BURIE ET MONLUC CONTRE DURAS
tembre, on la vu, le capitaine Bordet avait rejoint Duras à Gourdon, d’où ils menaçaient Moissac et Cahors. C’est pour les prévenir que Monluc dépêcha à Cahors Tilladet de Saint-Orens avec quatre-vingts argoulets. Quelques jours avant, était arrivé de la cour à Agen M. de Malicorne, chargé d’une mission sur laquelle les Commentaires ne s'expliquent pas nettement. La reine, paraissant croire que la pacification de la Guienne était très avancée *, mandait à Burie de lui amener « luy mesme, aux meilleures et plus raisonnables journées », les trois mille Espagnols et sept ou huit enseignes de gens de pied, avec Charry, pour renforcer l’armée royale, en prévision d’une bataille que rendait imminente la jonction prochaine avec les troupes de Condé du secours d'Allemagne, conduit par d’Andelot, et des forces de Poitou et de Saintonge aux ordres de La Rochefoucauld. Monluc devait rester en Guienne avec la cavalerie, le reste des gens de pied et sept nouvelles compagnies à lever *. Cet ordre imprévu fut fort mal accueilli à Agen. La noblesse de Guienne et de Gascogne, très disposée à se battre pour défendre la province, ne se souciait nullement de dégarnir le pays encore menacé pour aller se faire tuer « en France ». Monluc fit certainement chorus avec elle et dut protester avec véhémence. Le sentiment très net qu’il avait du danger que faisait courir au pays l’ordre intempestif de la cour s’accordait trop bien avec son désir d'accroître sa popularité parmi les seigneurs gascons, pour qu’on puisse douter qu’il ait accueilli sans murmure. Il fit partager son opinion à Burie, et écrivit à la reine qu’il se chargeait de rétablir l’ordre, mais à condition qu’on lui laissât des forces suffisantes %, Soucieux de démontrer qu'il exécuta toujours, sans les discuter, les ordres royaux, il a volontairement omis de mentionner cet incident dans son livre.
Il donne, par contre, les plus minutieux détails sur les opérations militaires qui suivirent. L'Histoire ecclésiastique permet encore ici de contrôler son récit et de fixer les dates. Le 6 sep-
1. Elle écrivait, le 4 septembre, à Lanssac que Burie et Monluc ont pacifié la Guienne. (Lett. de Cath. de Médicis, 1, 395.)
2. Instruction du roi au sieur de Malicorne, Meung-sur-Yèvre, [20] août. (B. N., fr. 15876, fo 396, minute.) — Cf. ne Rusce, Jeanne d’Albret, pp. 233- 236, et les documents analysés pp. 450-452.