MONLUC DÉNONCÉ COMME TRAÎTRE
chastel, baron de Peyre, et signé de la reine de Navarre et des principaux chefs huguenots de Languedoc et de Guienne. Monlue y était accusé, « sur le dire du seneschal de Quercy », d’avoir voulu détruire Montauban, d’avoir tenu des propos irrévérencieux contre le roi, la reine et les princes du sang, d’avoir avec le roi d’Espagne des intelligences en vue de lui livrer la Guienne, de lui avoir envoyé son fils, d’avoir dit qu'il ferait observer dans sa province, malgré le roi, les décisions du concile de Trente, enfin d’avoir tramé tout ce complot avec Damville, Terride, le cardinal d’Armagnac et l’évêque de Comminges, Pierre d’Albret, dans une réunion tenue à Grenade, près de Toulouse‘. L’émotion fut très vive autour de la reine-mère. On décida tout d’abord de retirer à Monluc sa lieutenance, de l'appeler à la cour pour faire partie du conseil privé et d’envoyer en sa place le maréchal de Bourdillon. Le bruit courut que le vieux capitaine, se sentant perdu, allait quitter la France, qu’il avait demandé au pape un évêché, que son ami Pie IV, dès qu’il serait à Rome, le ferait cardinal?. En réalité, Monluc riposta avec vigueur par un mémoire au roi et un cartel, où il niait tout. Ses ennemis le calomniaient, en effet, en prétendant qu'il avait envoyé son second fils en Espagne; Jean de Monluc s'était embarqué à Narbonne pour se rendre à Malte en passant par Rome, où le pape lui donna une recommandation pour le grand-maître de Pordre de Saint-Jean-de-Jérusalem *. L’entrevue de Grenade était aussi plus innocente qu’on ne Pavait dit; Monluc, Damville et le cardinal d’Armagnac n’avaient eu le tort que de s’y rencontrer avec un ennemi acharné de la reine de Navarre, Pierre d’Albret, qui allait se plaindre à Philippe IT qu’elle lui eût enlevé son évèché de Comminges. Mais il était très vraisemblable que Monluc eût tenu les propos qu’on lui prêtait sur la reine peut-être, sur Jeanne d’Albret à coup sûr et aussi sur le concile. Quant à ses
vaux à Saint-Sulpice, Narbonne, 23 mars 1564, qui fait allusion à l’affaire de Monluc.
1. Mémoire de Monluc au protonotaire de Sainte-Gemme, [Agen,] 5 mars (IV, 328). — Rapport de Pierre d’Albret à Philippe IE, 15 avril (Arch. Nat., K, 15o1, n° 68, ancien n° 93, orig. autogr.).
2. Alava à Philippe I, Paris, 7 et 15 mars (Arch. Nat. K., 1501, nes 48 et 55, anciens n°$ 54 et 60, orig. en partie chiffré). ;
3. Pie IV à Monluc, Rome, 18 avril 1564 (Arch. du Vatican, arm, 44, t. XX,
relations avec PEspagne, il n'avait sans doute nullement pris l'engagement formel dont on parlait, mais il s'élait proposé comme informateur à Philippe I1'. Son démenti sur ce point était d’une belle elfronterie *?.
Pour mieux prouver le bien fondé de l'accusation, Rapin s'était volontairement constitué prisonnier. La Gravière, mandé à la cour et confronté avec Marchastel, nia les propos qu'on lui avait prètés et déclara que les accusateurs mentaient par la gorge. C’est ce qu'affirme Monluc et ce que confirme un avis anonyme non suspect, puisqu'il est de source anglaise. Marchastel et Rapin avaient, du reste, commis une grave maladresse en jetant le nom du roi d'Espagne dans le débat, et Monluc Pavait habilement soulignée en publiant partout sa réponsef. IT bénéficia de cette imprudence. Catherine dut craindre un incident diplomatique. Elle se déclara satisfaite des démentis de Monluc et du sénéchal de Quercy et elle étouffa laffaire. Elle dépêcha au premier Duplessis, valet de chambre du roi, en Pinvitant à envoyer une justification plus détaillée. Le texte en fut soumis à Pévêque de Valence, qui se chargea probablement de le reviser, et Monluc sortit blanc comme neige de cette dangereuse intrigue. Une instruction fut ouverte contre Rapin, mais pour la forme. Le cardinal d’Armagnae, Monlue, Mirepoix, Terride et Negrepelisse, qui avaient pris part à la réunion de Grenade, écrivirent à la
1. Forneron fait dire à Monlue, dans le rapport de Bardaxi de février 1564, qu'il tient la France pour perdue si le roi d'Espagne ne met pas la main à la rame (en elremo). La lecture ne lui paraît pas certaine et il propose en el rerno, ce qui laisserait croire que Monlue à réellement proposé à Philippe I de mettre la main sur le royaume de France. En fait, le document porte : « Si el rei d'Espania no ponia la mano en el remedio », st le rot d'Espagne ne remédie à la situation. On ne peut conclure de ce texte, regardé par Forneron comme très compromettant, que Monluce ait voulu réellement favoriser une action militaire de Philippe I.
2. Le cartel de Monluc à été imprimé dans les Mém. de Condé, V, 55, et réimprimé par de Ruble (IV, 334) d’après l'original (B. N., fr. 15875, fo 113). — Le cardinal d’Armagnac protesta, le même jour que Monluc, par une lettre à la reine (publ. par T. ne Larroque, Coll. mérid., NV, 116-1 pri)e
3. Monluc à Felipe de Bardaxi, Agen, 18 mars (IV, 338). — Information contre M. de Monluc, 27 mars 156% (State papers, Foreign, 1569-1571, n° 778 ; le document à été par erreur placé sous l’année 1570).
4. I demanda à la reine la permission de l’imprimer et de le faire lire et publier par tous les Parlements. Plusieurs copies en furent du moins tirées.