‹ Blaise de Monluc HistorienChapitre 434 sur 533 · ESCARMOUCHE DE MIRAMONT (Q MARS · texte numérisé non relu

ESCARMOUCHE DE MIRAMONT (Q MARS

il en partit et, passant par Monflanquin ‘, dut arriver à Cahors au début de mars. De là, il écrivit à Charles de Monferrand, le nouveau gouverneur de Bordeaux”, de lui « faire advancer » deux canons à Libourne, pour aller reprendre Sainte-Foy. Il avait, à ce moment, renoncé à poursuivre son entreprise contre les vicomtes et à rejoindre Leberon qui, d’ailleurs, envoyé en avant pour surprendre l’ennemi aux environs de Villefranche-de- Rouergue, le trouva sur ses gardes et dut se replier. Un ordre du duc d'Anjou lui ordonnait de «recourner visaige droict en Bourdelois pour combatre Piles ». Les succès du hardi chef huguenot, dont Monluc ne dit rien, commençaient à devenir inquiétant(s 7, Renonçant donc à harceler les vicomtes, qui rejoignirent sans encombre l’armée des princes devant Niortf, il rebrousse chemin, mande à Terride et à Bellegarde, qui étaient à Moissac, de faire diligence pour le rejoindre, et envoie en avant Fontenilhes et son fils Fabien, dit « le capitaine Monluc ». II donne aussi contre-ordre à Leberon, refait en deux jours, avec sa cavalerie, la distance qui sépare Cahors de Monflanquin, où il arrive le 6 mars. Après avoir envoyé de divers côtés des dépêches pour hâter la marche des compagnies qui devaient renforcer sa petite troupe, le lendemain il pique droit à Monbahus et envoie en avant, vers Miramont, son lieutenant Madaillan, Fontenilhes et le capitaine Monluc. Ceux-ci, arrivés à Miramont, s’y heurtent aux casaques blanches de Piles, les chargent et les mettent en fuite vers La Sauvetat-du-Dropt. Monluc arrive trop tard pour consommer la défaite de la cavalerie huguenote, qui se retire sur Eymet. Il n’a pas employé moins de quinze pages à narrer ce

1. Commission aux officiers du roi d'Agen et de Gascogne, Monflanquin, 27 février. (Barrère, Æist. relig. el monum. du diocèse d'Agen, H, 307.) BaRRÈèRE a aussi publié une lettre à M. de La Lande, écrite de Monflanquin le 16 février, qui paraît mal datée. Il faut sans doute lire 26.

2. Ses lettres de nomination sont du 12 janvier 1569. (Arch. hist. de la Gir., XX VI, 436.)

3. Le soir de la bataille de Jarnac on trouva, entre autres papiers, dans les poches du prince de Condé, un avis à l’amiral daté du Q mars, annonçant que Piles a pris La Sauvetat et Eymet (Duc D'AUMALE, Op. ctl., LI, 385).

4. Les princes de Navarre et de Condé au duc de Deux-Ponts, Niort, 20 février (Duc D’AumaLes, op. cit., Il, 382. — Cf. Lett. de Cath. de Méd., UI, 217, note). Ce document fait allusion à l’échec de Leberon et parle d’une défaite infligée par Piles à quatre enseignes de gens de pied de Monlue,

petit fait d'armes, le seul glorieux de la campagne. Il s’en excuse en alléguant qu’on lui avait reproché de n'avoir pas fait le nécessaire en cette occasion. Ample, copieuse, prolixe, sa narration est, d’ailleurs, exacte. En la comparant avec le bulletin de victoire bref, rapide, réduit à quelques lignes, qu’il adressait, le soir du Q mars, du camp de La Sauvetat, à son compagnon Monferrand, on constate une concordance à peu près parfaite ". Il n’y à qu'un léger désaccord entre les deux récits. D’après les Commentaires, les deux premières cornettes, chargées par Madaillan, s’enfuirent vers La Sauvetat; les deux autres, mises en déroute par Fontenilhes et le capitaine Monluc, vers Eymet. D’après la lettre, « le reste se sauva, l’eune troupe vers Sainte-Foy et lautre vers Duras, pour ce qu’ils estoient bien montés »*. Au lendemain de la «faction », Monluc attribuait à la lenteur de Terride et de Bellegarde la responsabilité de son insuccès relatif; plus équitable dans son livre, il explique leur retard par le manque de bateaux nécessaires pour passer le Tarn et la Garonne, dont les ponts avaient été brülés par lPennemi. Enfin, dans sa lettre, il cite Ottavio Fregoso comme ayant pris part à l’affaire. Il n’en dit rien dans son livre. Peut-être Pavaital oublié; mais n’a-t-1l pas voulu plutôt, par une omission volontaire, marquer sa rancune au général de l’armée de mer de Guienne, au « meschant frère » de l’évêque d’Agen, avec qui, lors de son dernier séjour à Bordeaux, il avait eu un conflit grave 5?

1. Monluc à Monferrand, camp de La Sauvetat, 9 mars. (P. Courreaurr, Douze lettres..…., pp. 12-24.)

2. Voici un écho du rapport de Monluc au roi : € D'ailleurs Sa Majesté a esté advertie par le sieur de Montluc d’un combat qu'il a donné à Pilles, qui avecques mille ou douze cens chevaux avoit entrepris d’aller querir les vicomtes et les amener et conduire à leur camp. Lequel sieur de Montluc rencontre et taille en pièces de quatre à cinq cens des dictz chevaux qui ont pris la fuite comme canaille sans combattre, ainsi que a fait ledit Pilles, sans que ledit sieur de Montluc ayt perdu ung seul homme. » (Discours de la bataille de Jarnac, publié par S.-C. Gicon, La Bataille de Jarnac et la campagne de 1569 en Angoumots, dans Bullelin et Mémoires de la Soc. historique el archéologique de la Charente, 1805, p. 147.) Ce rapport fut transmis le 17 mars par le duc d'Anjou, ainsi que le mémoire du 13, dont Monluc avait chargé M. de Salies. (Le duc d'Anjou au roi, camp de Segonzac, 17 mars, dans Duc d’Au- MALE, 0p. Cil., Il, 402.)

3. Voir, sur ce conflit, les lettres d'Ottavio Fregoso des 2, 3 et 17 février 1569

publ. par T, pe Larroque (Arch. hist, de la Gir., VU, 324.325 ; X, 329-338);

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