‹ Blaise de Monluc HistorienChapitre 481 sur 533 · MONLUG MARÉCHAL DE FRANCE (20 SEPT · texte numérisé non relu

MONLUG MARÉCHAL DE FRANCE (20 SEPT

Le € département » qui fut fait de la Guienne entre de Losses et La Valette, tous deux lieutenants de l'amiral de Villars, a été blämé par Monluc comme «ung grand erreur ». Il rappelle à ce propos que sa mésintelligence avec Damville aurait dû servir de leçon. À l'appui de sa critique, il cite l’échec des deux capitaines devant Clairac dû, d’après lui, à ce fâcheux partage. Le siège de Clairac fut, en effet, le principal épisode de loffensive tentée en avril 1574 contre les réformés qui, depuis la fin de février, avaient occupé Sarlat, Casteljaloux, Tonneins, menaçant Agen et Villeneuve. Le 13 mai, de Losses, auquel s'étaient joints La Valette, le sénéchal de Bajamont et Monferrand, commença ce siège. Monluc oublie de dire que la petite garnison huguenote se défendit héroïquement, repoussa deux assauts d’une armée forte de sept à huit mille hommes et l’obligea à se retirer dans les premiers jours de juin.

Une simple phrase fait ensuite allusion aux menées des politiques et aux complots du duc d'Alençon, qui rappelèrent au vieux Monluc la conjuration d’'Amboise, et dont les «merveilles » le remplirent d’épouvante. Deux documents permettent de illustrer : deux lettres au roi, lune du 18 avril, Pautre du 13 mai, pour le féliciter d’avoir échappé à la conspiration de La Molle et Coconat *. La première nous apprend, de plus, que Monluc se rendit à Bordeaux en avril 1574 : nous ignorons à quelle occasion. Charles IX mourut quelques jours après avoir reçu la seconde, le 30 mai.

Après avoir mentionné la lettre que Catherine de Médicis, qui ne l’oubliait pas, lui fit lhonneur de lui écrire, pour linformer de cette mort, Monluc rappelle le voyage qu'il fit alors à la cour : « Encore, dit-il, que je feusse accablé d'années et incommodité de maladies, si est-ce que, pour m'oster Pennuy que Je pourtois

amertume de la mauvaise volonté de Villars à son égard. L’'amiral gardait rancune au fils de l’affront que lui avait valu, en mai, son affaire avec le père.

1. THOLIN, op. cit. (Rev. de l'Agenais, XVI, 41-43). Voir aussi le compte de la dépense faite pour frais de guerre au siège de Clairac (Arch. hist. de la Gir., XXIX, 91).

>. Monluc au roi, Bordeaux, 18 avril 1574 (V, 325). — Monluc au roi, Estillac, 13 mai (T. ne LarroQue, Quelques pages inédites.…., pp. 16-17). — Le 6 février, une jurade de Casteljaloux mentionne l’arrivée prochaine de Monluc dans cette ville (Arch. dép. de Lot-et-Garonne, BB, 1).

de la mort de mon fils Fabien, et luy tesmoigner le désir que j'avois de luy garder la parole que je luy donnay à Orléans, je n’en allay à Paris trouver Sa Majesté... » Il convient d'ajouter que le vieil ambitieux espérait certainement üurer part du changement de règne et escomptait une rentrée en gràce éclatante. I ne se trompait pas. En juillet, il quitta Agen, s’embarqua le 12 à Marmande avec une escorte de douze arquebusiers ”, passa par Limoges, dont les consuls allèrent le saluer au Moulin-Blanc, sur la route d’Aixe”. De Paris, d'où elle partit le 8 août, il accompagna la reine-mère à Lyon, où le 6 septembre 1574 arriva, venant d’ltalie, le nouveau roi de France Henri HS. Il fait une allusion prudente à l’erreur qu'on (c’est-àdire Catherine) lui fit commettre en le poussant à la guerre contre les réformés et les politiques, et se vante d’avoir conseillé une paix générale. Il restait fidèle aux idées qu’il avait exposées, l’année précédente, dans son discours à Charles IX. Il constate que l’événement lui donna raison et que le roi échoua piteusement en essayant de reprendre le Dauphiné à Damville*. Il n’insiste pas d’ailleurs. Il préfère rappeler avec orgueil que Henri HT, qu'il trouva « fort changé », fit fléchir pour lui l'étiquette sévère qu'il avait établie pour se défendre contre les importuns et accroître le prestige de la majesté royale, lui fit fort bonne chère et l'honora de l’état de maréchal de France. C’est le 20 septembre qu'il signa les lettres qui conféraient à Monluc cette haute dignité $. Huit Jours après, 1l le renvoyait en Guienne avec pleins pouvoirs pour y faire la guerre, « car tout tendoit là » 6.

1. Arch. dép. de Lot-et-Garonne, E, supplément, n° 1653 bis, registre des comptes de la ville de Marmande en 1574 et 1575.

2. F. Marvau»p, //istotre des vicomtes el de la vicomté de Limoges, 1873, II, 261.

3. Catherine de Médicis à Bajamont, Lyon, 1er septembre (Arch. hist. de la Gir., XXIX, 08).

4. « La moindre place luy fit teste. » Allusion à l'échec de Bellegarde, qui assiégea Livron du 17 décembre 1574 au 20 janvier 1595 sans réussir à forcer cette bicoque mal remparée.

5. «Lettres de l’estat de mareschal de France pour le seigneur de Monluc », Lyon, 20 septemsre (P. Courreauzr, Douze lettres. p. 54). — Le 13, Jean

Regnaut écrivait de Lyon au jurisconsulte Claude Dupuy : « Monsieur de Bellegarde est maréchal de France et parle-t-on de faire le sixiesme monsieur dé Monluc. » (Lelt. de Gath. de Méd., V, 85, n. ta)

6. Lettres du roi Henri HE donnant pleins pouvoirs de commander en Guienne

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