PRISE DE RABASTENS (23 JUILL
chroniqueur tarbais Guillaume Mauran expose d’une façon un peu différente les conditions dans lesquelles eut lieu le massacre: « Sept cent septante vollées de canon, dit-il, furent tirées contre le chateau, et encore n’eut été pris par assaut, sans l’artifice du capitaine Moret, natif de laditte ville, qui étoit avec M. de Monluc'. Iceluy, voyant que M. de Monluc étoit blessé et les soldats reffroidis d'aller à l'assaut, demanda parler aux assiegés, la pluspart desquels il connoissoit et leur promit de moyenner leur conservalion, pourveu qu'ils ne fussent plus opiniatres; mais après qu'il eut introduit les assiegeants dans le chateau, il ne fut en son pouvoir de contenir les soldats qu’ils ne missent tout au fil de l’epée, sans epargner les femmes, sauf quelqu’-unes qui etoient parentes dudit capitaine Moret, auxquelles il eut le credit de sauver l'honneur et la vie ?. »
Le 25 juillet, le blessé, « ayant repris cueur », signa la commission qui déléguait le commandement à Gondrin, Saint-Orens, Gohas et Madaillan *. Dès le 24, l’avocat du roi Gratien de Las, celui-là même à qui, le matin de l'assaut, Monluc remit le rôle de sa fortune personnelle en lui faisant part de ses funestes pres: sentiments, avait écrit à l’évêque de Valence, alors à Bordeaux, pour linformer de la prise du château de Rabastens et de la blessure de son frère. Le Parlement, à qui cette lettre fut communiquée le 27, arrêta « qu'il en sera escrit au Roy, aussi audit sieur de Monluc, pour le congratuler de la prise dudit Rabzstens et condouloir de sa blessure par M° François de Gaultier, conseiller à la Cour, lequel à ces fins ira devers luy » *. Le 26, le blessé fut transporté à Marsiac, puis à Cassaigne, où l’évêque de Valence vint le trouver. Une lettre de Jean de Monluc. datée de Cassaigne, 17 août, atteste sa présence au chevet de son frère, et aussi la débandade de ses troupes dès qu’il eut
haut de la tour en bas ». Moxcuc parle de «€ cinquante ou soixante » que les soldats firent sauter et qui se noyèrent dans le fossé.
1. Moxcuc le cite (III, 407). Voir, sur le capitaine Jean de Moret, une note de G. BaLencie (Sommaire description, p. 83, n. 3).
2. Sommatre description. ., pp. 83-84. Guillaume Mauran, avocat de Tarbes, a composé sa chronique en 1614. Il a connu le récit des Commentaires, mais a pu le contrôler d’après des témoins oculaires.
3. Commission signalée par pe Rusce, V, 841. C'est ce jour-là que Monluc place sa harangue à la noblesse.