Cu. Nonuanp, Monluc, p
raire. Les circonstances ont fait de lui un écrivain; autour de lui on l’encourage, on l’assure qu’il est capable de faire une œuvre qui conservera son souvenir. Il regrette alors de n’avoir pas été « nourri aux lettres »; il se reproche d’avoir adopté le préjugé courant du temps de sa jeunesse, où les gens de guerre se faisaient gloire de leur ignorance '; il porte envie à son frère, « ung homme sçavant, comme on dict qu’il est »*?; il se rappelle ces capitaines, qu'il a bien connus, un Strozzi, un Brissac, un Guise, qui ne croyaient pas qu’il fût « malséant à un guerrier de savoir »?, qui s’entouraient d’humanistes, se délassaient des fatigues de la guerre et « modéraient Mars par Apollon »#, le premier en traduisant du latin en grec les Commentaires de César 5, le second en lisant la tragédie de /ephté ou l’ode sur la prise de Vercelli que lui dédiait Buchanan, le précepteur de son fils 6, le dernier en composant, à l’occasion, « une épitaphe à la mode antique » sur la mort d’un compagnon regretté’. Il se compare à eux et il est humilié; pour tout bagage littéraire, il n’a que des lectures faites au hasard de la vie de garnison en Piémont ou en Toscane, et dont il n’a gardé que des souvenirs incertains. Il en vient à penser, comme aimera à le répéter Brantôme, « qu'il n’y avoit au monde si bon esmery pour bien faire reluire les armes que les lettres et que, mariées ensemble, elles faisoient un beau lit de noces »°. Et il s’écrie : « Je vous
1. Tel Lescun, le premier capitaine sous qui servit Monluc (Branrôwe, IIT, 48).
DMINT/10:
3. BeroaLoe DE Vervicce, Le Moyen de parvenir, éd. de 1841, p. 207 (cité par L. Lazanne, Brantôme, p. 11, n. 1).