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NOUVEAUX PREÉPARATIFS DE GUERRE

d’avertissements que Monluc recevait de divers côtés sur les préparatifs de guerre des réformés et qu’il s’empressait de transmettre à la cour, où on le traitait ironiquement de « corneguerre ». Les documents font défaut pour contrôler les détails précis qu’il donne. Mais une lettre qu’il adressait, le 27 juillet, aux consuls d'Agen pour dénoncer les menées des huguenots et les engager à faire bonne garde, confirme indirectement son récit”. Les historiens sont unanimes à faire remarquer le secret de ces préparatifs et la soudaineté de Pexplosion ?. La Popelinière dit qu’au lendemain du rendez-vous de Rosay-en-Brie, on vit les troupes de Condé « sortir de terre comme potirons en une nuict » . Monluc avait certainement un service d’espionnage qui dut lui permettre de prévoir ce qui allait arriver. Dans le mémoire qu'il avait remis au duc d’Albe à Bayonne, il disait qu'il avait des informations sûres par un diacre. Il avait appris en Italie à ménager avec soin ces « pratiques » et ces «€ marchandises »; elles devaient tenir une grande place dans ses préoccupations, et il est très naturel qu’il ait pu faire profiter la cour de son service de renseignements. C’est bien, comme il le dit, « environ quinze ou vingt jours avant la Sainct-Michel » qu'un émissaire de l'amiral dut passer à Montauban pour porter le mot d’ordre aux églises : le 19 septembre, un cavalier arrêté près de Lyon avouait qu’il était envoyé par Coligny à Genève *.

Les Commentaires rendent un compte minutieux de lPemploi que Monluc fit de son temps dans la semaine qui précéda la Saint- Michel. Il à longuement insisté sur sa mémorable € diligence » pour prévenir les huguenots et s’assurer de Lectoure, la clé de

1. Monluc à M. de La Lande, Cassaigne, 27 juillet 1567 (publ. par Barrère, Hist. relig. et monum. du diocèse d'Agen, W, 305).

2. L’ambassadeur anglais Henry Norris, après avoir noté, le 29 août, que l'approche des Suisses cause beaucoup d'inquiétude aux réformés, ajoute que ceux-ci se préparent secrètement à la guerre, réunissent de l’argent, et que des cornettes de reîtres rôdent sur les frontières de Lorraine pour leur venir en aide (State papers, Foreign, 1506-1568, n0 1644, 2 et 3). — C£. Duc D'AUMALE, op. cil., I, 288-289.

3. LA Poreuxière, La vraye el entière histoire des troubles, #0 14 vo. — Cf. pe Taou, ist. univ., V, 345, et La Ferrière, La seconde querre civile (Rev. des Q. H., XXXVII, 116).

4. Alfonso Gianninelli au duc de Ferrare, Lyon, 27 septembre (Fonraxa, Renata di Francia, WI, 161-163).

la Gascogne. Les indications des jours qu’il donne, rapprochées d’une lettre aux capitouls de Toulouse, datée d'Agen, 30 septembre, permettent de constater l’exactitude rigoureuse de sa chronologie. C’est un samedi, le 20 septembre, qu’il part pour les bains de Barbotan. Dans la nuit, il a un rêve prophétique chez M. de Panjas. Le lendemain, «qui feut le dimanche », il renonce à son projet; le lundi 22, il revient à Cassaigne. Le jeudi 25, arrivent coup sur coup un consul de Lectoure, qui lui dénonce lattitude suspecte du sénéchal d'Armagnac, Michel d’Astarac, baron de Fonterailles, gouverneur du château, et deux consuls de Moissac, qui linforment qu'on parle d’une prise d'armes à Montauban. Le dimanche suivant (28 septembre), il reçoit la visite de Tilladet de Saint-Orens, son vieux compagnon, et tous deux décident d’aller le lendemain voir voler leurs oiseaux. Mais à minuit arrive de Cassaigne un messager d'Agen apportant la nouvelle que les huguenots ont pris les armes à Bergerac ". « Sur la pointe du jour », le lundi 29, Monluc se lève : comme il regarde à la fenêtre en attendant Saint-Orens, il voit venir un cavalier qui lui remet un paquet renfermant une lettre de menaces et, sur un € brevet » à part, un avis très précis du soulèvement arrêté pour le 28, le 29 et le 30. Alors 1l commence «à penser à d’autres choses que à la chasse ». Il monte à cheval, court à Saint-Puy, où il a donné rendez-vous, à dix heures, à plusieurs de ses voisins, les y attend en vain jusqu'à midi et décide de se rendre presque seul à Lectoure. Près de Terraube, il apprend que la ville est déjà en armes. Il entre dans Lectoure, descend au logis de M. de Puységur, y convoque le sénéchal et l'invite à se démettre de sa charge. Le mardi matin, au soleil levant, Fonterailles, intimidé par l'attitude de Monluc, cède après une longue discussion, et vide le château. Le sieur de La Cassaigne y entre à sa place, comme gouverneur, avec vingt soldats. C’est du 30 septembre, en effet, et de Lectoure qu'est datée la commission lui confiant la garde et le commandement du château ?. À peine Fonterailles est-il parti, Monluc est avisé de l'approche d’une grande troupe de gens à pied et à cheval, qui

1. La lettre de Monluc aux capitouls de Toulouse, Agen, 30 septembre, fait allusion à ce fait ainsi qu'à « l’assemblée que ce faiet à Montauban » (V, 87- 88).

2. Original, coll. de M. de Lupé (cité par px Rusze, V, 335).

L'OCCUPATION DE LECTOURE (30 SEPTEMBRE 1967). or

vient, mais trop tard, surprendre Lectoure : se voyant découverte, elle bat précipitamment en retraite. Ce dernier détail est confirmé par une délibération des consuls, en date du 9 octobre”. La lettre qu'il écrivit d'Agen, le soir, aux capitouls de Toulouse fait allusion au premier message mentionné dans les Commentaires, qu'il leur adressa le même jour, de Lectoure, pour les inviter à prendre les armes et à € y mettre le vert et le see ». De retour à Agen, d’où, le dimanche 28, tous les réformés étaient sortis € tenant le chemin de Montauban » ?, Monluc convoque le conseiller au présidial Martial de Nort et l’avocat du roi de Las: aidés de deux clercs de greffier et de deux secrétaires, pendant cinq jours et cinq nuits ils ne font « que despèêches de tous costés ». Nous possédons un certain nombre de commissions, lettres et ordonnances, qui attestent l'activité fiévreuse de Monluc et justifient les éloges qu'il se donne à lui-même. Parmi ces pièces, se trouvent les commissions à M. de Massès, lieutenant de la compagnie de d’Escars, à Saint-Orens, colonel des légionnaires de Guienne, et à deux des capitaines de gens de pied qui devaient servir sous lui, mentionnées dans les Commentaires. Le 28 septembre 1567, Charles IX avait annoncé à Monlue, de Meaux, la tentative avortée des huguenots sur sa personne ; il ajoutait de Paris une « poustille » à sa lettre, pour Pinformer de la façon dont les Suisses avaient protégé sa retraite . Monluc dit qu'il reçut cette lettre et celle de la reine «le neufiesme jour

1. Arch. munic. de Lectoure, BB, 3, record ajouté au registre.

2. Livre Daurée, p. 154. — I faut noter que Monluc s’est trompé sur la date de la Saint-Michel, qu'il place le mardi, et sur celle de son retour à Agen, qu’il place le mardi ou le lundi.

3. Voir le texte de ces documents publié ou mentionné par De Rusze (V, 87-97 et 335-336). — Il y faut joindre deux ordonnances du 8 et du 10 octobre, relatives à la mise sous séquestre et à la vente des meubles et fruits des P. R. (Arch. hist. de la Gir., XXIX, 57-58) et une ordonnance au sieur de Sertz, capitaine de Foix, du 14 octobre, publiée par PauBruN dans la Aeoue des Hautes-Pyrénées, 1906, [, 331-334.

4. Charles IX à Monluc, Meaux et Paris, 28 septembre (Arch. hist. de la Gir., V, 437). — Une copie de ce document et de la lettre de la reine est conservée aux Arch. munic. d'Agen, BB, 30, fos 193-194; elle a été publiée dans le Livre Daurée, pp. 155-160. Une autre copie s’en trouve dans les papiers de Saint-Sulpice (CaBté, op. cit., col. 72). — Voir aussi la lettre du roi à Fourquevaux (Lett. de Charles IX à Fourquevaux, éd. Douais, 1897, pp: 119- 120) et à Gordes, même date (Duc p’Aumaze, 0p. cit., 1, 560-562).

despuis la Sainet-Michel », par le capitaine Burée, « qui avoit demeuré huict jours à venir, car il avoit esté quatre ou cinq foys cuydé estre prins, et la pluspart du chemyn avoit faict à pied, ne s’ausant monstrer aux portes, car la pluspart estoient huguenaultz ». C’est, en effet, le 7 octobre que Monluc, se promenant sur le Gravier d'Agen, reçut ces lettres. Ce jour-là, les consuls firent sonner les cloches des églises cathédrale et collégiale en actions de grâces pour le salut du roi". Le même jour, Monluc envoyait à Lectoure un double des missives royales pour les faire publier à son de trompe ?. Il faisait de même pour la cour de Parlement de Toulouse et joignait à son envoi une belle lettre pour le premier président. Ces deux documents confirment la phrase des Commentaires : (Et incontinent despêchay messaigiers nouveaulx à Tholoze et à Bourdeaulx, et à tous les seigneurs du païs, et leur envoiay les doubles des lettres du roy et de la royne. » Quelques pages plus loin, se souvenant d’une phrase du capitaine Burée : « Le roy est adverty... qu'ilz ont voleu tuer la mère et les petis, de quoy il se vengera ou il y perdra la vye », et du courage dont Charles IX fit preuve pendant la retraite, «à la teste des Suysses, avec sa pistolle à la main, tenant aussi myne que s’il eust trente ans », il dicte, dans une addition à sa première rédaction : « Et pensés-vous, messieurs, qui avés conduict ces trouppes, qu'il oublie ceste injure? Malaisément l’endureriez-vous de vostre pareil; voyés que vous feriés de vostre valet. Je n’ay jamais veu chose si estrange, ni leu : ce qui me faisoit tousjours penser que le roy s’en ressentiroit. » Si l'addition est antérieure à la Saint- Barthélemy, elle à la valeur d’une prophétie; si elle est postérieure, elle exprime une idée juste, que l’on retrouve dans la défense du duc d'Anjou présentée par l’évêque de Valence à la noblesse polonaise *, et que de Thou s’est appropriée *. Le souvenir de Phumiliation subie le 28 septembre 1567 dut remonter à

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