‹ Blaise de Monluc HistorienChapitre 437 sur 533 · LES DEUX SIÈGES DE MUSSIDAN · texte numérisé non relu

LES DEUX SIÈGES DE MUSSIDAN

prendre Mussidan. Il y alla, dit Syrueilh, « avec deux ou troys canons, fict bresche à la murailhe de la ville et sans autre exploict leva ledict siège dans peu de jours, avec perte de cent hommes ou environ, qui furent tués ou prins, et s’en retourna à Saincte-Foy, par commandement exprès (comme l’on dict) de Monsieur, pour garder le passage de la rivière aux viscontes, qu’on disoit estre en campagne pour passer la Dourdongne et s’aller Joindre à l’admiral. Et aussi une pièce des dicts canons se démonta » ‘. Une autre relation contemporaine nous apprend qu'arrivé à Longa, près de Mussidan, il envoya quérir à Périgueux deux pièces de campagne, puis les contremanda parce qu'il «ne Jugea pas à propos de s’opiniastrer au siège pour ceste fois-là ». Un mois plus tard, il laissa d’Escars recommencer la tentative qui, cette fois, réussit : après un siège de neuf jours, qui coûta la vie au vicomte de Pompadour et à Timoléon de Cossé-Brissac, colonel général de lPinfanterie, Mussidan, héroïquement défendu par Beaudiné et quatre cents hommes, fut pris d'assaut le 1% mai et la garnison passée au fil de l'épée *?. Ces souvenirs étaient l’un et l’autre peu glorieux à rappeler. Comme s'il avait voulu masquer la lacune, Monluc a grossi ce passage d’additions importantes : un bel éloge du prince de Condé, tué à Jarnac, que « la jalousie de la grandeur d’autruy » perdit, mais qui (aymoit sa patrie et avoit pitié du peuple », et qui, « s’il eust esté employé ailleurs, pouvoit servir la France »; une page sur la nécessité des guerres étrangères comme dérivatif aux guerres civiles, première esquisse du Discours au roy sur le faict de la paix, et quelques détails sur les marques d’es-

1. Journal de Syrueilh (Arch. hist. de la Gir., XUT, 262). — Les princes de Navarre et de Condé, l’amiral de Coligny, les srs d’Andelot et de la Rochefoucauld à..…., Saintes, 18 avril : « Le sieur de Monluc, après avoir faict bresche et perdu deux cens de ses meilleurs hommes, a levé le siège et s’est retiré. » (Duc D’Aumare, op. cit., II, 404.)

>. Les différentes relations du siège ont été groupées dans le travail déjà cité de Dusanric-DescomBEes, qui y ajoute une relation inédite de Chevalier de Cablanc. — On y peut joindre les lettres déjà mentionnées du duc d'Anjou au roi, du 27 avril et du 2 mai; la seconde nous apprend que les assiégés mirent le feu à la ville et qu'il décida de la faire raser, ainsi que le château, « parce que nous avons si peu de gens de pied que qui en vouldroict mectre dans toutes les places que l’on prendra, il ne nous en demeureroit poinct en ceste armée ».

time et d'affection que lui donna le futur Henri IT à Montmoreau.

Le livre VI se termine par la meution d’un groupe de faits que l’auteur place après son séjour à Sainte-Foy : retour à Agen, voyage à Bordeaux, entreprise concertée avec Monferrand pour s'emparer du château de La Roche-Chalais, prise par Madaillan et Leberon des châteaux de Lévignac et de Bridoire, proposition faite sans succès au Parlement et aux jurats de Bordeaux de « faire donner Blaye de cul à terre ». En réalité, ces événements eurent lieu dans la première quinzaine de février 1570, c’est-à-dire postérieurement à la campagne de Monluc contre Mongonmery et les princes. Quelques documents permettent de démontrer cette interversion et d'expliquer une défaillance de mémoire qui paraît étrange au premier abord. |

La pénible campagne de juin-décembre 1569 était terminée et Monluc avait, comme on le verra plus loin, passé à Agen le mois de janvier 1570, lorsqu'il fut appelé par Monferrand à Bordeaux. Il y arriva le 25 janvier. Le lendemain, 1l assista à l'audience du Parlement et y prononça un grand discours, dans lequel il justifiait sa conduite et rappelait ce qu'il venait de faire pour le salut de la province ‘. Dans sa réponse, le président de Roffignac se plaignit de la ruine totale du pays, des dévastations commises par le capitaine Chanteyrac”, des voleurs qui saccageaient tout à la Roche-Chalais, Lévignac, Bridoire, Guitres, Coutras, Tartas, Saint-Sever. Il termina en priant le lieutenant de roi de « vouloir nettoyer les Lannes, Levignac et Bridoyre » 3. C’est à. la suite de cette remontrance que Monluc dut mander à Madaillan et à Leberon d’occuper ces deux châteaux. Pour lui, il resta à Bordeaux *; le mercredi 1° février, 1l assista de nouveau à l’audience avec son frère l’évêque de Valence et Monferrand.

1. Bibl. munic. de Bordeaux, reg. secr., ms. 369, 3, fos 313-317. — D. Dx- VIENNE à reproduit ce discours (//ist. de Bordeaux, 1, 164-165).

2. € Monsieur de Monferrand me manda que monsieur de la Roche-Chalais et ung cappitaine Chanteyrac estoit dans la Roche avec cent ou six vingtz soldatz huguenotz, qui couroient tout le païs, que ne pouvoit venir personne de devers le païs de Xainctonge à Bourdeaulx. » (Ms. fo 328 vo, — Cf. LIL, 238.)

3. Bibl. munic. de Bordeaux, reg. secr., ms. 369, 3, fos 317-310.

4. Exemption de passage de gens de guerre pour les villages de Larmavaille, Peyrefeuz, Biran, La Borde et Gordon, Bordeaux, 28 janvier 1570 (Arch. munic. de Bordeaux, fonds Leo Drouyn, XXXII, 265).

Page 1