L'ENTREVUE DE BAYONNE
reine pour demander une réparation exemplaire, qu’on négligea de leur accorder". Rapin fut remis en liberté. Monluc, on le voit, se vante un peu dans son livre en disant que Duplessis lui apporta à Agen une lettre de la reine l’informant qu’elle n'avait rien cru des calomnies débitées contre lui; elle lui demandait aussi de se justifier en lui laissant, sans doute, entendre qu’on était tout disposé à le croire sur parole. Quant à lui, laffaire apaisée, il redressa plus fièrement la tête; le 26 mars, il suppliait le roi de le laisser demander raison de l’injure et représentait toute la noblesse de la province comme solidaire de sa cause ?. Puis il reprit sans aucun remords sa correspondance avec Philippe IF et les Bardaxi, et, quelques mois plus tard, il suggérait l’idée d’une entrevue entre le roi d’Espagne et Catherine de Médici, où seraient prises toutes les dispositions pour rétablir la paix en France en y étouffant l’hérésie. Ce projet, auquel Philippe II fit bon accueil, prit corps l’année suivante à Bayonne.
De cette entrevue fameuse, où il crut jouer un rôle, il n’a rien dit dans son livre. Soucieux d’effacer le souvenir de ses relations avec Philippe IT, il a jugé prudent de ne pas rappeler les embrassades, si flteuses pour sa vanité, du duc d’Albe le félicitant de son œuvre, ses entretiens avec le ministre espagnol et ce grand mémoire où il exposait, à sa façon, l'état de la France et les moyens, d’ailleurs pacifiques, d’y rétablir la paix religieuse *. En revanche, il a évoqué d’autres souvenirs du voyage de la cour en Guienne, moins compromettants et plus avantageux pour lui. Dans une addition placée en tête du livre VE, il a rappelé le bon accueil que lui fit la reine quand il alla lui baiser les mains à Toulouse, et la conversation «en sa chambre » où elle lui ra-
1. Lettre collective, datée de l’abbaye de Belleperche, 15 mai 1564 (Ærst. de Lanquedoc, éd. Privat, XII, 757). Le 30 mai, Damville protesta à son tour par une lettre datée d'Avignon (B. N., fr. n. acq. 6013, 0 31, orig.).