‹ Blaise de Monluc HistorienChapitre 480 sur 533 · LE SIÈGE DE LA ROCHELLE · texte numérisé non relu

LE SIÈGE DE LA ROCHELLE

ci-dessus, ce fut lui qui © ordonna l’ordre du grand assaut » !. La Popelinière, de Thou et d’Aubigné le citent enfin comme ayant assisté au « parlement » des Rochelais et aux pourparlers en vue de la capitulation ?. Il profita de l’occasion pour se rappeler au souvenir du roi, qui le récompensa de ses services en lui accordant de nouveau des faveurs 3. Il faillit, d’ailleurs, s’attirer à ce moment de nouveau une méchante affaire par son zèle indiscret. Le marquis de Villars négociait sans succès la réduction de Montauban. Monluc se vanta auprès du duc d'Anjou d’aboutir où le lieutenant de roi en Guienne échouait Il écrivit, avec son autorisation, une lettre à la noblesse de Montauban pour la décider à rentrer au service du roi. Villars vit là un empiétement sur son autorité et s’en plaignit à la cour. Charles IX écrivit à son frère d’« appointer » cette querelle. Le duc d'Anjou « couppa chemin au different » par une enquête qui établit que le double de la lettre de Monluc remis à Villars avait été falsifié*. Les Commentaires se bornent à constater que, « pendant ces malheureuses guerres et ce siège », Villars fit tout ce qu'il put. Ce ne fut sans doute pas toujours lopinion de l’auteur.

La Rochelle fut sauvé, comme il le dit, par un événement imprévu : l'offre au duc d'Anjou de la couronne de Pologne. Monluc n’a pas omis de mentionner la part, glorieuse pour sa famille, que prit l’évêque de Valence à l’élection d’un prince français au trône des Jagellons. Il a rappelé ces harangues fameuses, véritables chefs-d’œuvre de finesse et d’audace gasconnes, par lesquelles Jean de Monluc, se faisant lPapologiste de la Saint- Barthélemy, dont il avait failli être la victime *, parvint à recon-

1. Branrôme, VE, 62. — Sur les rapports de Brantôme et de Monluc au siège de La Rochelle, voir plus haut, pp. 42-43.

>. La Poreuinière, I, Fo 59 vo. — Dre Tnou, VI, 664. — D'Ausiaé, IV, 35.

3. Charles IX au duc d'Anjou, Fontainebleau, 3 avril : « J’ay accordé au sieur de Montluc la confiscation de Maillac.…. » (B. N., fr. n. acq. 6002, F0 93, copie moderne). Le 24, le roi informait son frère qu'il accordait, en outre, à Monluc, une crue de trente lances pour la compagnie de Fontenilhes (1b1d., fo 89). Monluc le remercia le 4 mai, en rappelant qu’on ne lui avait pas encore payé la pension accordée l’année précédente (V, 297-298).

4. Charles IX au duc d'Anjou, Fontainebleau, 3 mai (B. N., fr. n. acq. 6002, fo 94, copie moderne). — Monluc au roi, camp de La Rochelle, 4 mai (V, 295). — Le duc d'Anjou au roi, camp devant La Rochelle (B. N., fr. n. acq. 6003, fo 63, copie moderne).

5. Le rer septembre 1572, Jean de Monluc écrivait de Verdun à la reine qu'il

quérir la majorité compromise de la diète et emporta l'élection. De Ruble à noté ici une erreur : l'ambassade polonaise n’arriva que le g juillet 1573 à Paris, où le roi l'attendait depuis le 7. Elle ne vint done pas saluer le duc d'Anjou devant La Rochelle. Mais ce dernier avait reçu au camp le 19 juin, où Monluc dut les voir, des émissaires venus pour l’informer officieusement de son élection ‘.

Après une allusion vague aux événements militaires dont la Guienne fut le théâtre en 1573 et où Villars et de Losses, son lieutenant, tinrent péniblement tête à de hardis partisans, Geoffroy de Vivant en Périgord, Géraud de Lomagne, baron de Sérignac, le frère de Terride, en Gascogne, Langoiran en Bordelais ?, Monluc à consigné un autre événement de famille, douloureux celui-ci : la mort de son fils Fabien. Au retour du siège de La Rochelle, en Juin, il avait été chargé par Villars d’une commission dans le Marsan et le Bas-Armagnac pour mettre fin aux incursions continuelles des huguenots de Béarn. Lorsqu'avec son beau-frère Fontenilhes 1l arriva à Saint-Sever, qu'occupait fortement La Mothe-Gondrin, il trouva qu'ils s'étaient déjà retirés. Il fortifia les principales places et arma les habitants, car le pays « estloit si pouvre et si mangé qu'il n’y avait ordre du monde d'y mectre garnisons ». Le baron d’Arros et La Caze élant, quelque temps après, venus assiéger Lourdes avec quinze enseignes de gens de pied et deux cents chevaux, Fabien accourut à Tarbes avec soixante gentiilshommes et cent vingt arquebusiers à cheval et les contraignit à se retirer en désordre. Enhardi par ce succès, il voulut prendre loffensive et entrer en Béarn; mais en septembre, en voulant forcer une barricade à Nogaro, il « feust blessé d'une arquebusade, de laquelle il mourut » 3

avait été arrêté comme huguenot; le 0 novembre, il se plaignait à Pierre Brulart, dans une lettre éloquente, que « ce malheureux vent » venu de France eût « reculé le navire que nous avions Jà conduict à l’entrée du port ». (T. ne LarnoQue, Votes et doc. inéd. pour servir à la biographie de Jean de Monluc, pp. 69-73.)

1. Marquis pe Nourres, /enri de Valois et la Pologne en 1572, M, 347.

Page 1