LES RAPPORTS DE MONLUC ET DE PHILIPPE II
En juillet 1564, il se plaignait de n'avoir pas, depuis un an, « touché croix ny pille d’estat aucun »'. Le secrétaire Martineau, après cinq mois de démarches à la cour, n’arrivait même pas à obtenir le remboursement d’une somme de 5,600 livres avancée au trésorier de l'extraordinaire des guerres au lendemain de la victoire de Vergt. Soit crainte de mécontenter les ennemis puissants de Monluc, soit mauvais vouloir?, soit pénurie financière, ces doléances, présentées avec une rudesse maladroite, restaient sans écho. La mauvaise humeur de Monlue en était accrue et ces considérations d'argent, pour lui fort importantes, ne furent certainement pas étrangères à son offre de démission, en décembre 1563. Si Pon songe qu'il n’était pas homme à taire ses plaintes, qu'il dut, au contraire, les publier autour de lui, on comprendra qu'elles soient parvenues aux oreilles de Philippe IT et que celui-ci ait immédiatement vu le paru qu'il en pouvait tirer. Felipe «de Bardaxi dut être l’intermédiaire ; il mit au courant des dispositions de Monluc son cousin Juan, qui faisait pour le compte du roi d'Espagne le métier d’agent secret et d’espion. Nous ignorons les détails du marché conclu, mais tout donne lieu de croire que Monluc reçut plus que des promesses. IT fut certainement pensionné de Philippe IT. Sa cupidité, jointe à son dépit, le jetèrent « dans un réseau d’intrigues peu utiles à l'Espagne et à lui déshonorantes » ?.
Ces louches démarches ne pouvaient échapper à la vigilance de ses ennemis, toujours attentifs à le dénoncer. Un propos inconsidéré tenu par lui Pavait déjà fait accuser, à la fin de 1562, de vouloir remettre toute la Guienne au roi d'Espagne*. En décembre 1563, on signalait au roi des allées et venues suspectes à travers les Pyrénées. Monluc protestait avec véhémence contre ces soupçons injurieux pour la noblesse catholique de Guienne*. Deux mois plus tard, il avait à Toulouse sa première entrevue secrète avec Juan de Bardaxi, à qui il avait déjà fait tenir, par
1. Monluc à la reine, [Saint-Puy}, 16 juillet 1564 (IV, 350).
>. Dans un mémoire à la reine, dont Ja date est douteuse (octobre ou novembre 1563), à propos d’un retard au paiement d’une somme de 9,600 livres, qu'il affirmait avoir dépensée pour le service du roi, il incrimine la mauvaise volonté du chancelier L'Hospital (IV, 289).