‹ Blaise de Monluc HistorienChapitre 438 sur 533 · L'EXPÉDITION DE LA ROGHE-CHALAIS (FÉV · texte numérisé non relu

L'EXPÉDITION DE LA ROGHE-CHALAIS (FÉV

Le président de Roffignac exposa que le Parlement ne pouvait obtenir des Jurats l'argent nécessaire pour réprimer les courses des rebelles en Saintonge et les perpétuelles menaces de Pardaillan et des huguenots de Blaye qui, tandis qu'ils se rendaient à la cour, avaient enlevé, en novembre 1569, le président Joseph de La Chassaigne et les conseillers Gabriel de Gentils, Antoine de Poynet et François de la Roche, et les retenaient prisonniers. Le jurat Rigolle essaya de justifier le refus de ses collègues. Monluc déclara « qu’il faut que lesdits jurats mettent la main à leurs consciences et baillent par rolle ceux qui peuvent prester », qu'on lui avait promis qu’à son arrivée à Bordeaux il trouverait l'argent prêt, « et à présent qu'il y est arrivé il y a tantost huit jours, il ne voit pas que lesdits jurats aient fait aucune chose ». Roffignac conclut en invitant les magistrats municipaux à trouver un expédient". Ces détails confirment ce que Monluc dit dans son livre du mauvais vouloir du Parlement et des jurats.

L'indication des jours de la semaine, donnée par les Commentaires, permet de préciser les détails de cette expédition de La Roche-Chalais, entreprise par Monluc et Monferrand pour débarrasser ce côté du Périgord des courses du capitaine Chanteyrac et aussi tirer du seigneur du lieu une rançon qui leur permit, disaient-ils, de faire face aux besoins de la guerre contre Blaye. C’est le samedi 4 février que Monluc quitta Bordeaux pour rejoindre à Libourne La Vauguyon, qui y était arrivé dans la nuit du 3. Ce même jour, Monferrand informait la cour qu'il se disposait à partir pour Libourne et qu’il y serait le lendemain *. Le dimanche soir, tous deux arrivaient à Coutras. Le lundi matin, au point du jour, ils étaient devant La Roche; dans la nuit du lundi au mardi, Monluc place son arüllerie; le château capitule le mardi matin. Le samedi suivant (11 février) Monferrand, de retour seul à Bordeaux, faisait à la cour le récit de la prise, et lui demandait, au nom de Monluc, de procurer les seize mille livres qu’elle avait promis; on tâcherait d’en obtenir du roi dix à douze mille, et la somme totale serait employée « pour faire une

1. Bibl. munic. de Bordeaux, reg. secr., ms. 369, 3, Fos 323-329. — CF. aussi fos 213 vo-216 r°.

>. Bibl. munic. de Bordeaux, reg. secr., ms. 369, 3, fo 334.

entreprinse qui est de grande consequence pour tout ce pays ». Monluc venait, en effet, de recevoir l’ordre de rallier armée du prince dauphin le plus fort et mieulx accompaigné » qu’il lui serait possible". Le Parlement répondit en proposant que le sieur de La Roche-Chalais, au lieu d’être rançonné, fût échangé contre les deux conseillers prisonniers à Blaye. Monferrand fit observer que le partage de la rançon était déjà fait : il devait toucher quatre mille écus, Monluc trois mille et La Vauguyon autant ; il offrit, d’ailleurs, d'abandonner sa part pour les frais de Pentreprise contre Blaye?. Le surlendemain, Monluc arrivait à Bordeaux, d’où il écrivit au roi que ses lieutenants avaient laissé échapper les huguenots de Bridoire. Il a conté dans son livre comment, à la faveur de la nuit, «ils s’escartarent comme perdriaux, se retirans chacun à sa maison ». « J’avois espérance, ajoutait-il, les ayant attrapés, en faire autant comme j'ay faict de ceux de La Roche, et par ce moyen vostre Guyenne eust été libre de vouleurs. » Les registres secrets sont muets sur Îles offres d'argent qu'il dit avoir faites au Parlement pour reprendre Blaye et sur le mauvais vouloir de ces gens de robe longue qui sont de « fascheuse desserre ». Mais ils nous donnent un détail qui à son prix : à l’audience du 10 mars suivant, le président de Roffignac fit observer que le roi avait décidé que le sieur de La Roche-Chalais serait, suivant le désir de la cour, échangé avec les conseillers prisonniers. Monluc essaya de s’y opposer ; il ordonna à Monferrand de lui envoyer le sieur de La Roche, qui était détenu au château du HÂâ. Le Parlement le lui interdit, «à peyne de dix mille livres »+*. L’échange eut lieu; le 18 avril, les conseillers étaient rentrés à Bordeaux 5. Monluc garda d’ailleurs la rançon ; dans son Preambul à Monseigneur, il déclare que ce fut le plus grand gain qu'il fit en toute cette œuerre °.

L'interversion chronologique qui lui a fait avancer de dix mois

Monluc au roi, Bordeaux, 13 février 1570 (V, 266).

Bibl. munic. de Bordeaux, reg. secr., ms. 369, 3, fos 370-372.

Monluc au roi, 13 février.

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