‹ Blaise de Monluc HistorienChapitre 74 sur 533 · Du Berray, XIX · texte numérisé non relu

Du Berray, XIX

2. Voir, sur la tentative de descente en Angleterre, l'excellent chapitre de La Roncière, Histoire de la Marine française, UL, 409-431.

3. Du Berray, XIX, 563 : « Ayant le Roy cest advertissement de la venue desdits lansquenets... manda au mares chaldu Biez que... il eust à marcher à Boulongne et commencer le fort dont j’ay parlé cy-dessus. »

4. Id., XIX, 585 : « Les nouvelles entendues à la cour que le mareschal du Biez alloit donner bataille, toute la jeunesse qu’estoit auprès du Roy, esperant estre à ceste Journée, deslogea pour s’y trouver. » L’addition inspirée par cette phrase de du Bellay n’est pas à sa place dans le texte des éditions des

Commentatrres; elle devrait être quelques lignes plus haut. Le passage porte des traces d’un double remaniement.

tesfois en passant : si me puis-je vanter que j'euz bonne part en la victoire *.. » Lorsqu'il se fit lire ces Mémoires, où revivait toute une époque qu'il avait si bien connue, il ressentit plus d’une fois de la surprise et de la colère. Bien des faits intéressants lui parurent avoir été oubliés; pourquoi lui-même tenait-il si peu de place dans ce livre? Du Bellay s'était surtout attaché à mettre en lumière les actions des rois et des princes ; quant à la foule anonyme des soldats et des simples capitaines, de ces héros obscurs qui pourtant font l’histoire, il l’avait négligée. Le vieux Monluc, qui était de ceux-là, lui en voulut de ce qu’il regardait comme une injustice. On retrouve comme un écho de sa mauvaise humeur dans le jugement sévère que Montaigne a porté sur les Mémoires de du Bellay : « Somme, disait l'auteur des Æssais, pour avoir l’entière connaissance du roi François et des choses advenues de son temps, qu’on s’adresse ailleurs, si on m'en croit”. » C'était aussi lavis de Monluc, et peut-être Montaigne Pavait-1l recueilli de sa bouche.

En reproduisant presque toujours fidèlement, parfois textuellement, ce que du Bellay avait dit avant lui, Pauteur des Commentaires a, du reste rendu, sans le vouloir, un bel hommage à son devancier. En un seul endroit, il semble ne pas partager son opinion. C’est à propos du rappel des troupes de Piémont, après Cérisoles, au moment de l'invasion des Impériaux : il Papprouve, «encores, dit-il, qu’il en ayt qui disent que l’estat de Milan estoit perdu et que l'Empereur eust rappelé ses forces pour le sauver »*. C'était l'opinion de du Bellay. Mais Monluc oublie qu'il à luimême, quatre pages plus haut, fait cette opinion sienne et qu’il se contredit formellement. Nulle part ailleurs il n’a contesté les affirmations de du Bellay. Une fois seulement, il a dénaturé un renseignement qu'il en a tiré : du Bellay avait dit qu'il y eut à

Haley >. MonraGxe, Essais, liv. Il, chap. x (éd. Motheau et Jouaust, IE, 143-144).

— Montaigne reproche à Guillaume et Martin du Bellay € un grand déchet de la franchise et liberté d'écrire qui reluit ês anciens de leur sorte ». Cf. ce que dit Monluc à propos de la perte de Naples : « Plusieurs en ont escript : et est grand dommaige que les escrivains ne veullent escripre la vérité et qu'ilz ne mettent en arrière toute la craincte qu’ilz ont; car les Roys et princes y pourroinct prendre tel exemple que peult estre seroict cause qu'ilz ne se laisseroinct pas pipper, comme ilz font bien souvent. » (I, 87.) La phrase est une addition.

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Cérisoles de douze à quinze mille morts « de toutes nations », dont deux cents Français seulement. Monluc a bravement écrit qu'il y périt de douze à quinze mille hommes « des ennemis ». L’exagération gasconne, ou plutôt Paltération volontaire, est flagrante. C’est, du moins, la seule que l’on puisse relever ”. Les Mémoires de du Bellay sont la principale source utilisée par Monluc pour le règne de François [°. Il connaissait aussi Guichardin : il se Pétait fait lire jadis; il y avait pris plaisir et il en recommande la lecture. Mais il ne l’a pas eu sous la main lorsqu'il a revisé son livre. Il avoue même qu’il a oublié son nom”. En revanche, il a connu Paul Jove et il Jui a fait un petit nombre d'emprunts. Dans le passage où il rappelle la bataille de Salerne, il a ajouté au récit de du Bellay, dont on a vu qu'il s'est inspiré, le nom précis du lieu du combat : Capo d’Orso. Il est possible qu'il l'ait tiré de Paul Jove. I lui a certainement emprunté ce qu'il a dit, à propos du siège de Nice, des démêlés de Barberousse et du baron de La Garde : « Barberousse se faschoit fort et tennoit des propos aigres et picquans, mesmement lorsqu'on feust constrainct luy emprunter des poudres et des balles ». Cette ad-

1. Du Bellay a lui-même exagéré, comme aussi Paul Jove, qui donne comme chiffre « ad duodecim millia hominum ». L'agent mantouan qui suivait l’armée impériale écrivait, le 16 avril 1544, qu'un trompette venant de Carmagnola annonce qu'il a péri dans la bataille « circa dece “ persone, fra de l’una parte et de l’altra, cioè circa ottox de Imperiali et doa x de Francesi ». Le 21 avril, il précisait : € Francesi hanno fatto numerare li corpi morti nella battaglia, et dicono essere 8 x et trenta et quatro, o siano trente sei, fra de l’una parte et di l’altra. » (Vespasiano Bobba aux régents de Mantoue, publ. par Fr. Mocar», Le cartegqio des ambassadeurs de Mantoue, dans le Bull. du Com. des trav. hist., 1896, pp. 451, 453.)

2. « Lisés ou faictes vous lire souvent les livres qui parlent de l'honneur des grandz cappitaines, mesme ceux qui ont escript de nostre temps, comme Langey, et ung aultre qui a escript en ytalien, je ne sçay comme il s’appelle, qui a si bien escript despuis le roy Charles huictiesme; souvent je me le suis faict lire, c’est ung bon autheur. » (II, 118.)

3. € Erat tum Philippus oram legens Salernitani litoris ad Concham stationem, quam promontorium tenue, Urst caput a nautis appellatum, suo objectu efficit. » (Paurr Jovir Histor. sui temporis, Gb. XXV, 1550, IL, fo 19 C.) Le récit de Paul Jove est à rapprocher de la lettre que l’auteur écrivait au pape Clément VII, « di galera sopra Fonte di Salerno, in calende de magio 1528 » (Sanuro, Diarii, XLVI, col. 664-670), imprimée dans les Lettere volgari di mons. Paolo Giovio, publ. par Domenichi, Venise, 1560, et traduite fort inexactement dans le Journal d'un bourgeois de Paris, pp. 352-360.

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