‹ Blaise de Monluc HistorienChapitre 55 sur 533 · LES ADDITIONS A LA PREMIÈRE RÉDACTION · texte numérisé non relu

LES ADDITIONS A LA PREMIÈRE RÉDACTION

conseille, seigneurs, qui avés le moyen et qui voulés advancer voz enfants par les armes, de leur donner plustost les lettres : bien souvent, s’ilz sont appellés aux charges, ilz en ont besoing et leur servent beaucoup". » Puisque, sans presque en avoir conscience, il a fait, lui aussi, un livre, il veut du moins le rendre plus digne du grand public auquel il le sent à présent destiné.

Il emploie donc ses loisirs à l’enrichir d’additions nombreuses. Dans ces cinq dernières années de sa vie, où les circonstances l’obligèrent assez rarement à sortir de son inaction, il se fait relire son œuvre et ne se borne pas à l’écouter avec complaisance. Il la retouche, la remanie, la grossit surtout, à la façon de Montaigne revisant, complétant et corrigeant dans sa retraite l’édition qu'il avait donnée de son livre en 1588. Le rapprochement s'impose; les intentions des deux auteurs sont les mêmes. Le texte de Florimond de Ræmond nous donne ce dernier état des Commentaires, comme l’exemplaire de Bordeaux nous révèle la rédaction définitive des Æ'ssais”. Loin de nous, d’ailleurs, la pensée de comparer le minutieux et délicat travail du philosophe et de l'artiste attentif à fixer les nuances infinies de sa pensée, à découvrir l’expression juste, le mot rare, au procédé grossier et sommaire d’un vieux soldat « destitué de la faveur des lettres ». Monluc modifie peu sa rédaction primitive; il ne fait guère qu’y ajouter. Maintenant qu’il en a le loisir, 1l précise son intention de faire servir le discours de sa vie à l'instruction dés capitaines : « Je n’escris à moy mesmes et veux instruire ceux qui viendront après moy : car n’estre né que pour SOy, c’est à dire en bon françois estre né une beste3. » Il multiplie les réflexions personnelles à l’occasion des faits qu'il raconte, les préceptes techniques, les maximes morales; il amplifie les considérations à peine ébauchées, les enrichit de remarques et d’apereus nouveaux. Il modifie ainsi le caractère de son livre : la matière historique en avait été d’abord l'essentiel ; elle en demeure

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