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A L ENQUÊTE SUR L'ADMINISTRATION DE MONLUC

pas un denier à toucher en Guienne'. Nous n’avons pas de détails sur son enquête, mais Monluc nous laisse entendre qu'il n'eut qu'à s’en louer”. Elle n'avait sans doute pas été bien sérieuse. Il n’en fut pas de même de celle de du Gast et de Mondoulcet. Le Parlement de Bordeaux voulut essayer de l’entraver; mais le roi, qui avait fait bon accueil aux réclamations et aux plaintes présentées par les Réformés, était de plus en plus fermement résolu à passer outre à ces oppositions. Des lettres patentes du 7 mars précisèrent les pouvoirs des deux commissaires et les étendirent, leur attribuant la connaissance « en souveraineté et dernier ressort » de toutes les matières relatives à l’édit{. L'enquête parait avoir été conduite avec un grand zèle; du fond de sa retraite, Monluc dut la suivre assez anxieusement*. Quand elle fut terminée, en décembre 1571 seulement, il adressa au roi une lettre où se trahissaient ses inquiétudes; il se plaignait très vivement des « procédures » de Mondoulcet, qui avait suscité en

Guienne « plus de deux mil procès pour le moings et le tout contre les catholiques » 6, et qui n’avait pas hésité à le mettre en

1. Le président Tambonneau à Charles IX, Bordeaux, 30 janvier 1571 (Arch istedeloGir ex 603);

2. Monluc au roi, Estillac, 25 décembre 1571 (V, 289). Cf. le Preambul à Monseigneur : « Or le président Tambonneau a faict rendre compte à toute manière de gens qui ont levé deniers et aura peu veoir s’il en est jamais venu ung denier en ma bource. » (1, 5-6.)

3. Derasonpe, Coligny, WI, 266. — Le 9 janvier 1571, du Gast et Mondoulcet vinrent avec le marquis de Villars à l'audience du Parlement de Bordeaux. Ils y parlèrent de leur commission, mais ne consentirent à en communiquer le texte que le 15, après réquisition de l’avocat général Du Sault (Bibl. munie, de Bordeaux, ms. 367, f0s 217 r0-218 ro).

4. Lettres patentes de Charles IX, Faubourg-Saint-Honoré-lès-Paris, 7 mars 1571 (Arch. dép. de la Gironde, B 38, fos 224-225).

5. Charles IX écrivait, le 30 novembre, au marquis de Villars : € Je vous ay mandé laisser le sr de Mondoulcet par delà pour achever d’y establir toutes choses, attendant ung autre commissaire que j'ay deliberé y envoier dedans peu de jours. » (B. N., fr. 3224, fo 29, orig.) |

6. Le malheureux Mondoulcet fut victime de son zèle. Il fut assassiné près de Clairac en avril 1573. Le Parlement de Bordeaux délégua Charles de Malvyn et Joseph d'Eymar pour ouïr deux prisonniers accusés de ce meurtre (Bibl. munic. de Bordeaux, ms. 369, 3, fos 305 vo, 316 ro-vo). — L'abbé Aus, Æistotre de la ville d'Aiguillon, 1895, p. 227, cite un arrêt rendu le 11 mai 1571 à Agen, par Robert de Mandossa (sic), assisté de la cour du présidial d'Agen, dans une instance entre les anciens consuls d’Aiguillon et divers particuliers, qui demandaient à être remboursés des marchandises qu’on les avait obligés

à} ; ) 54 L'OCCASION DES ( COMMENTAIRES }.

cause, ainsi que les capitaines auxquels il avait trop libéralement réparti des commissions et distribué les biens saisis des Réformés. L'enquête des commissaires royaux lui avait donc été défavorable. Des plaintes avaient été déposées contre lui; les procès qu'il eut à soutenir furent soumis au Parlement de Bordeaux. Il en fut peu satisfait. Le temps n’était plus où les magistrats bordelais Pacclamaient comme leur sauveur, l’admettaient à leurs audiences l'épée au côté et écoutaient avec respect ses remontrances les moins aimables. Le vent avait tourné; de nouveaux conseillers siégeaient, qui ne le connaissaient pas; parmi les anciens, quelques-uns « pendoient » de préférence du côté des huguenots; l'avocat général Charles Du Sault, naguère son ami, peut-être même son complice, labandonnait, passait à l’ennemi et le dénonçait avec véhémence ". Péniblement il obtint, par lettres patentes du 23 mai, que ses affaires fussent évoquées au Parlement de Toulouse, où il espérait trouver des juges moins oublieux et plus complaisants”. Mais là encore il n’eut pas confiance; de nouvelles lettres patentes du 7 Juin le renvoyèrent devant une juridiction extraordinaire, celle du duc d'Anjou. Le futur Henri IT lui accorda une absolution générale, dont il lui resta reconnaissant jusqu'à la mort. Charles IX la ratifia par des lettres d’abolition, données à Blois le 8 avril 1572#; il y joignit même une pension ?.

de vendre pour parfaire une rançon de 8,000 livres payée en décembre 1570 par la ville pour se préserver du pillage de l’armée des princes. — En 1582- 1583, la Chambre de justice de Guienne eut à connaître d’un appel contre un arrêt donné par feu Me Robert de Mondoulcet (E. Brives-Cazes, La Chambre de justice de Guyenne en 1583-1584, dans les Actes de l'Acad. de Bordeaux, 1872-1873, p. 302).

2. Lettres patentes de Charles IX, Gaillon, 23 mai (Arch. du Parlement de Toulouse, édits, reg. n0 Q, F0 284).

3. Lettres patentes de Charles IX, Lyon, 7 juin (#b/d., fos 284-285). Ce document a été vaguement indiqué par Samazeuicu, Æistotre de l'A genais, H, 170.

4. Lettres d’abolition en faveur de Monluc, Blois, 8 avril 1572 (V, 350). L’unique héritier de Monluc, Jean-Blaise de Monluc, les fit confirmer par Henri HE, le 3 mai 1583, et, par sapplique du 9 août de la même année, en demanda l'enregistrement au Parlement de Bordeaux (B. N., Dupuy, 500, fos 139 ro-14r ro, 143 ro).

5. Monluc y fait allusion dans une lettre au roi, du 4 mai 1573, pour se plaindre qu’elle ne lui a pas encore été payée (V, 298).

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