MONLUC A BORDEAUX (NOVEMBRE 1008). D
craintes exagérées, envoya en hâte son fils le chevalier, « estimant que sa présence y suffiroit ». Devant les instances du Parlement, il dut s’y transporter lui-même, bien qu'il eût reçu du duc d'Anjou, qui venait d'entrer en campagne à Blois avec le gros de l'armée royale, l’ordre de le rejoindre". Les Commentaires mentionnent quelques étapes du voyage de Villeneuve à Bordeaux. L’indication des jours de la semaine, rapprochée des deux lettres au roi du 31 octobre et du 9 novembre, permet de préciser le jour où Monluc entra dans la ville. C’est un mardi, c’est-à-dire le 2 novembre, qu'entre Marmande et La Réole il rencontra Lignerolles et le jeune Lanssac, qui l’engagèrent à se hâter. Il coucha le soir à Langon, et le lendemain 3 novembre, à midi, il fit dans Bordeaux cette entrée solennelle à laquelle, dit le chroniqueur Darnal, « fut beaucoup despencé.… et luy fut donné mil escus de present » ?. La lacune des registres secrets ne permet pas de contrôler ce qu’il dit des mesures prises pour rassurer les Bordelais; mais le procès-verbal de l'audience du { décembre nous apprend qu’à la sollicitation du clergé, il rendit une ordonnance défendant l'entrée de la ville au président Lagebaston et que le conseiller Gilibert protesta contre cette mesure. Monluc, peu soucieux de rappeler cet acte d’arbitraire à l’encontre d’un magistrat éminent qui avait été en 1570 rétabli dans sa charge, s’est borné, dans une addition maladroite, à dire que Lagebaston « s’estoit retiré pour n’estre son service agréable au roi ». L’atténuation est significative. Il ne resta, comme il le dit, que six jours à Bordeaux. Le mardi
babla el dicho principe como si ya estuviesse dentro, y siendo esta plaça de la importancia que vos sabeys, tengo por cierto lo provéereys... »
1. Dans une lettre au comte de Fiesque, du 21 octobre, Catherine annonçait cette entrée en campagne et escomptait la Jonction prochaine des troupes de Monlue. (Lett. de Cath. de Méd., HI, 195.)
2. Chronique Bourdeloise, supplt de Danxaz, Bordeaux, 1619, p. 223.
3. Bibl. munic. de Bordeaux, reg. secrets, 369, 3, fos 117-118. — La requête du clergé a été publiée dans les Arch. hist. de la Gir., XXIV, 454.
4. À ce séjour se rattache l'achat par les jurats, sur son ordre, des pièces d'artillerie que Dominique de Gourgues avait rapportées de Floride. J'ai retrouvé ce document, que T. de Larroque croyait disparu dans l'incendie des archives municipales de Bordeaux du 13 juin 1862 (La Reprise de la Floride, 1867, p. 72, note); il a été publié dans les Arch. hist, de la Gir,s XXXIV, 313.
9 novembre, il s’acheminait vers Périgueux, pour aller rejoindre le due d'Anjou’. À sa grande satisfaction, il reçut à Sainte-Foy l’ordre du duc de Montpensier de rester en Guienne et de surveiller Bordeaux et Libourne. Il séjourna à Sainte-Foy ?, répartit ses compagnies et ses enseignes à Castillonnès, Sainte-Foy et Libourne, puis rentra à Agen où, le 25 novembre, il présidait une assemblée des députés des douze principales villes du pays, qui lui demandèrent, conformément à lédit du 10 novembre, la révocation de tous les magistrats appartenant à la religion réformée et le supplièrent de laisser en Agenais une garnison suffisante ÿ.
Le récit présente ici une lacune de deux mois environ. Monluc ne dit rien d’un voyage qu’il fit, au début de décembre, à Lectoure *, et de deux voyages à Bordeaux, qui eurent lieu, le premier dans les derniers jours de 1568, l’autre dans la seconde quinzaine de janvier 1569 °. Il était de retour à Agen au début de février. La lettre qu’il écrivait, le 3, au roi le montre, comme il le dit dans son livre, surveillant les mouvements des vicomtes en Quercy et du côté de Montauban; elle confirme aussi Poccupation, par Piles, de Sainte-Foy, inopportunément dégarni de la compagnie de Leberon, que Monluc, pour obéir aux ordres du duc de Montpensier, s’apprêtait à emmener avec lui contre les vicomtes 6, Il était encore à Agen le 16 février ?. A la fin du mois,