‹ Blaise de Monluc HistorienChapitre 431 sur 533 · MONLUC RECULE DEVANT ASSIER. 51Q · texte numérisé non relu

MONLUC RECULE DEVANT ASSIER. 51Q

« côtoyant » les Provençaux, suivant lexpression de Jean de Serres, poussa jusqu’à Gramat cette reconnaissance dans laquelle fut pris le capitaine Moreau, leur mestre de camp, qui le renseigna exactement sur le nombre de ses adversaires !. Les Commentaires font, du reste, une allusion très claire à une revue passée à Payrac par Assier; mais au lieu de Payrac, ils parlent de Figeac. La confusion est évidente; elle est peut-être due à une erreur de copiste. Un peu plus loin, il est question des passages de la Dordogne, « tirant à Figeac », que d’Escars envoya sonder. Le fait, on l’a vu, a été noté par Jean de Serres, qui confirme ce que dit Monluc de cette tentative suprême pour empêcher le passage de la rivière; mais c’est encore de Payrac qu'il s’agit.

La retraite définitive, qui permit à Assier de passer, eut-elle pour cause l’infériorité numérique des troupes royales ? Le fait paraît certain. Monluc n’en veut pourtant pas convenir et il l’attribue à un ordre de la cour, suggéré par Monsalès et apporté à Gourdon par son frère Balaguier. Le roi réitérait ses précédentes instructions : il entendait qu’on laissât tout pour aller rejoindre le duc de Montpensier. L'ordre fut certainement donné : le 16 octobre, Charles IX écrivait à Fourquevaux que la jonction devait sans doute être faite et qu'il recevrait bientôt la nouvelle d’une bataille*. La cour tenait à concentrer tout l’effort contre Condé et l’amiral en Saintonge; elle n’attachait qu’une médiocre importance à ce secours des Provençaux, sur lequel elle était mal renseignée. On dut trouver mauvais que Monluc le prit au sérieux.

1. Charles IX à Fourquevaux, 16 octobre (Lett. de Cath. de Méd., MT, 192, note). — Une dépêche de l’ambassadeur anglais Norris, du 22 octobre, fait allusion à une mésintelligence entre Monluc et le duc de Montpensier, qui se rapporte à cette affaire (Sale papers, Foreign, 1506-1508, n0 2603, 3). Norris exagère, dans ses dépêches, le mécontentement de Monluc, dont il se félicite dans l'intérêt du prince de Condé (tbid., n0$ 2610, 2; 2633, »).

2. Il avait auparavant concentré ses troupes à Goudou, « qui est à monsieur de Sainct-Sulpice ». — Goudou, commune de La Bastide-Murat, Lot, ch.-l. de cant., arr. de Gourdon. — Voir une lettre de Saint-Sulpice à sa femme, du 24 octobre 1568, disant que M. de Monluc, avec toute son armée, est demeuré trois jours à Goudou et sur ses terres et qu’il a gàté tous les blés, « marchant les soldats dessus, ce que LL. MM. ont trouvé fort étrange ». (Cagré, op. cit. col. 83.) De Rusce, avec toutes les éditions, à imprimé Gourdon (HI, 189). Le ms. (fo 311 vo) porte pourtant Goudou.

On ne fut pas surpris qu'une fois de plus il eût subordonné à l'intérêt général la sécurité de la province et la protection des maisons et des terres de la noblesse gasconne; mais on en fut mécontent et Monsalès, qui lui « chaussa bien les esperons envers Leurs Majestés » en le rendant, à tort, responsable du refus des capitaines d’obéir à l’ordre qu'il avait apporté, n’eut sans doute pas de peine à indisposer contre lui la reine-mère et le roi. Cette piteuse campagne ne lui rapporta donc aucune gloire et lui valut une « charité » de plus.

Le 26 octobre, Monluc, après avoir réparti ses compagnies dans les garnisons vers Sainte-Foy, Libourne et Bergerac, était de retour à Agen’. À peine remis d’une dysenterie qui l’avait pris à Castelnau-Montratier, il se prépara à aller retrouver le duc de Montpensier, qui l’attendait avec impatience au nord de Limoges *. Le 31, il était à Villeneuve-d’Agen, où il avait donné rendez-vous à Terride et à Gondrin, pour partir avec eux « en France ». Une lettre que le duc de Montpensier lui écrivit de Périgueux, pour l’informer de la défaite qu’il venait d’infliger aux Provençaux, et une lettre au roi confirment rigoureusement ce qu'il dit de son intention d’aller rejoindre le duc, de l’ordre soudain qu'il reçut de se jeter dans Bordeaux, de son espoir de rallier sans retard l’armée royale *. Le motif qui l’appelait à Bordeaux d’une façon si brusque était la prise de Blaye, livré par des Roys, et celle de Bourg par les huguenots. Ces deux nouvelles avaient jeté l’épouvante au cœur des Bordelais; on disait que le prince de Condé avait des intelligences dans la ville, qu'il était sur le point de la surprendre. Monluc, qui trouvait ces

1. Commission au sieur de Saint-Germier, Agen, 26 octobre. (Arch. munie. d’Auch, BB, 5, fo 280.)

2. Le duc de Montpensier au roi, camp de Bellac, 12 octobre: (BAINS Ereane acq. 6oog, Fos 27-28, orig.)

2 a nier à x MIOTATY : 7

3. Le duc de Montpensier à Monluc, Périgueux, 27 octobre. (Arch. Nat., K; 1910, n0 67, ancien n°0 98, trad. espagnole.) — Monluc au roi, Villeneuved'Agen, 31 octobre. — A la reine, même date (V, 131-137).

4. Le duc de Montpensier à Monluc : « He querido embiaros estas nuevas, v juntamente deziros que he sido avisado que el principe de Conde tiene intelligencia en la villa de Burdeos, aunque no me da esto pena, por haverme assegurado que os hallais vos dentro d’ella en persona; y estoy bien cierto que pondreis buena orden y remedio en todo, como yo os lo ruego mucho, y que tengais tambien mucho cuydado del castillo de Blaya, del qual me dizen que

Page 1