INTERVERSION CHRONOLOGIQUE GRAVE
Après avoir prononcé cette curieuse harangue, où sont peintes au vif ses humeurs de Gascogne, Monluc rentra à Agen‘.
‘On comprend maintenant la confusion qu'il a faite. Il a brouillé les souvenirs de deux voyages à Bordeaux, entrepris dans des circonstances très semblables. Dans lun comme dans Fautre, il était question de pourvoir à la sûreté de la ville, compromise par les menaces des huguenots de Blaye; dans lun comme dans autre, 1l éprouva la mollesse et le mauvais vouloir du Parlement et de la jurade bordelaise.
1. Une lettre de sauvegarde, accordée aux pionniers chargés de réparer les fortifications de Bordeaux, Libourne et Bourg, atteste encore la présence de Monluc à Bordeaux le 8 juin (Arch. hist. de la Gir., XXXIV, 316). Son retour à Agen est marqué par une sauvegarde accordée le r2 juin aux tenanciers de Jean de Saint-Sulpice (Casré, op. cit., col. 93), par une lettre aux États de Comminges et des appels à la noblesse et aux gens de guerre de Comminges, des 13, 15 et 16 juin (J. Lesrranes, op. cit, pp. 49-51).
CHA REBRE EX:
La campagne contre Mongonmery.
(Juin 1569-janvier 1570.)
L'expédition de Béarn.
(Juillet 1570.)
Le supplément aux Commentaires.
(1570-février 1576.)
L'intention de se justifier du reproche de n'avoir depuis trois ans «rien faict qui vailhe », déjà visible dans les longues et trainantes narrations du « voyage de Saintonge » et de la défaite de Piles, apparaît encore plus claire dans le récit de la campagne de Jjuin-septembre 1569 et des démêlés de Monluc avec Damville. Le livre VIT des Commentaires est avant tout un plaidoyer personnel. L'auteur, en relisant sa première rédaction, a marqué lui-même ce caractère : dans un exorde ajouté après coup, il s'excuse d’avoir si longuement insisté sur des événements, dont le recul du temps diminuait, même à ses yeux, l'importance, et explique qu'il ne Pa entrepris que pour se jusüfier!. Pour faire une étude critique de ce plaidoyer, nous disposons de la correspondance de Monluc, très riche pour cette période : Damvwille avait pris soin, en effet, de la conserver. Il nous manque malheureusement la sienne, qui en était la contre-partie. Quel-
1. « Et encores que ce ne soient pas des conquestes de Naples où Milan, je ne les veulx pourtant obmettre; car tel les lira, qui en fera son profit... Une autre raison me contraint à cotter ces particularités, c’est affin que, si le roy prend la peine de veoir moa livre (je croy qu'il en lit de pires), que Sa Majesté voit combien ceulx-là ont parlé contre la vérité, qui ont dit qu’à présent je n’avois d'autre soin que de vivre en repos chés moy. » (UT, 253-254.)