretagne et au Grand-Conseil, étaient chargés de la même mission et aussi de faire le procès à tous ceux qui contreviendraient à l'édit, « ouyr les plainctes et doleances d’ung chacun, pourveoir aux plaintifz et leur faire prompte et briefve justice »°?. Ces mesures étaient les premiers effets de la politique nouvelle. Elles inquiétèrent vivement Monluc, qui pouvait redouter pour lui-même les résultats d’une pareille enquête. Avant même que les commissaires fussent arrivés en Guienne, le 10 novembre 1570, il dicta une nouvelle lettre Jjustificative au roi, beaucoup plus ample que la première. Après avoir laissé entendre qu’il avait l'intention, sitôt la paix conclue, de remettre sa démission à cause de sa vieillesse et de sa « grande blesseure », et s’être plaint que la décision royale eût devancé sa détermination, il protestait contre tout reproche d’avoir « touché aux finances », puis, comme il l’avait déjà fait dans sa précédente lettre, rappelait ses services durant les troubles : Toulouse et Bordeaux conservés au roi, la victoire de Targon, les sièges de Monségur et de Penne, la prise de Lectoure, la journée de Vergt et l’envoi des compagnies gasconnes de Charry qui prirent part à la bataille de Dreux; au début des seconds troubles, loccupation de Lectoure enlevé aux huguenots par une démarche hardie, un second envoi en France d’un fort contingent, l’expédition de Saintonge et l’entreprise commencée contre La Rochelle; lors des troisièmes troubles, la surveillance exercée sur l’armée des Provençaux et des vicomtes, la défaite de Piles, la prise de Mont-de-Marsan, la défense d'Agen contre l’armée des princes et la rupture du pont de bateaux à
1. Les lettres de lieutenant général en Guienne pour le marquis de Villars sont du 3 septembre 1570 (Arch. dép. de la Gironde, B 38, fos 207 vo-210 vo).
>. Commission à Jean de Tambonneau, Paris, 3 octobre 1570 (Arch. hrst. de la Gir., XXIX, 8r). — Commission à du Gast et à Mondoulcet, même date (Arch. dép. de la Gironde, B 38, fos 216-218).
Port-Sainte-Marie, l'expédition de Béarn et la prise de Rabastens. Donnant alors libre cours à ses souvenirs et remontant dans son plus lointain passé, il évoquait ses anciennes prouesses, Pavie, La Bicoque, Cérisoles, l’escarmouche de Saint-Jean-de- Luz, le voyage de Naples sous M. de Lautrec, la conquête de la terre d'Oye, les campagnes de Piémont sous Brissac, la camisade de Boulogne, le siège de Thionville, enfin Sienne et Montalcino. Charles IX répondit à ce mémoire justificatif par une lettre de pure forme, destinée à calmer le mécontentement du vieux capitaine. Il s’excusait sur les circonstances de n’avoir pas accepté à temps la démission qu’il avait offerte au lendemain de la prise de Mont-de-Marsan (septembre 1569), et s’efforçait de pallier l’affront fait à son amour-propre; il lui promettait d’avoir « toute souvenance » de ses longs services et d’en récompenser ses enfants". Monluc dut se contenter de ces belles paroles. Ses amis firent imprimer, « à son desceu », prétend-il, sa lettre et la réponse du roi”. Il se consola de sa disgrâce en se les faisant relire, puis en dictant le récit complet de ses « faicts », qu'il n'avait encore eu le temps que d’esquisser sommairement.
Mais les mêmes préoccupations qui lui avaient inspiré sa lettre le hantèrent tandis qu’il faisait coucher sur le papier la première rédaction de son livre. Le président Tambonneau était arrivé à Bordeaux à la fin de janvier 1571, pour constater qu'il ne restait
1. Charles IX à Monluc, Villers-Cotterets, 3 décembre 1570 (IE, 539). Sur la date de cette lettre, voir plus loin, chap. xr.
2. Dès 1570 et non, comme le dit de Ruble, en 1571. Voici le titre exact de la première impression que l’on trouve à la Bibl. Nat. (L b38 422) : Remonstrances | de Monsieur de Monluc | à la Maïesté du Roy sur son gou | uernement de Guienne | où est contenu une grande partie de ses faicts | et de plusieurs autres setgneurs et capilaines de ce Royaume. | Enuoyées (comme tl appert par la | lecture d'icelles) un peu après les derniers troubles. 1570, in-80 de 11 É. n. chiff. Un autre exemplaire est à la Bibl. de Montpellier, dans un recueil factice de pièces relatives au règne de Charles IX, en 2 vol. in-80, If, no vx (/Zistoire, n° 3393). Un autre a été mentionné par M. E. Picor, dans son Catalogue des livres composant la bibliothèque de feu M. le baron James de Rotschild, 1893, t. TITI, n° 2169. En 1571, fut faite une réimpression avec le titre suivant : Lettre | envoyée au Roy par | Monsieur de | Montluc en | Jorme de complaincte | contenant plusieurs actes et proues | ses faites par ledit sieur de Mont | luc sur le fait des armes, MDLXXTI, in-80, 8 ff. n. chiff. (B. N., L n27 14667).