‹ Blaise de Monluc HistorienChapitre 441 sur 533 · MONLUC LAISSÉ, CONTRE SON GRÉ, EN GUIENNE · texte numérisé non relu

MONLUC LAISSÉ, CONTRE SON GRÉ, EN GUIENNE

ques lettres retrouvées à la Bibliothèque impériale de Saint- Pétersbourg compensent cette perte d’une façon très insuffisante ‘.

Le récit débute par la reproduction intégrale d’un document qui marque l’origine officielle des rapports de Monluc avec Damville : c’est la lettre que lui adressa le duc d'Anjou pour linformer que le lieutenant de roi en Languedoc se rendait dans son gouvernement et le prier, s’il avait besoin de quelque chose, « luy en ayder » en ce qu’il pourrait. Cette lettre parvint à Monluc à Sainte-Foy : elle dut être, en effet, écrite entre le 2 et le 13 mai, date où le duc d'Anjou leva son camp de Montbron?. Après avoir mentionné et résumé une lettre à Tilladet, jointe à la précédente, Monluc analyse une troisième dépêche par laquelle le duc lui mandait de ne pas bouger du pays, d’avoir « bien le cueur à Bourdeaux » et de favoriser Terride dans son entreprise de Béarn. Cette lettre dut être envoyée avant le 19 mai du camp de La Rochefoucault. À cette date, en effet, le duc d'Anjou informait le roi qu'il se disposait à marcher vers Saint-Claud ou Rochechouart pour arrêter sur la Vienne et la Creuse armée du duc de Deux-Ponts*; il ajoutait qu’il laissait Monluc avec des forces suffisantes pour garder Bordeaux, Libourne, Bourg et la Haute-Guienne, qu’en Béarn Terride avait sous ses ordres soixante-neuf enseignes de gens de pied et dix-neuf compagnies de gens d'armes : « Et ay commandé, concluaitl, aux chefs dessus diets de se entreentendre et favoriser l’un lPaultre quand l’occasion le requerra*. » Monluc avoue que lordre de rester en Guienne lui fut « une dure nouvelle ». IT pressentait certainement qu'il lui serait difficile de faire bon ménage avec le fils de son vieil ennemi le connétable. Il tenta même de faire revenir le duc d'Anjou sur sa décision, et pour obtenir d'aller servir sous ses

1. De Russe prétend (NT, 255, n. 1) que le nombre de ses lettres manuscrites conservé à la Bibliothèque nationale est immense. En fait, on n’y trouve guère, pour la période qui nous occupe, que des lettres à lui adressées.

2. Voir la lettre du duc au roi citée plus haut, p. 526, n. 5. — L'Histoire de Languedoc (XI, 520) place exactement en mai l’arrivée de Damville au camp du duc d'Anjou.

3. « Et quant à luy, dit Monluc, il s’en descendoit devers Poictou. » |

4. Le duc d'Anjou au roi, camp de La Rochefoucault, 19 mai (B. N.,fr.n,

acq. 6003, foS 21-22, copie moderne).

ordres, il fit appel aux bons offices de Damville lui-même ‘. ILest done permis d’être sceptique lorsqu'il affirme, d'autre part, qu'il fut très aise de sa venue.

Les Commentaires omettent ici le voyage de Monluc à Bordeaux dans les premiers jours de juin” ou plutôt le confondent, on l’a vu, avec celui de janvier 1570. C’est de retour à Agen qu'il reçut d'Auvergne le courrier par lequel Damville lui annonçait &qu'ils’en venoit par Albigeois droit à Tholose ». Il lui répondit de ne prendre point ce chemin, mais de venir droit à Rodez et en Quercy, et qu'il irait à sa rencontre à Cahors ; que Mongonmery! était arrivé vers Castres, commençait à y assembler des gens et que Damville, s’il passait par là, risquait fort d’être surpris en route. Monluc simplifie un peu les choses. L'analyse qu'il donne de sa réponse à Damville, qui fut portée par M. de L'Estang, est confirmée par une lettre qu'il lui écrivit, le 27 juin, d'Agen. Mais il se borne ensuite à mentionner larrivée de Damville à Toulouse, qui eut lieu le 28, en notant qu'il Pavertit qu'il était passé à la barbe des ennemis. Il est muet sur la dernière semaine de juin et les premiers jours de juillet, qui précédèrent le voyage qu'il fit à Toulouse pour aller saluer le maréchal. Il ne fut pourtant pas oisif pendant ce temps. Ses lettres permettent de le suivre jour par jour. Il songea d’abord, comme il le lui avait annoncé, à se porter à la rencontre de Damville, pour l'aider à gagner sa capitale à travers un pays qu’occupait l'armée des vicomtes, à laquelle venait de se joindre Mongonmery. Be 22, il quittait Agen et se rendait à Villeneuve-d’Agen,

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